29 juin 2012

Amédéo Modigliani

Plutôt beau gosse, si l'on aime le type méditerranéen, de santé fragile, une mère cultivée. De quoi l'amener à choisir une voie artistique. Une tuberculose réchauffée au soleil de Naples, Capri et Rome où il se consacrera à l'histoire de l'art italien via Florence et Venise. Et évidemment Paris avec découverte du symbolisme, fauvisme, cubisme et tuttisme quantisme. Modigliani tente du portrait du Tout Paris de l'époque, puis se consacre à la sculpture, inspiré par Brancusi, puis revient à la peinture, au portrait à nouveau mais des proches ou d'anonymes et perfectionne son style. 

Modi, maudit, Modigliani rencontre l'alcool et les drogues. Ce qui n'est pas mauvais pour sa peinture. Par contre sa santé  va s'en ressentir, et à l'âge de 35 ans, Modigliani meurt avant que Flemming n'expérimente la pénicilline, en 1920 .

Elvire au col blanc Modigliani

Tout le monde est beau chez Modigliani, tout le monde est longiligne, tout le monde a un long cou. Lorsque les yeux ne sont pas vides, ils vous regardent fixement, parfois l'un est fermé, parfois l'un est aveugle. Ne pas regarder la mort en face, ne pas regarder la misère du monde, ne pas voir que Modigliani a trop bu, trop fumé, trop .... ne pas lui dire d'arrêter de boire, fumer, c'est sa vie après tout, il va où ses désirs le mModigliani Portrait de la jeune fille rousseènent, où ses besoins le dirigent. Alors pour éviter les yeux qui parlent trop, il les énuclée. Sa dernière compagne avec laquelle il vivra moins de 3 ans se nomme Jeanne, il la peindra 25 fois. Jeanne qui lorsqu'elle ouvre les yeux

Jeanne Hébuterne 1918 détail

a un regard trop éloquent, il la préfère douce, tendre et aveugle.

'Jeanne, ouvre les yeux, il y a une fenêtre là ..'

Jeanne a sauté, les yeux ouverts.

Fillette en bleu détail -Modigliani

                                                                            

Le Bonheur est un ange au

visage grave.

Modigliani 1913  

Modigliani Fillette en bleu En ce moment à la Pinacothèque, en compagnie de Soutine ... 

Posté par maison43 à 17:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


28 juin 2012

Chaïm Soutine

Né en Biélorussie en 1893, Chaïm Soutine est de ceux qui viennent au monde, doués pour le désespoir et la démesure. Il est de ceux également qui savent utiliser ce côté obscur de leur caractère à des fins artistiques, ce qui ne les empêche nullement de se perdre un peu mais qui arrive quand même à donner un fil conducteur à leur vie. Ils ont en eux un potentiel créatif étonnant. Son père tailleur semble accepter assez facilement le côté fantaisiste de son fils plus doué pour le dessin que la couture. Il suit l'école des Beaux Arts à Vilna. Et à 18 ans,

Les Grands Arbres bleus Céret - Soutine

 il est à Paris, où fauvisme, cubisme commencent à attirer une certaine clientèle soucieuse de se constituer une collection.

 Une foison de jeunes artistes venus de tous les pays s'installe dans des lieux protégés, comme le Bateau-Lavoir, ou la Ruche, et des noms devenus prestigieux sont les compagnons de Soutine, comme Léger, Chagall, Delaunay, Zadkine, Archipenko ... Au Louvre, Soutine découvre Courbet, Ingres, Rembrandt. L'influence de VanGogh est évidente, mais curieusement ordonné  et régulier chez Van Gogh, le trait de peinture est plus saccagé chez Soutine, plus tourbillonnant,Les Platanes à Céret - Soutine à la manière d'un typhon qui emmène tout sur son passage.

 

Il y a tempête dans ses toiles, il y a gros vent, il y a chamboulement. Le rouge y est plus sanguinolent qu'ailleurs. Quant à ses visages, c'est juste après que le rouleau compresseur neModigliani - Soutine - détail soit passé dessus, alors forcément ces visages là ont mal, et font mal aussi. La caricature n'est pas loin.  En 1915, Soutine rencontre Modigliani, ils partagent 2 passions, la peinture et la boisson. Leur amitié sera à leur image, parfois miséreuse, parfois houleuse. Ils entretiendront ainsi l'un sa tuberculose, l'autre son ulcère. Les amours de Soutine feront moins de bruit que cette amitié. Un modèle Paulette Jourdain, une Déborah Melnik qui aurait eu une fille de lui non reconnue, une Gerda Groth et enfin Marie Berthe Aurenche. Voilà pour les connues. Soutine avait sûrement quelque chose d'aimable, à moins que ces femmes ne fussent attirées par son caractère de malheureux frusté permanent, nul n'en sait rien. Soutine finira par devenir célèbre et vivre enfin de sa peinture, mais son âme tourmentée ne trouvera pas la paix.

La Femme en vert - Soutine

Le bonheur ne fait pas partie du monde de Chaïm Soutine. Son ulcère se perfore, il en meurt à l'âge de 50 ans.  

Exposé en ce moment à la Pinacothèque, n'y est pas tout seul, en bonne compagnie de Modigliani, Utrillo, Valadon, Derain, Ebiche, Hayden, et d'autres que j'ai oubliés. Trop de peintres pour s'attacher à un seul. Dommage, on se disperse un peu trop. Alors, Soutine, il me faudra le revoir à nouveau, seul cette fois ci.  

Posté par maison43 à 14:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

27 juin 2012

Les croix de Charraix

Croix de Fougerette

L'abbé Brustel, curé de la paroisse de Charraix durant les années 1850-1870  a laissé à la postérité, ses croix à boules. D'un sculpteur inconnu, ce qui ne facilite pas les recherches quant à leur signification.

Haute Loire

Haute Loire 2

Chacun y va de sa petite interprétation ...

J'y verrais bien une représentation d'une sorte de boulier, minimaliste certes, fossilisé pour l'éternité, aussi, ce qui parait bien normal. Nul ne peut revenir en arrière. Dieu, pas plus que les autres.

Charraix

 Dieu avait tout son temps, mais allez savoir pourquoi, il ne mit que 7 jours pour créer le monde. Alors le septième jour, le monde achevé ou estimé tel par Dieu, son boulier se pétrifia et Satan se gaussa ...

Pas étonnant que le Monde vacille parfois, souvent.

Posté par maison43 à 15:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 juin 2012

Lucian Freud

Rubens peut aller rhabiller ses nus académiques et charnus.

Reflet avec deux enfants (Autoportrait) 1965

Freud, Lucian est son prénom, né en 1922, mort en 2011, petit fils du psychanalyste fait éclater les chairs féminines gélatineuses, vibrer les énormes cuisses,

Cadre d'une société de prévoyance sociale endormie 1995

dégouliner les graisses des ventres trop pleins, trembloter les chairs marbrées, vieillies, et pourtant il les magnifie ces femmes, leur rend leur féminité exquise et maniérée,     

c'est une main fine et délicate,

Détail

une bouche enfantine,                                                                                            une posture d'abandon gracieux,

Femme nue sur un canapé 1984-85

 

 

une fossette inattendue ...

Détail2

 

 

 

 

 

 

En ce qui concerne les hommes, on ne voit que le sexe, cela dérange un brin,David et Elie 2003-04le sexe masculin. Ou bien, est ce, ce que cela suggère dans notre esprit qui dérange ?

David et Eli version pour ma mère

 Un inconscient collectif qui mêlé à une éducation moralisatrice donnerait aux attributs sexuels masculins dénudés une image dont la signification nous heurterait. Alors, on peut préférer d'autres versions que Freud  voudra bien me pardonner. 

Faut dire que Freud, n'est pas très clair sur le sujet, le peintre met en valeur ces pièces, d'une précision anatomique. Freud disait 'ce qui m'intéresse vraiment chez les gens, c'est leur côté animal'. Moi, je dirais plutôt que ce qui l'intéressait Freud, c'était de sexualiser le nu chez l'homme en l'exposant un peu plus qu'un autre. Il n'y a rien d'animal là dedans. L'homme dépasse largement l'animal. Freud se veut dégagé de tout fantasme sexuel  dans ses nus, ainsi il peint ses propres filles, nues, outrancie les défauts physiques et les éloigne ainsi d'un académisme où la beauté idéale, n'aurait pour seul but que de suggérer de possibles fantasmes, sans bousculer la morale bien pensante ambiante. Mais voilà, il est quand même un peu ambigu, Freud, et ses nus qui dérangent, attirent, repoussent, posent de drôles de questions ... bravo monsieur Freud, il y a quelque chose de très humain et de très paradoxal, humain quoi, dans vos peintures. 

Freud a donc choisi un hyperréalisme

 

La Mère du peintre se reposant III 1977

outrancier parfois, mais comme il aime ses modèles, cet homme là, le peintre les a peints avec une grande tendresse qui se dégage dans la plupart de ses tableaux. Ses personnages réflètent toujours des émotions, même leur apparente indifférence est parlante.

 

Cela fait un petit moment que j'ai vu cette exposition à Beaubourg, 2 ans ou peut être ou plus, je ne sais plus. Mais seulement, maintenant, je trouve matière d'en Intérieur avec plante, reflet écoutant (Autoportrait) 1967-68

parler. Lucian Freud mérite le détour, et que l'on s'y plonge. Mais il faut que le désir d'en parler naisse; plus que d'autres peintres qui ont choisi une peinture plus ... moins ... autre. Lucian Freud est un peintre de l'extrême, du bord de l'abîme, de ces lieux habités et étranges comme le sont certaines forêts. Et j'aime beaucoup.

Ta Gueule, Sigmund, ce n'est pas à toi que je parle ! 

Faut aller vers Lucian, quand on est prêt. C'est un peu comme pour l'autre, en fait. Ils ne demandent qu'à s'exprimer ces Freud, si on l'on veut bien prendre la peine de les écouter ...

Et curieusement, je me sens aujourd'hui prête. Bon, y a encore du boulot sur le sujet. Lucian Freud nécessite que l'on y revienne. 

 A vous revoir.

Note pour ide :

Lire : La Bonne Étoile d'Esther Freud, une des filles de Lucian Freud.

Posté par maison43 à 19:52 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

12 juin 2012

Piéta

Issoire

Posté par maison43 à 20:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

09 juin 2012

Traîne pas trop sous la pluie - Richard Bohringer

BorhingerRichard Bohringer

J'aime bien, ce mec, une gueule, une voix, une humanité certaine, une rare humilité et des fêlures en veux tu en voilà. Assez talentueux en prime.

L'aéronef aveugle sillonne le ciel à la recherche de ses enfants perdus. Les shootés de l'interféron. Les shootés de l'hépatite C. extrait.

Borhinger est hospitalisé suite à une hépatite C.

Se mêlent aux marguerites tournoyantes (les infirmières) les rumeurs de l'Afrique, boubous multicolores dansent dans ma fièvre, extrait, et lui l'Indien Pas doué pour la vie sage. Un morceau d'humain sanguinolent ... extrait. Et puis pour survivre encore, se sauver en Colombie où Les lourds pélicans s'envolent devant la pirogue. L'heure mauve où la nature elle-même te regarde comme un gringo. extraits. Bohringer retrouve, dans son délire fiévreux des êtres qu'il ne connaîtra pas, son père, sa mère, et ses amis ceux qui sont morts. 

Il y a une musicalité dans l'écriture, façon tambour qui frappe des mots un peu cognés, c'est dire que cela tambourine, un humour un peu tendre, une nostalgie déchirante mais curieusement réconfortante : Ce qui n'a pas été ne sera pas. C'est aussi simple, les regrets ne servent à rien, sinon à écrire. Écrivons comme la locomotive tire ses wagons. Avec le sentiment de s'ouvrir au vent. D'ouvrir le vent. extrait. Exaltation qui en vaut bien une autre, désir éperdu de vivre et pas pressé d'aller Dans l'aéronef là-haut, j'ai mes amis, mes tendres compagnons d'amour. extrait. Aéronef qui viendra pourtant un jour nous chercher. En attendant vivre pour ceux qui vous aiment. C'est une première bonne idée.

Je ne sais pas écrire des histoires à la troisième personne, j'écris ce qui vient, ce qui est venu et j'appelle ce qui viendra. extrait. 

Appeller ce qui viendra. C'est une seconde bonne idée.

Posté par maison43 à 18:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 juin 2012

Jeanne Vetter née Crouazel dite m'an Jeanne

Serions nous capables, tous, d'être peintres du dimanche, de cet art que l'on dit brut, naïf, singulier, outsider ou marginal ...Les enfants le sont tous peintres, certains déjà plus talentueux dans le dessin que d'autres, mais souvent tous créatifs. Et puis en acquérant un savoir stéréotypé, bien défini d'une Education Nationale où l'on a plus tendance à remplir les têtes qu'à les rendre bien faites, on perd peu à peu ces spontanéités de l'enfance où fusaient des dons naissants, incompatibles avec l'entonnoir réducteur d'une éducation identique pour tous, dons qui disparaissent et qui peuvent ressurgir par hasard un jour.

Jeanne VetterAinsi, Jeanne Vetter, née Crouazel ( 1902-1975) que la vie n'avait pas gâtée, Assistance Publique en guise de mère, scolarité réduite à la plus simple expression, vie pauvre et laborieuse, et pourtant un fils, Jean Louis, qui choisira de s'extraire de cette morosité, dans la musique, puis dans la sculpture, un fils qui amènera, par hasard ou pas, Jeanne à retrouver des gestes perdus de l'enfance, des pastels, une feuille, et un premier dessin.

Jeanne Vetter première périodeJeanne réapprendra à colorier.Jeanne Vetter deuxième période

 

 

 

Jeanne réapprendra à diversifier les formes,  à introduire des dessins qui seront le reflet de ses journées.

 Jeanne se dessinera, elle, son fils toujours représenté par un coq.Jeanne Vetter autoportrait

 Jeanne Vetter - Fernand Rolland

Fernand Rolland un poète-sculpteur-peintre qui fonde avec Jean Louis un Centre d'Art Contemporain dans une partie du château du Tremblay.

 

Jeanne Vetter 2 

Une Vierge en Majesté qui mérite

sa place au milieu des Dames Romanes

Jeanne Vetter Dernier dessin

 

 

 

                                                                         

Et puis, un dernier dessin, un geste de la main et puis s'en va 

 Jeanne, le corps usé, le coeur en paix, mourra, au ciel s'en ira.

 

Vite, des feutres, des pastels, des pinceaux. C'est possible non ?

 C'est comme tout, Il faut encore le vouloir !                                                    

Posté par maison43 à 16:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

02 juin 2012

Dame du Villeret-d'Apchier

En pleine Margeride, Chanaleilles, un peu austère sous la pluie, le clocher-Peigne indique la voie, les ancVierge du Villeret d'Apchieriennes tombes emmurées gardent l'enclos. Je me méfie, la bête roda aux alentours et s'attaqua à sept enfants du village qui réussirent à la mettre en fuite. (Soit ils étaient très forts, ces petits gnomes, soit la bête avait déjà la panse bien remplie). L'église est sombre, et la Dame bien à l'abri dans sa cage ne risque rien. 

Pas bien grande 67 cm, plus très colorée, elle est bien sûr en bois, un peu vermoulu ..

ChanaleillesDame a bien souffert.

 Une vierge noire aurait été ramenée d'Orient par Guillaume 1er de Chanaleilles, lors de la première croisade (1096-1099)   ... Celle ci date du XII ème siècle, elle avait pour habitation une chapelle St Pierre au  lieu dit du Villeret d'Apchier. Chapelle probablement détruite à la Révolution, La Vierge trouva refuge dans une famille jusqu'en 1957, où elle fut remise au curé de Chanaleilles.

 Restaurée en 1960, cette Dame fait partie de la série des Chanaleilles 2Vierges finement travaillées, notez les manches serrées par des brassards que l'on retrouve chez les Dames d'Entremont, de Moussages, de Saulzet et de Colamine. L'enfant a lui des plis lenticulaires sur le buste, on ne peut les voir, because l'obscurité et la grille, mais j'adore l'expression pli lenticulaire, en forme de lentille donc * .. cela me laisse rêveuse !

Quant au bas de la statue,Chanaleilles 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 il a disparu, l'enfant a perdu pieds et mains. Dame, pour ne pas attirer les voleurs, vous n'êtes pas mise en valeur, du tout, vraiment pas du tout. L'obscurité ne vous va pas, belle Dame, à vous non plus. 

Faudra vous voir au soleil, lors d'une de ces processions où vos admirateurs vous promènent.

* A moins que l'adjectif lenticulaire ne signifie là autre chose, que mon esprit d'ide ignare méconnaît.

Posté par maison43 à 19:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

01 juin 2012

Séraphine Louis

Moi, Victorine Louis, j'ai eu 3 filles : Argentine, Clarentine et Séraphine, mon fils se nomme Alfred, pas facile de trouver un prénom en ine et puis je suis morte, mon fils, ma fille et mon mari aussi..

   Donc, Argentine et Séraphine Louis seules survivantes. L'une a 22 ans, l'autre 7 ans. L'une se marie, a une fille, l'autre se partage entre l'école et les champs avec les bêtes à garder pour gagner un peu d'argent, celle là est solitaire et pieuse. Elle ira faire le ménage des autres, dans un couvent où elle reste 20 ans. A 38 ans, elle quitte le couvent pour travailler chez des particuliers. A 42 ans elle peint. Elle aura quelques conseils rares, des aides matérielles, mais peindra spontanément. Elle connaîtra un peu le succès, remarquée par un collectionneur, elle dépensera sans trop de discernement l'argent gagné, elle sera enfermée pour cause de décompensation d'un état psychotique. Elle ne peindra plus jamais et mettra 10 ans à mourir.                                                Les grandes marguerites 1925                             Séraphine Louis

Dites moi, Séraphine, savez vous que les séraphins sont les gardiens du trône de Dieu ?

S : moi, tout ce que je sais, c'est que ma mère Victorine ne voulait que des rimes en ine .. D'où Argentine pour mon aînée, Clarentine pour la seconde et Séraphine pour moi. Le reste n'est que littérature. 

D'où tenez vous votre inspiration ?

S : qu'est ce que j'en sais moi, je n'ai peint que ce que je voyais, que ce que j'aimais, que ce que je pouvais : les fleurs, stylisées, rêvées, sorties de mon imagination, les fleurs qu'on ne m'a jamais offertes. Peindre, c'était  vivre, enfin, exister.

Et Quel est le secret de vos couleurs ?

S : Ocres, jaunes, rouges, terres brunes, vert de gris, airelles, écorces de châtaigne, bogues de chêne, noyaux de pèches et de cerises brûlés, blancs de coquille pulvérisés, gomme arabique, jaunes d'oeuf, et puis de l'huile sainte, Feuilles diaprées sur fond bleu 1929car donnée par le curé, et puis du .... Ripolin qui est une peinture à l'huile, et puis un peu plus tard encore du vernis. Y a pas de secret, j'ai su faire d'emblée, c'est tout.

On vous dit étrange Séraphine ?

S :Quand vous avez la vie que j'ai eu, orpheline, ménages, 20 ans de contact avec des religieuses, ça n'aide pas s'épanouir, on n'a pas de modèle, on  ne vit pas, on survit madame, on s'habitue à la peine. Alors sûr que je suis différente des autres.l'arbre du paradis 1929 détail

Vous avez une peinture diablement sensuelle, Séraphine ?

S : Il y a bien que là, que j'ai pu l'être, sensuelle. Je n'ai aimé personne, pas eu ni l'occasion, ni le temps, mais j'ai aimé passionnément peindre. J'ai aimé le velouté des fleurs, leur parfum, leur toucher, joue contre pétale, si doux, si suave, si tendre comme un doux baiser. Alors j'ai mis tout ça dans mes peintures. Les grappes de raisin 1930Grappes et feuilles roses 1925-1930 détail

Et votre internement ?

S : une mort lente, absurde et inhumaine. Je ne la souhaite à personne. Je suis morte le jour où ils m'ont internée.

Alors, folle, Séraphine ?

 S : A votre avis ?

Au musée Maillol, des peintures de Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis 1864-1942.

 

 

Posté par maison43 à 18:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,