04 août 2012

Souvenirs retrouvés de Kiki de Montparnasse

Kiki Souvenirs retrouvés

C'est son dernier amour  André Laroque qui lui dactylographie ses souvenirs. C'est le second livre de Kiki, le premier alors qu'elle a 28 ans est interdit par la censure américaine qui le saisit. Neuf ans plus tard, elle en écrit un second qui ne sera pas édité, la guerre l'en empêchant. Il dormira dans des cartons plus d'un demi-siècle et ne sera édité qu'en 2005 par José Corti.

C'était une reine, Kiki, une de Montparnasse. Une de la trempe de Misia, mais version populaire, sans le pouvoir que donne l'argent. Née en 1901 en Bourgogne, non reconnue par son père, elle connut une enfance miséreuse, eut une éducation restreinte, et travailla à l'âge de 13 ans. Pour échapper aux petits métiers difficiles, Alice Prin, dite Kiki,  posa des nus pour des peintres qui en échange la nourrissaient. Un soir d'hiver elle rencontra Soutine qui l'herberga pour la nuit, elle fréquenta La Rotonde, y cotoya Utrillo, Modigliani, Kisling, elle s'amusait déjà à esquisser quelques dessins, qu'elle échangeait contre 10 sous.

 Elle posa pour Kisling (1891-1953), pour Foujita, Man Ray, elle eut beaucoup d'amants, c' était une amoureuse,  Alice, l'argent n'était pas son moteur, elle fréquenta les surréalistes Desnos, Aragon, Prévert et d'ManRayautres avec lesKiki souritquels elle se mit en froid, elle, la gouailleuse n'ayant pas la langue dans sa poche, et venue du ruisseau. Elle chanta dans des cabarets, l'Océanie, le Boeuf sur le toit où passèrent au piano Wiener, Doucet, Aiwaz, où se produisirent les chanteuses Marianne Oswald, Yvonne Gorges, Frehel et Kiki.

 Elle exposa ses  petites peinturesAlice Prin dite KIKI 1926

chez Bernheim, chanta au concert Mayol, enterra son amant, sa mère. A 33 ans et 80 kgs, elle posait encore pour Per Krogh ( peintre norvégien 1889 1965) , et puis elle s'adonna un temps  aux stupéfiants, enfin, elle ouvrit son propre cabaret. Elle mourut en 1953.   

Bien sûr, elle n'a pas  la fibre écrivain, Alice,  les mots ne la font pas vibrer, l'écriture est sobre, simple,  mais peu importe, ces mots là écrits par elle, perdus, retrouvés et enfin édités sont sans doute ce qu'elle désirait laisser à la postérité, une version minimale  de sa vie tumultueuse, folle et libertine,  pour couper court à tout commérage superflu.  Rien de très intime, rien de très croustillant,  Alice dite Kiki de Montparnasse est morte avec ses secrets,  elle demeure à jamais l'une des muses préférées de  Man Ray. Le Violon d'Ingres, c'est elle.  Pas mal comme souvenir Alice, pas mal !  

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02 août 2012

José Maria Sert

Nonobstant  (j'aime ces expressions superfétatoires)Misia lors de sa rencontre avec Sert

 Misia (1872-1950), je ne serais pas allée à la rencontre du peintre décorateur José Maria Sert (peintre catalan 1874-1945) dont elle fut successivement, l'amante, l'épouse puis à nouveau présente dans les dernières années de sa vie. Mais j'y ai vu un lien, forcément, qu'il me paraissait, comme d'habitude, urgent de nouer, d'autant plus que cette exposition, au Petit Palais se termine le 5 Août. Je ne suis pas trop attirée par ces grandes peintures commanditées par des particuliers. Inutile de chercher Misia, elle ne se cache pas sous un des nombreux personnages :  Misia ne servit jamais de modèle pour Sert;  il utilisa la photographie, des modèles humains au début

Silène et Bacchus charbon sur papier 1910

Etude photographique pour Silène et Bacchus 1910

puis des santons ( il en acheta plusieurs centaines à une crèche napolitaine), pour finir par utiliser des petits mannequins en bois articulés, qu'il mettait en scène les prenant en photos. Il raffolait des pyramides humaines, Sert, et les étudiait sur des mannequins avant de les peindre sur du bois.

Etude photo pour Le Temps 1940

 

 

 

Le Temps détail 1940

 

 

 

 

 

 

Les visages chez Sert sont rarement beaux enfin pas genre grec,Europe ou l'automne détail 1917-1919 genre simiesque plutôt, plus proche de la caricature. Seuls les corps comptent pour Sert, dans toutes les positions : joufflus les chérubins,  musclés les mâles, souples, en force. Le mouvement, c'est ce qui l'intéressait, avec le mélange des genres artistiques, pris ça et là, au gré de ses rencontres, de ses voyages, de ses lubies, de ses clients.  C'était un bon dessinateur, Jose Maria Sert, il aurait pu émergé sans doute comme peintre, enfin peut être, mais a préféré se spécialiser dans la décoration où il eut beaucoup de succès ...  Il a rencontré en 1933 Diego Rivera,

Jose Maria Sert et Diego Rivera 1933

l'époux de Frida, une autre Femme particulière qui m'attire, mais c'est une autre histoire à explorer plus tard ! La grande oeuvre de sa vie à Sert, ce fut la décoration d'une église, celle de Vic, qui va l'occuper énormément, mais il ne reste rien de cette oeuvre : en 1936, l'église est brûlée, quelques membres du clergé exécutés, une raison évoquée possiblement pour expliquer l'adhésion, très contreversée, on s'en doute, de Sert à Franco.

Il était riche, Sert, richesse familiale,  il aimait la grande vie, la belle vie, cultivé et collectionneur, il emmena Misia dans les plus grands musées, et puis Misia devenue un peu vieillie et pas très commode,  il lui préféra une jeune Roussy ( Isabelle Roussadana Mdivani  1906-1938 fille d'un prince géorgien) qui lui offrit d'autres ouvertures par ses relations, un temps, le couple resta à 3, et puis lassé des commérages, ou lassé de Misia, subséquemment il demande l'annulation de son mariage religieux avec Misia pour cause de stérilité et épousa Roussy . Après le décès prématuré de Roussy 10 ans plus tard, il reprit une relation  avec Misia, devenue un peu fauchée, encore plus vieille et un peu esseulée; de lui, elle héritera  son appartement, rue de Rivoli.

Roussy Sert 1929 Mais si, j'ai aimé, un peu, j'aime découvrir de toutes façons,  j'aime cette rencontre avec un(e) inconnu(e),  j'aime cet instant magique de révélation d'une oeuvre,  après j'adhère ou pas, mais étant de nature bienheureuse, bienveillante ou carrément conne,( c'est une question d'appréciation)  je critique modérément en songeant que pour critiquer, il faut avoir un peu de talent dans l'art en question, ce que je n'ai pas, sinon, ce n'est que de la diffamation, de la jalousie, du blabla.

Ouaiiiis, dans tous les cas, c'est du blabla, c'est vrai !

Amérique ou l'hiver 1917-1978 huile sur bois

Donc Sert en temps que peintre décorateur, à première vue, j'adhère pas trop. C'est un décorateur d'un temps révolu, d'un milieu artistique d'une époque. Un petit instant charmeur d'histoire de l'Art, ce qui somme toute est déjà bien et ce qui n'enlève rien à la séduction fascinante de l'homme, un peu comme Misia en somme.

Le lien est noué ! 

Mais sans doute cette visite rapide et première gagnerait à être renouvelée, ailleurs, plus tard, sous d'autres cieux et dans une autre ambiance .... Il me faut du temps parfois pour apprécier.

Note pour ide :

Penser à aller voir à Barcelone l'hôtel de ville et le palais de justice, la banque d'Espagne décorés par Sert, ainsi que le MNAC qui a prêté d'ailleurs ses oeuvres au Petit Palais. 

Posté par maison43 à 20:33 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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