27 juin 2013

Keith Haring

Keith Haring autoportrait

Courte vie de 58 à 90. Bien remplie pour un seul homme, bon dessinateur, fan de Dubuffet, Pollock, Paul Klee, Pierre Alechinsky, Warhol, Basquiat, suivra une école de dessin publicitaire, pas longtemps, puis l'école of Visual Arts à New York qu'il quittera avant d'avoir son diplôme, il s'en moque un peu de tout cela Haring, la rue est son atelier, le métro et les murs Keith Haring 2ses toiles ... il y rencontre là un publicKeith Haring 3

K Haring

et ses petits bonshommes dessinés à la craie deviennent célèbres. Ses nuits, il les passe dans les clubs où artistes en tous genres se croisent, musiciens, comédiens, écrivains et peintres. Provocateur, il utilise son talent  et ses dessins pour se faire messager en faveur de la discrimination raciale, religieuse, sociale. Il défend toutes les causes Haring, c'est de son âge.

K Haring 3

Il critique également le capitalisme, les technologies nouvelles que sont l'ordinateur et la télévision qui détruisent le cerveau, Keith Haring 4

Keith Haring 6la peopolisation dont il est pourtant un grand bénéficiaire. Son homosexualité qu'il revendique en permanence dans ses dessins fera de lui une des nombreuses victimes duKeith Haring 14

SIDA. il utilisera son énergie à se battre pour lui et pour les autres envers ce fléau. Le petit diable cornu, à gauche représente le virus du sida,Keith Haring 1988

l'énorme virus phagocyte le petit homme .. Haring pense qu'il survivra à son oeuvre, la mort éjacule sur les fleurs qui ne meurent pasKeith Haring 1989. L'art survit.

 La vie de Haring se raconte dans ses

Keith Haring 7Keith Haring 10

   

 

 

 

  Keith Haring 9

   

Keith Haring 12

 dessins ...  Sa production est remarquable, il a eu une petite dizaine d'années pour être omniprésent, avec le potentiel qu'il avait, il aurait forcément évolué. Il a le sens du commerce, Haring, il vend de l'art à petits prix, ce qui se défend ! 

Jusqu'au 18 Août 2013 au Musée d'Art moderne. 

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26 juin 2013

Ron Mueck

Mask Ron Mueck

Né en 1958, australien, il commence par faire des marionnettes pour la télévision (le Muppet Show) et le cinéma.  Il travaille avec sa belle mère Paula Rego, plasticienne portugaise et réalise pour l'une de ses compositions en 96 un Pinocchio.   

Silicone, résine, peinture à l'huile ...

Les personnages de Ron Mueck, ce sont les autres, notre voisin, nos vieux parents, le vieux couple Femme Ron Mueck détailRon Mueck détail couple

d'à côté, on remarque les rides, les veines, les expressions, leur lassitude ... on n'est pas très gai chez Ron Mueck, les gens heureux, c'est pas son truc;  on critique un peu, mais c'est comme un miroir, ce n'est pas vraiment nous ...c'est nous sans l'être vraiment ... et qu'ils soient géants ou nains, ne change rien à l'affaire. Il nous apprend l'indulgence Ron Mueck pour les autres, pour lui, pour elle, pour toi ... pour nous même. 

Les personnages de Ron Mueck, c'est nous, aussi. Mais c'est aussi  des histoires à écrire ...

Qui  est cette drôle de petite bonne femme ? on la croirait sortie de sa Cromagnie .. malicieusement,

Ron mueck

Ron Mueck détail

elle nous regarde et se moque de nous .. au diable les diktats, au feu vos croyances,  moi je suis heureuse, ce soir, j'aurai du bois pour entretenir le feu, car oui, je suis Vesta ...déesse éternelle ...et je ris de vous pauvres humains emprisonnés dans vos vies. 

Lui, c'est Thomas l'incrédule, celui qui ne croit que ce qu'il voit, à moins que le gang adverse ne l'ai blessé, lui le Crip invincible, et il n'en revient pas .. tout est permis avec Ron Mueck, l'histoire de ces personnages, c'est vous qui l'imaginez ...Youth

 Young Couple détailQuant à toi, tu me lâches, tu me fais mal,

young couple face

inutile de me retenir ...

Celui là, je l'aime bien cet homme, nu dans un bateau .. son air indifférent, l'air de rien, m'amuse, on dirait un tableau de Hopper en chair et en os ... ne fais pas ton fier, va, je t'aime bien, ne fais pas la tête, ni l'indifférent, man, prends la couverture, my dear et suis moi !Man in a boat

A la Fondation Cartier jusqu'au 29 Septembre 2013.

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25 juin 2013

Simon Hantaï

Pas aisé à suivre le Simon Hantaï un vrai labyrinthe. Faut dire qu'il a laissé peu d'indices, secret, pas très bavard, un peu sauvage, pas franchement préoccupé par son image, il se retirera de la vie sociale : il y a 15 ans, je me suis placé en dehors. Je me suis retiré du centre, parce que vouloir se placer au centre n’a aucun sens, interdit d’avoir une vision critique. Il ne reste qu’une fonction sociale. Alors, je suis rentré dans l’atelier, sans considération du marché, librement. C’était la seule solution. Sinon la peinture devenait de la chose, du produit. C'était en 1982 à l'âge de 60 ans.

Peut être était il au bout de ce qu'il désirait exprimer en peinture, peut être désirait il vivre autre chose.

Né en Hongrie en 1922, il suivra après des études pour être ingénieur, les Beaux Arts à Budapest, il y rencontrera en 1945 sa femme Zsuzsa Biro. En 1948, après un passage en Italie, ils viennent s'installer à Paris.Les Baigneuses

 Les Baigneuses sont un tableau particulier, je trouve, une sorte d'exercice, une inspiration venue des musées, un essai pictural, rapidement Simon Hantaï s'intéresse aux mouvements en vogue, le surréalisme alors en déclin, lui convient par les expériences apportées : collages, découpages, pochoirs, raclages, inclusion de végétaux, d'os, plumesL'arbre des Lettrés

Femelle-Miroir II 1953

Regarde dans mes yeux

 

... et il produira plusieurs tableaux avec une touche assez personnelle, très anatomique, disséquée ...en 55, il abandonne ce style et s'intéresse à Pollock et à Georges Mathieu, et Simon Hantaï s'éclate en même temps que

Peinture 1954

Peinture 1956

Peinture 1959

sa peinture : il éclabousse sa toile de couleurs vives, recouvre le tout de peinture sombre, puis racle, d'un rythme quasi musical  à l'aide d'un cercle métallique de réveil-matin; une calligraphie étrange, joyeuse, harmonieuse et finement travaillée.  Simon est un grand lecteur de textes philosophiques, de textes religieux, il y a chez cet homme un côté maniaque, obsessionnel et sublimé, intelligemment utilisé, durant une année il recopie sur une toile recouverte de peinture blanche une partie de la liturgie catholique à la plume et à l'encre, une forme de méditation initiée par la monotonie de la copie écrite à l'encre rouge, verte, violette, noire. Et puis il recouvre ces textes d'autres écrits de SaintPeinture 1958-1959 Ignace de Loyola, Hegel, Heidegger ... bientôt aucun texte ne sera plus lisible .. de visible il y aura une croix, une étoile de David, des rectangles, un peu d'or et émerge une couleur pourtant inutilisée le rose : Peinture écriture rose 1958-1959. Les premiers à plier furent Matisse et Cezanne, Simon Hantai s'y mettra à partir de 1960, il froisse la toile, la plie, le recouvre de peinture, puis la déplie. J'ai été pris par le pli, j'ai pris le pli, le pli m'a repris Le blanc, le non peint devient primordial, Hantai parle de peinture trouée.Simon HantaïMariale Détail

Les Mariales sont les manteaux des Vierges de son enfance catholique ou d'Italie; il est slave, Simon, un peu excessif donc, alors il lui en fait des mètres à Marie, de toutes les couleurs ....et puis il revient un peu dans l'idée de ses premières peintures viscéralement peintes, en 'abstractant' un maximum, alors des panses  où la toile est nouée aux 4 Panse 1964

angles, peinte, dépliée, repeinte, redéployée etc ... des sacs-ventres où chacun y voit ce qu'il veut ...et puis il déménage, va s'installer à la campagne, à Meun un village près de Fontainebleau pour voir pousser dit-il l'herbe et ses enfants, on est en 1966, il peint alors plus épuré encore, plus abstrait, plus ...., moins, il s'essouffle un peu, et intitule ses oeuvres de lassitude, les Meuns.Meun 1968 Et puis un regain, il terminera les années suivantes par les Tabulas où le pliage différent quadrille la toile, crée des fentes partoutTabula 1975

Il les dédie à Piero della Francesca et à sa Madonna del Parto. Retour à la Vierge parturiente, retour à la Mère. Fin du voyage pictural. Simon Hantaï garde une partie de son mystère.

De 82 à sa mort en 2008, il ne peindra presque plus et se consacrera à ce qu'il voudra, aimera ... il vivra.

La musique l'a accompagné, tout au long de sa vie, ses 3 fils sont musiciens, Pour Pierre, le clavecin, pour Jérome, la viole et la flûte pour Marc, ils forment le trio Hantaï. L'exposition dure, à Beaubourg jusqu'au 2 septembre 2013.

Simon Hantaï 1974

Mère de Simon Hantaï

 

 

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21 juin 2013

Tout s'est bien passé - Emmanuèle Bernheim

tout s'est bien passé

Le début de 'Tout s'est bien passé' est laborieux, indéniablement un bon narratif, descriptif, d'un voyage en métro à prendre dans le sens de la marche quand on est stressé, on sent presque l'odeur du métro, puis re-belote avec l'hôpital, aux Urgences où l'on ne fait qu'attendre, odeur d'hôpital, les examens, puis les résultats, ensuite téléphoner à ses proches, avertir la mère qui erre entre dépression et parkinson, régler les formalités bancaires pour qu'une procuration soit faite aux filles, on n'y pense toujours trop tard à cela ...c'est bien écrit, mais au final un peu monotone à lire; un récit de fin de vie à lire, un de plus .. quand soudain à la page 50, un 'je veux que tu m'aides à en finir' est accrocheur ... on y est enfin dans le sujet du livre, le suicide assisté du père d'Emmanuelle Bernheim, André. Certes, c'est un sujet à la mode, traité avec efficacité dans le bon film de Stéphane Brizé 'Quelques heures de printemps', mais la gravité du sujet  peut justifier l'abondance de livres, essais, films, la rendre même nécessaire. Cela peut se passer en Suisse, à Berne, il faut être conscient, incurable, et capable de boire un verre seul, boire d'abord un anti-vomitif, puis boire la potion mortelle qui est amère et l'on s'endort tranquillement en écoutant de la musique. Emmanuelle Bernheim évoque le film 'Soleil vert' film que j'ai également vu, où les candidats à l'euthanasie meurent en regardant des paysages magnifiques à jamais disparus. André Bernheim ne pourrait arriver à anticiper sa fin, il a besoin de l'aide de ses filles, trop fatigué pour le faire seul .. Emmanuèle Bernheim écrit donc les étapes semées d'embûches de cette péripétie ... elle écrit bien, les moments d'angoisse, les moments cocasses qui provoquent des fous rires, la vie quoi qui prédomine chez les survivants ... Gonflé le père, collectionneur d'art, esthète, aimant la gente masculine, très égoïste, caustique avec ses filles, même sa mort est une manière d'emmerder encore, une dernière fois ses filles ... bon ce père, unique on l'aime bien quoiqu'il fasse, surtout que c'est un gentil monstre-apprenti, juste un homme égoïste, charmeur et attachant. On dit souvent que les enfants sont maintenant durs à élever, on ne dira jamais assez que c'est la même chose pour les parents en fin de vie, durs à mourir !!!!

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19 juin 2013

Le Démon d' Hubert Selby Jr

Le démon

'Ses amis l'appelaient Harry. Mais Harry n'enculait pas n'importe qui. Uniquement des femmes... des femmes mariées.' extrait

Hubert Selby Jr 1928-2004 adore accrocher le chaland avec des mots grossiers dans des phrases banales. Le problème majeur d'Harry au début du livre, c'est le sexe, sans sentiment, et uniquement les femmes mariées, pas d'emmerdements ainsi .... Harry est un drogué de la baise, il est intelligent, brillant, a une gentille petite famille un peu débordante de bons sentiments, un patron qui l'apprécie, mais son addiction le prive de tout sens commun, le fait arriver en retard au travail, l'empêche de travailler, le rend petit à petit agressif  ... bon à la longue, cela finit par lasser, le problème de cet homme et l'on s'ennuie ferme; son mariage avec Linda l'apaise un court moment, et puis l'envie d'autres femmes reprend, mais le plaisir vient de l'avilissement ressenti avec une culpabilité envahissante qui le rend nerveux, malade, sujet au début à des troubles du comportement qui le mènent petit à petit à des troubles psychiatriques majeurs qui l'emmènent au meurtre .. cette seconde partie est nettement plus intéressante, Selby amène son héros à la folie, dans un crescendo de troubles de la personnalité passionnant. Je ne sais trop à quoi cela tient d'ailleurs, l'écriture répétitive jusqu'au lancinant ? le vocabulaire reste assez commun, peu recherché mais Selby a l'art du sens rythmique des phrases, prenant et efficace. Il a l'art de la transe Selby dans la description de ses meurtres, dans la narration des conséquences pour son héros. 

  

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11 juin 2013

Gustave Moreau

Musée Gustave Moreau

On le nommait ' le solitaire de La Rochefoucauld', oui, il habitait rue de La Rochefoucauld à Paris, une maison atelier offerte par ses parents, bourgeois cultivés et aisés. Solitaire ? sans doute sur le tard, en tout cas, pas très mondain, le sieur Moreau, plutôt casanier, sa mère pour la tenue de la maison, son amour, un seul connu, qu'il installa dans un Gustave Moreau 2Gustave Moreau détailappartement à côté de chez lui. Les honneurs lui plurent pourtant, des médailles reçues lors des salons, une légion d'honneur, nommé au grade d'officier, reçu à l'Académie des Beaux Arts où il postula ... solitaire, mais aimant être reconnu pour son art, et désirant rester dans la postérité, touchant donc cet homme ...

Son atelier est sympa, grand, clair, avec un très bel escalier, le logement est constitué de pièces petites, sûr qu'il ne faisait pas salon, Moreau ! Un brin narcissique, un brin ombrageux, un artiste donc normalement constitué ! Sa particularité fut de ne vendre que 400 toiles,  a accumulé le reste chez lui : 850 peintures ou cartons, 350 aquarelles, et plus de 13000 dessins et calques.

Gustave Moreau 4

Panneau n°2 de La vie de l'humanité Gustave Moreau

Les Argonautes 1885

Gustave Moreau

C'était un excellent dessinateur, bon coloriste, qui adorait emplir le vide, un fourmillement de personnages, une curiosité avivée, un sacré homme ce Moreau, symboliste, mythologique, mystique ....  

Moreau 1826-1898 se voulait peintre d'histoire, la bible et la mythologie l'ont inspiré, il mélange les genres et travestit à sa façon ses personnages, il emprunte dans des ouvrages sur l'inde, la Perse, l'Egypte  les palais, les bijoux, les accessoires et laisse aller son imagination débordante. Ce qui donne des êtres un peu croquignolets, presque futuristes, semblables aux héros de nos films pseudo mythologiques comme la lignée des Percy Jackson,  particulier ce prétendant, ou bien est-ce Ulysse terrassant les dits prétendants de sa Pénélope tricotante ? Délicieusement kitsch sa petite Sphinx lovée, les griffes fort gentiment agrippées au chiffon qui couvre à peine la nudité d'un Oedipe androgyne.Gustave Moreau 5

 Trop exigeant, perfectionniste, il voulait toujours ajouter un détail, et nombre de tableaux dans cet atelier en chantier depuis plusieurs années ne furent pas achevés. Une légende parfois serait nécessaire pour lire les oeuvres de Moreau d'autant plus qu'il donnait à travers ses oeuvres un message très personnel, non dénué d'un certain hermétisme. 

Le musée devrait être fermé à partir de Juillet pour une durée estimée à 5 mois, un aménagement d'autres pièces qui permettra d'exposer d'autres toiles ...  J'aimerais y revenir dans ce musée et vous ?

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07 juin 2013

Bestiaire

textes  issus des chroniques oubliées dans le journal La Montagne et écrits par Alexandre Vialatte 1901-1971 , donc textes réunis en un abécédaire intitulé 'Bestiaire' édité chez arléa.

Vialatte terminait ses chroniques, dans la Montagne, par ces mots 'Et c'est ainsi que Allah est grand'. Vialatte était écrivain, traducteur d'allemand (traduira Kafka, Goethe, Brecht, Nietzsche, entre autres), chroniqueur dans de nombreux journaux et revues. Ami d'Henri Pourrat et de Philippe Kaeppelin, entre autres bien sûr. 

Bien sûr, quand on lit ce Bestiaire, on pourrait croire qu'on lit du Desproges, et ce dernier ne cachait pas avoir été inspiré par Vialatte; Pierre Dac n'est pas loin non plus, avec un humour peut être plus délirant encore inspiré par Alphonse Allais ...

Un échantillon ..

Trois ânes

Cheval II

Qu'est-ce que le cheval ? Tout le monde a la notion du cheval. Si on ne l'a pas, il suffit à l'esprit de se représenter un âne, mais un grand âne avec la queue moins étriquée. Ou alors un boeuf, en moins gros, sans cornes et avec une crinière. Ou à la rigueur un homard, mais sans pinces et sans carapace, monumental, avec le poil luisant et des sabots qui sonnent sur une route asphaltée. Ou alors un très grand lapin, un gros lapin de cinq cents kilos qu'on pourrait atteler à une voiture et qui ressemblerait à un cheval. Ou encore un paquet de lapins, de cinq cents lapins d'un kilo pièce, agglomérés pour faire un lapin synthétique qui aurait une crinière abondante, avec une selle et un jockey. Bref, tous les animaux sont propres à donner une idée du cheval à condition de les faire déformer par l'esprit dans le sens qui les rapproche réellement du modèle. 

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06 juin 2013

Les fruits du Congo 1951

Les Fruits du Congo

Alexandre Vialatte 1901-1971

Quels bonheurs on pouvait s'inventer dans les Îles. extrait  Les Îles : 'C'était le royaume du bonheur qu'on attend et qui ne viendra pas.' extrait

Voilà, c'est dit, c'est un livre sur les rêves, ceux présumés d'adolescents  nés il y a un peu plus de 100 ans déjà, c'est un livre sur le temps passé où l'imagination pouvait encore déborder, créer des aventures extraordinaires, des épopées fantastiques où il y a des élèves avec un principal particulier :  Monsieur Vantre Principal du collège buveur de chartreuse et autres liqueurs qui menait ses élèves  dans ses chasses d'une manière aussi lyrique qu'imaginaire, de telle sorte que les élèves virent au bout de la ville là où ce n'était que nu, plat et blanc, si désolé, une île d'abord celle de la mâchoire, à côté l'ile du moulin à vent avec une tour en ruine où un soir une lumière ... extrait

 élèves qui se transforment en petits chevaliers, elfes, héros, ce que vous voudrez, tous épris d'une princesse Dora.  

Dora, Reine des Îles, du Labyrinthe et du Moulin à vent : "peut être n'étais-tu, t'accrochant aux brins d'herbe et t'inventant des fétiches protecteurs, que le gibier traqué de M. Panado ? une enfant qui recule de cachette en cachette et qui jette du sable, affolée, pour aveugler celui qui vient " extrait C'était une grande fille souriante qui avait l'air tendre, intelligent, ironique et grave des Françaises. Elle sentait la pipe, la lavande, l'eau de javel et l'herbe mouillée.... et son rire, au milieu de cet océan vert, était comme une île de corail. extrait

Dora était Marthe Perrin-Darlin, Dora n'était qu'un rêve, une certaine idée de l'amour pour des jeunes gens imaginatifs et avides d'aimer comme on peut l'être à cet âge. Dora est morte, assassinée par le Temps qui tue presque tout. Dora d'or, Dora noire, Dora morte.

Le narrateur n'existe pour les 2/3 du livre que par sa narration, mais il se dévoile nostalgiquement de temps en temps en pleurant ces êtres disparus. Nous n'irons plus au Labyrinthe, aux Iles et au moulin à vent. Dans l'épilogue, il n'y a presque plus que lui qui fait le bilan, nous rapporte ce qu'ils sont tous devenus.   

Monsieur Panado n'est peut-être qu'un des visages du néant. Peut être n'existe-t-il que par sa propre absence ?  extrait. Monsieur Panado représente le Destin, la Mort, aucun nul n'échappera.

Les Vingtrinier, le père avocat, la mère morte, Marcel qui sera tué au front, un dont on ne sait rien, au début du livre et Joseph qui fut au collège. Habitent dans la rue Quattrebarbe. Joseph parti ' Loin de ce fils adroit et cynique, il (le père) tournait comme un homme sans âme, comme un escargot sans coquille ...il buvait de l'absinthe chez la veuve ... il se mit à tuer des mouches. Il les visait, les aplatissait d'un geste adroit, les attrapait délicatement par une patte. Monsieur Vingtrinier ne faisait donc rien, mais ce rien, il le faisait à l'heure. Il tenait un agenda serré de ce qu'il aurait fallu faire au moment où il écrivait. extrait Il s'occupait aussi de donner du mou à son chat Petit-Monsieur, il prenait le pernod du soir chez la mère de Marthe. Monsieur Vingtrinier est le fou assassin, il y a forcément de terrifiantes histoires d'assassins dans ces histoires. Monsieur Vingtrinié fut mis chez les fous.Et son cas servit à une thèse. extrait

La grande négresse : Ce fut au sein d'une grande mélancolie que la noire pharmacienne du boulevard Saint-Michel devint la dame plate, l'icône, la déesse en papier, de l'affiche des "Fruits du Congo". extrait. Cette affiche servait à attirer les jeunes Français à s'engager.

Fredéric Lamourette, orphelin, receuilli par son oncle le docteur Peyrolles, porte un melon, redouble ses math-élem, censé préparer Saint-Cyr, brillant mais son destin est d'être un héros tragique amoureux d'une fantomatique Dora. La Grande négresse le prendra dans ses bras,il mourra devant une ville défendue par les Turcs.

Théo Gardi le violon tzigane du café Russe. Forcefil atteint de diabète graisseux  qui mourut en 3ème, Potter et Pechmarty, le petit Bonheur dont le père tenait les 'plaisirs de Corée' ... un fourmillement de petits personnages, croqués avec humour et exactitude. Family, lampe Pigeon ... Livre à relire, tant il y a de détails qui peuvent un brin lasser si l'on veut tout saisir d'emblée, alors y revenir, car on devient curieusement dépendant de ce récit, parfois il agace, souvent il ravit, mais dans tous les cas il ne laisse pas indifférent.

Les choses périssables ont péri. Le monde s'est vidé des choses, il n'est resté que leur reflet. ... Et la lumière était si belle et si étrange qu'on aurait dit aussi la lumière du bonheur. Les années ne font rien aux choses. Dora a laissé dans nos coeurs le regret d'un bonheur que nous n'avons plus connu. Il y a peut-être un"bonheur des Îles" qui n'est pas fait comme les autres.

Je sais bien aujourd'hui que les pommes du voisin ne sont pas meilleures que celles du verger familial, et cependant toute notre vie est réglée sur cette illusion. Nous ne croyons qu'aux fruits de la négresse.

Et de quoi vous plaindriez vous ? Vous n'aurez "que le ciel et les sables" ? Le ciel et les sables sont grands.

Ce livre est un livre sur la maturité qui évoque un type d'adolescence, il s'en dégage une douce et tendre nostalgie, où l'espoir reste présent, oui, le ciel et les sables sont grands, encore.

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05 juin 2013

La Grande belleza

La Grande Bellezza

Film de Paolo Sorrentino avec le fort séduisant Toni Servillo, une apparition délicieuse de Fanny Ardant, une vision assez terrifiante de la grande vieillesse, à la bouche édentée et au regard atteint d'une DMLA , mais dont les yeux s'animent cependant un temps, facétieux pour demander au héros principal joué par Toni Servillo, pourquoi il n'a jamais plus écrit après un premier roman de jeunesse 'L'appareil humain', et fort poétiquement le souffle léger de la sainte centenaire provoque l'envolée de flamants roses venus se reposer bizarrement auprès d'elle , c'est curieux une tête de flamand rose, mais cela va bien avec certains visages du film...  Tout est théâtral dans ce film, le décor d'abord Rome et ses statues, ses vieux palais où se protègent du temps de vieilles princesses, les êtres humains qui s'y côtoient dans une grande liesse festive au rythme endiablé où jeunes beautés et vieux tableaux botoxés se trémoussent en l'honneur des 65 ans d'un mondain, coqueluche de la société aisée de Rome. Bien sûr Fellini est présent, et Sorrentino lui fait des clins d'oeil en permanence à notre grand plaisir. De ce film se dégage une nostalgie cruelle et tendre, celle que l'on a quand une grande partie de sa vie est passée, celle des bilans où l'on se rend compte que l'on a rien fait de sa vie, enfin rien de grandiose ou de courageux, celle où les illusions ont encore la vie dure ... on n'est qu'humain alors que l'on aurait voulu être Dieu !! parlons en de Dieu d'ailleurs ou du moins de ses représentants, un cardinal qui n'a foi qu'en la cuisine, une nonne qui paye 700 euros pour ne plus transpirer des mains, une religieuse adulée de 104 ans, à la décrépitude agressant le regard, qui ne mange que des racines, mais qui attire les oiseaux, un peu comme Blanche Neige, la laideur de la sorcière en plus. Elle seule d'ailleurs avec le héros s'en sortent bien, souriants, fatalistes et philosophes, ils n'attendent rien d'autre de la vie, et pourtant si, l'écrivain, lucide et cynique à l'ironie mordante mais bienveillante finira par où il a commencé, un livre, et encore faire l'amour ... 

Beau film sur Rome, tendre film sur une Humanité complètement perdue, l'argent ne fait donc pas le bonheur ? le pouvoir quel qu'il soit, non plus ... l'amour ? peut être, un peu ...  la Belleza de Rome ? sans doute, un peu.

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04 juin 2013

Monsieur Calvin

Calvin

et moi, on s'était rencontré déjà, il y a longtemps, du temps où j'avais déjà du temps, avec un livre offert en 1967 'Histoire du Protestantisme Français' de Raoul Stephan ... et puis plus rien entre lui et moi, plus le temps, jusqu'à cette entrevue en Suisse, à Genève, au musée international de la Réforme. Avec le temps d'ailleurs, ce sacré temps, je vous avais confondu avec monsieur Luther, plus jovial que vous, du moins dans l'apparence physique, imberbe, il parait d'ailleurs que pour définir Genève dans la langue des signes, on se frotte le menton entre le pouce et les doigts, preuve que votre barbe a marqué vos adeptes, plus que moi, adepte de rien, mais uniquement animée par la curiosité ... Musée fort agréablement conçu, ludique et esthétique, où l'on entend un Rousseau dans la salle à manger, Le Banquet théologiqueune charmante Directrice pour agrémenter le tout ... on y rencontre donc un Martin Luther Luther

1483-1546  peint par Lucas Cranach le vieux 1472-1553, un Jean Calvin 1509-1564 d'un peintre du xvi siècle. Pour Luther, La Bible est seule autorité, au dessus des traditions de l'Eglise et des hommes d'église.Bible

La Réforme est en marche, en 1517, il rédige ses 95 thèses qui dénoncent entre autres la vente publique des indulgences, cette Réforme va engendrer outre la réprobation du pouvoir religieux, une réaction violente du pouvoir royal qui va déclencher une contre-Réforme terrible qui se manifestera en France notamment par le massacre de la Saint-Barthélémy le 24 Août 1572Massacre de la St Barthélemy,  la dernière lettre de l'amiral de Coligny à son épouse.Lettre de Coligny 1572 L'édit de Nantes qui, signé en 1598 par Henri IV mettra un terme aux guerres des religions et donnera aux protestants la liberté de culte, sera révoqué en 1685 par l'édit de Fontainebleau signé par Louis XIV provoquant un exil des Réformés vers l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne ou plus difficilement la Suisse réticente à les accueillir, mais ces réformés là créeront des dynasties de banquiers, horlogers, orfèvres, et pour ceux qui résistent  les galères pour les hommes, la prison pour les femmes ... Bon, catholiques, protestants se massacrèrent au nom d'une foi ... où les humains ont un peu oublié les règles de la Bible chacun à leur tour, selon leurs arrangements avec un Dieu si humain qu'il se prête à tout, au pire, le plus souvent. L'histoire ne s'arrête pas là, bien sûr et est plus complexe ... mais moi pour cette fois ci, je stoppe là ... si je retourne, un jour, à Genève, je complèterai cette visite. Et encore déguster les petits calvins, et encore écouter Dame Isabelle la protestante ....

A suivre peut être .... à l'Automne une exposition temporaire "Enfer ou paradis" : la satire en images (XVI-XVIII)caricature du pape Jules III - XVI siècle

La Balance Martinus van Beusecom XVII

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