Amalrix

Court roman de Simenon, d'ambiance, d'intrigue policière, d'analyse très particulière comme toujours chez Simenon, où tout est un peu feutré, suggéré dans une neutralité de ton : une passion amoureuse chez un homme sans passion, qui a choisi sa femme pour vivre tranquillement, doucement, gentiment; une passion amoureuse chez une femme ambitieuse, volontaire et manipulatrice mariée par intérêt. Un peu trop forte cette passion pour l'homme marié qui souhaite revenir en arrière, annuler cette rencontre vénéneuse pour sa tranquillité. Pas assez forte pour la femme qui bascule lentement dans une folie meurtrière et qui choisit d'emprisonner son amant dans une toile inextricable, une vraie mante religieuse cette femme là.

Mathieu Amalric qui adapte le roman à l'écran est l'amant, son épouse effacée Léa Drucker, son amante Stéphanie Cleau ... la compagne d'Amalric; elle est plus psychopathe que violente cette amante là, emprisonnée elle aussi dans sa passion en proie à une folie apparemment douce, mais effrayante par sa pugnace et aveugle obstination. Amalric déroule le scénario, lentement, avec une certaine ambiguïté qui entretient le suspens jusqu'au bout. L'amant ne se décide pas, attiré par son amante, mais un peu craintif, attiré par son épouse mais un peu lassé. Dans le roman, l'amant a fait son choix rapidement, il stoppe sa liaison, ne la désirant plus, dans l'adaptation au cinéma, Amalric, lui, choisit de révéler un homme plus troublé, hésitant, presque passif et finalement acceptant sans se défendre la duplicité de son amante toujours souriante qui le mène à sa perte.

Un peu désuet, un peu nostalgique d'une époque, ce film fera plus tard la joie des cinéphiles.