La Maison Rouge accueille un couple insolite qui joue un pas de danse sur 2 temps, la vie et la mort.

D'après l'ennemi intérieur 2003 détail

La mort, Philippe Vandenberg 1952-2009 se l'est donnée, et ce n'est pas inattendu, il se dégage une souffrance extrême de ses peintures ou dessins, une vision apocalyptique d'un monde bien réel où se mêlent diverses inspirations, qui naviguent entre crimes de guerre (tortures, viols)dessin extrait du carnet Indonésie 1996et illustrations possibles pour livre sado-maso, une ambiguïté dérangeante non pas par le thème lui même mais par le caractère obsessionnel qu'elle révèle annoté d'écrits qui parlent de roi,extrait carnet sur la faculté d'être lièvre 1997

de pendus, princes, démons, d'entrailles ... il manque un peu d'explications au fascicule qu'heureusement on vous remet avant d'entrer.

Philippe Vandenberg né à Gand est peu connu en France, jusqu'en 1990, il était un artiste à succès avec des peintures abstraites où la recherche picturale primait. Les 19 dernières années de sa vie, il change de style, introduit des personnages qui sont en général torturés, saignants, violés, et qui révèlent les tourments d'une âme souffrante, d'un esprit en conflit avec le monde qui l'entoure, et plus grave semble t'il, avec lui même. J'aurais bien aimé connaître le peintre à ses débuts, une cohésion certaine doit relier les 2 reflets de sa personnalité, il aurait été intéressant de le constater par nous même. Il fera des études de lettres, de philosophie et suivra un cursus d'histoire de l'art, il entre en 1972 aux Beaux Arts de Gand, il est attiré par Le Greco, Goya, aime Le Titien, Ingres, Courbet, Ensor et Freud, qui sont des personnalités fortes et particulières.Philippe Vandenberg 1998

En 89 il peint des croix gammées, des crucifixions, des scènes de tortures,Tke Kiss 1989 P

la torture chez lui est toujours un peu suspecte dans ses tableaux où il nous transforme en voyeurs, il peint avec son sang, il répète inlassablement sur ses toiles ' kill them all and dance' et ' il me faut absolument tout oublier' (titre de cette exposition à Maison Rouge), tags ou slogans  expressions de sa révolte contre l'ordre établi, contre la violence du monde qu'il met en scène dans ses dessins, mais avec lucidité il écrira En fait l'horreur que je tente d'attraper dans certains de mes travaux, a plus à voir avec mes conflits internes, mes combats qu'avec une grande compassion ou générosité pour la condition humaine.  Et de ce conflit interne il n'en sortira pas vivant.  Les 3 tableaux qui précèdent l'exposition dans le couloir sont intéressants et donnent une autre image de Philippe Vandenberg. La photo n'est pas bonne, mais elle montre une facette moins obsessionnelle du peintre.Philippe Vandenberg

  

Berlinde de Bruyckere, née en 1964 à Gand, part de la mort pour arriver à une autre forme de vie. Elle ne s'attarde par sur les supplices endurés, les causes de la mort, elle passe immédiatement à la reconstruction, la restauration une métamorphose en somme !! Des membres humains transformés en bois, bon il y a souffrance quand même en écho à celle de Philippe Vandenberg, mais modérée, adoucie. De plus, se mêle pour nous une curiosité amusée de la technique suivie, des méthodes employées et aussi de l'admiration envers son esprit créatif. Elle utiliseCripplewood 2012-2013 B de Bruyckere

pour ses bois, des moulages, puis les remplit de cire, les colore en bleu pour les veines, en rosé pour le sang, En pensant à Philippe Vandenberg, elle imagine un dialogue entre les mantras répétitifs sur des carrés de papier collés l'un à l'autre du peintre et 3 sculptures d'arbres  en cire prisonniers de constructions métalliques ou de liens qui les soumettent, les torturent, les arbres en cire deviennent membres un peu saignants mais ces arbres-membres presque humains rappellent notre fragilité d'humains et notre devenir sans que cela soit morbide, bon un peu quand même ! Voilà, les oeuvres de Berlinde de Bruyckère nous laissent avoir notre propre interprétation, et donnent un sens plus élargi à l'oeuvre d'art. Et puis elle traite des mythes des contes et légendes lus et relus de mon enfance où les Dieux se montrent plus cruels et injustes que les humains, et les transforment en animal, en arbre au gré de leurs plaisirs, tiens un Actéon transformé en cerf et dévoré par ses chiens, ne reste de lui que des bois en cire, des os en cire,Actaeon III - B de Bruyckere

des coussins pour apporter un peu de douceur et de tendresse, je trouve cela assez caustique et drôle : Actéon s'est métamorphosé et est devenu Marsyas, un satyre qui fut lui écorché, quand je vous dis que c'est drôle !! je suis un brin de mauvaise foi. Pour arriver à son sujet cette sculpture nommée Actaeon  Berlinde de Bruyckere a fait des études à partir d'un corps de danseur RomeuDessin série Romeu'my deer' 2010-2011 - B de Bruyckerere

Runa, qui en a fait une performance où il dansait ses membres mêlés aux bois. Des couvertures, des coussins, des misérables petits choses humaines qui accompagnent ces métamorphoses, ces nouveaux organismes mutants qui au gré des expositions n'en finissent pas de renaître. Un érotisme toujours présent chez Berlinde de Bruyckère, un collier de cheval détourné, un sexe en cire qui évoque le féminin et le masculin le tout sous cloche comme la couronne de mariée de nos grand-mères. Cela me réjouit assez.

 Pour moi, il n'y a pas franchement de dialogue entre les oeuvres des 2 artistes, un clin d'oeil de temps en temps, peut être, mais je préfère penser que Berlinde de Bruyckere a choisi de donner à Philippe Vandenberg une seconde naissance, un devenir en somme, en nous le faisant découvrir un peu, sous son aspect le plus sombre. A quand l'autre Philippe Vandenberg  avec vos oeuvres précédentes Madame ?  

   

A voir jusqu'au 11 Mai 2014.