Thérèse Desqueyroux

Il faut bien le dire, Mauriac, c'est pas un rigolo ! c'est plutôt le drame lourd, pesant, qui domine dans ses romans. Bourgeois, nantis, besogneux, inhumains, ses héros sont tiraillés entre la Foi et le sexe, entre l'argent et le pouvoir, entre le qu'en-dira-t'on et le m'as-tu-vu-sur-mon-prie-Dieu, alors forcément, il faut que les sentiments exultent quand même, et cela donne des monstres froids qui commettent des actes noirs sans qu'il y ait forcément une cause directe. Thérèse tente de tuer son mari car elle ne supporte plus la vie dans laquelle il l'enferme, il y en aurait d'autres qui prendraient un amant, s'enfuiraient, se réfugieraient dans les bonnes oeuvres, l'amour des animaux, l'amour des enfants, la religion, elle, choisit tout simplement d'empoisonner son mari en falsifiant ses ordonnances de valériane prescrite pour des palpitations. Curieux pour une femme réputée intelligente et cultivée ! hein Mauriac ?

Le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller restitue bien l'ambiance confinée des romans de Mauriac au milieu des forêts landaises, Audrey Tautou est une Thérèse convaincante, dont la froideur pourrait s'échauffer pour peu qu'elle trouve des gens qui pensent comme elle et c'est ce que choisit de lui donner Miller à la fin du film, elle s'envole Thérèse vers une liberté retrouvée. Son mari ici, Gilles Lellouche joue lui aussi avec beaucoup de finesse entre le cuistre soucieux de l'image de la Famille, et l'homme qu'il aurait pu être, et que définitivement, on le sait, il ne sera pas. Il y a de l'humain chez ces gens là !

Au total bon sujet d'étude littéraire ce film, pour les professeurs de lettres qui souhaitent amener leurs élèves à Mauriac, les plus concernés liront le livre, les autres se contenteront de voir le film, ce qui n'est pas si mal.