28 mai 2014

Martial Raysse

Portrait à géométrie convexe

De lui, on connaît le portrait de son épouse, fort belle d'ailleurs et sa Grande Odalisque verte et borgneMade in Japan - La Grande Odalisque 1964

 si kitsch;  en recherchant un peu on connaît aussi ces mises en scène très artificielles :Martial Raysse Portrait of an ancient friend 1963

les belles années 60-70, deux décades prodigieuses d'une jeunesse prometteuse qui se perdra dans le superficiel, les années pop ... Il y a du Pop'Art chez Martial Raysse, mais il fait partie de la bande à Yves Klein, celle du nouveau réalisme qui fait de l'art un manifeste sociologique, protestataire, contestataire. Il fait partie aussi de ceux qui ont un humour tendre, mêlant le classique des grands maîtres comme Ingres, Cranach l'Ancien, Tintoret, à l'hétérogéneité des peintres modernes connus et inconnus.

Martial Raysse Made in Japan

Martial Raysse

Raisse Beach détail Martial Raysse 1962

  Ce peintre en vogue dans les galeries d'art, rompra pourtant avec le monde de l'art officiel et suivra sa propre route, en continuant à mélanger les genres, en se révélant un grand dessinateur, un coloriste talentueux, un peintre au final assez surprenant.

mouche détail

La mouche évoque bien sûr les mouches des belles Dames du XVIII utilisées pour faire ressortir leur teint de neige, ici elle rappelle que nous sommes périssables, un petit clin d'oeil au monde moderne qui impose une apparence de jeunesse et de beauté éternelles. Martial Raysse aime reproduire les visages féminins : portraits quasi académiques, mais d'un vert si vert qu'il ferait vomir les anti-Renoir qui qualifiaient alors les carnations du vieux Maître cadavériques, d'un goût douteux et déplorable; portraits plus modernes, malicieux, pleins de vitalité, racontant une petite histoire, mais toujours beaux; il les maquille de néon, petit symbole clinquant de la vie moderne. Peinture à haute tension 1965

  La laideur existe chez lui, mais re-visitée, carnavalesque, hors du temps, fantastique, belle au final. C'est un peintre du beau, presque tout le temps, il joue jusqu'en 70 avec le chic et le choc, est dans l'air du temps, est très à la mode.Life is so complex

Raysse 1976

Après les années 70, Martial Raysse se détache des galeries d'art et réalise des images au pastel et à la détrempe sur papier, assez proches de la bande dessinée, et précurseurs des grandes fresques qu'il aimera produire vers 90. Puis, Martial Raysse retourne à l'antique et nous livre quelques tableaux aux tons bronze et vert assez surprenants dans leur réalisation, atypiques en somme.Série Spelunca 1977

 entremêlés toutefois de tableaux variés qui n'ont plus rien à voir avec rien, mais qui témoignent d'un autre savoir faire.L'ami des nuages 1982

Le coeur quotidien 1978

Montsalvatché 1984

Le pain et le vinUn Bacchus contemporain joue avec une Diane-Barbie sculptée très dévergondée.Le Bacchus de Sainte Terre

Sculptures

Dans les années 90, Martial Raysse retourne encore au classique qu'il n'abandonne au fond jamais, au traditionnel, au paysage

Ceux du maquis 1992 M- Raysse

La Source M-Raysse détail 1990

 puis il nous étonne à nouveau avec ses fresques où l'on retrouve des femmes sexy, des animaux mythiques, des personnages de théâtre grimaçants

Le carnaval à Périgueux Martial Raysse

et parallèlement il produit des petits visages de femmes mutins, petites histoires drôlatiques

Martial Raysse 2007

Martial Raysse 2008

Martial Raysse Séraphine

 et poursuit en 2000 les peintures murales aux couleurs vives, aux personnages burlesques, sexy ...Ici plage 2012

Riche, divertissante, colorée, époustouflante, cette exposition. Martial Raysse né en 1936 n'a pas fini d'étonner, et cet article n'est qu'une facette de son talent. Très diversifié ce peintre, sculpteur; les fils conducteurs de cette oeuvre polymorphe, car il y en a malgré les apparences, sont le rappel continu des maîtres de la peinture, l'humour toujours présent, les couleurs. Allez une petite dernière pour le plaisir ...

Re mon cher maîtreOne more timeRaysse 2007

Martial Raysse 3

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21 mai 2014

Lionel Sabatté - La Fabrique des profondeurs

Né en 1975. Lionel Sabatté sculpteur, plasticien a exposé à l'aquarium de Paris ses bêtes extraordinaires fantasmagoriques, ses animaux fabuleux issus de son imagination créatrice.Sabatte détail

 Lionel Sabatté est fasciné par le monde végétal, animal, minéral, humain, dans ce qu'il a d'éphémère. Il utilise des matériaux de récupération d'un genre particulier, comme les peaux mortes des pieds, les bouts d'ongles, les moutons de poussière, il tord les métaux comme l'étain, le fer, le laiton, ajoute des pièces de monnaie et réussit à réaliser des animaux étranges terriblement présents par leur appartenance à nos rêves d'enfants peuplés de monstres.Sabatte 8

 Chez Lionel Sabatté les poissons volent dans les cieux,

Sabatte 2

Sabatte détail 2

 leurs ombres menaçantes; les oiseaux s'abîment en mer plus funèbres que jamaisSabatte 6

et les animaux enchâssés

Sabatte

dans des souches de bois sont les gardiens de nos ténèbres ..

Sabatte 4

Petits papillons abîmés, vous retrouvez une seconde vie sous les mains de Lionel Sabatté, vous abritez une petite créature métamorphosée, mi-humaine mi monstre assez dérangeante cette mutation, je trouve !Sabatte 5

 

Lionel Sabatte

Et pour terminer, une petite poussière d'oiseau, prélude de notre propre fin !! Terminer notre passage sur terre en devenant poussière de femme ...   

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19 mai 2014

La chambre bleue

Amalrix

Court roman de Simenon, d'ambiance, d'intrigue policière, d'analyse très particulière comme toujours chez Simenon, où tout est un peu feutré, suggéré dans une neutralité de ton : une passion amoureuse chez un homme sans passion, qui a choisi sa femme pour vivre tranquillement, doucement, gentiment; une passion amoureuse chez une femme ambitieuse, volontaire et manipulatrice mariée par intérêt. Un peu trop forte cette passion pour l'homme marié qui souhaite revenir en arrière, annuler cette rencontre vénéneuse pour sa tranquillité. Pas assez forte pour la femme qui bascule lentement dans une folie meurtrière et qui choisit d'emprisonner son amant dans une toile inextricable, une vraie mante religieuse cette femme là.

Mathieu Amalric qui adapte le roman à l'écran est l'amant, son épouse effacée Léa Drucker, son amante Stéphanie Cleau ... la compagne d'Amalric; elle est plus psychopathe que violente cette amante là, emprisonnée elle aussi dans sa passion en proie à une folie apparemment douce, mais effrayante par sa pugnace et aveugle obstination. Amalric déroule le scénario, lentement, avec une certaine ambiguïté qui entretient le suspens jusqu'au bout. L'amant ne se décide pas, attiré par son amante, mais un peu craintif, attiré par son épouse mais un peu lassé. Dans le roman, l'amant a fait son choix rapidement, il stoppe sa liaison, ne la désirant plus, dans l'adaptation au cinéma, Amalric, lui, choisit de révéler un homme plus troublé, hésitant, presque passif et finalement acceptant sans se défendre la duplicité de son amante toujours souriante qui le mène à sa perte.

Un peu désuet, un peu nostalgique d'une époque, ce film fera plus tard la joie des cinéphiles.

 

 

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16 mai 2014

Il faut beaucoup aimer les hommes - Marie Darrieussecq

Darrieussecq

Le jury du Prix Médicis ne prend pas de risques, et attribue son prix à Marie Darrieussecq qui a l'habitude d'être plus subversive d'habitude  et qui nous donne un roman un peu décevant.

Ce roman où l'on retrouve la Solange de Clèves relate une passion non partagée, donc douloureuse et vouée à l'échec, rien d'extraordinaire donc. Le fait que la passionnée soit blanche et l'indifférent amateur de femmes soit noir n'apportent rien à cette évidence, lorsque l'un aime et l'autre pas, cela finit mal pour celui qui aime, toujours.

La couleur de la peau reste un sujet épineux, les clichés ont la vie dure.' Est ce que les Africains n'ont pas un rapport au temps disons un peu particulier ?... Est-ce une pensée raciste ?  extrait les clichés sont ils racistes ? Et pourquoi ces clichés qui ont une certaine vérité nous offusquent ils ? Solange se pose des questions au sujet de la couleur de son amoureux, l'aime t'elle parce qu'il est noir ? L'a t'on aimée, avant lui, parce qu'elle était blanche ? Solange se pose beaucoup de questions sur la couleur de la peau ! Et si elle est amoureuse de son exotique amoureux, n'est-ce pas grâce à cette différence de culture, de pays. Par lui elle accède à l'Afrique dont elle ne connaît rien. Elle a déjà aimé un homme noir, mais pas vraiment noir, non ce n'est pas le sketch de Muriel Robin, il était très clair, ce noir là, d'ailleurs il était antillais ! son Kouhouesso est noir noir et africain 'c'était charmant, appétissant, quasi pâtissier' extrait.  Mais après tout, sait on vraiment pourquoi on aime ? non, on aime un point c'est tout. Et Solange aime Kouhouesso, lui ne l'aime pas, elle lui plaît, c'est différent. Alors Marie Darrieussecq nous décrit, fort bien, les affres d'une passion non partagée. Ce n'est pas là le plus intéressant, elle nous fait vivre le Congo, la musique, les insectes, les bruits de la forêt, les pannes d'électricité, les papayes, l'odeur végétale sucrée et moisie de la forêt, la chaleur du jour, elle nous fait vivre les petites histoires de tournage où une petite actrice n'a rien à faire qu'à attendre sa scène, car son Kouhouessou réalise son rêve, lui, faire un film sur l'Afrique vue par un africain.  De quoi nous démystifier le métier d'actrice ! Elle attend Solange, son rôle, son amoureux, elle ne fait que cela, attendre. Et puis, sa passion faiblit, une fois retournée en France 'Elle n'attendait plus rien, sinon la première, et cesser d'attendre devenait une autre vie, respirable et triste.    

Voilà, c'est fini. Solange constatera à la première que sa scène a été supprimée, et que Kouhouesso est passé à une autre femme qui lui plait davantage. Oh, elle est solide Solange, elle s'en remettra. De Clèves à il faut beaucoup aimer les hommes, Solange s'est polie, affinée, ciselée, mais toujours aussi soumise Solange au final, toujours obéissante aux désirs des hommes ... Alors, un message pour Marie Darrieussecq :

Si il doit y avoir une suite, rendez là plus indépendante, cette Solange, forcez sa nature, et qu'elle vive enfin sa vie sans vouloir à tout prix se soumettre aux autres.   

Nonobstant toutes mes réserves sur ce roman, l'écriture de Marie Darrieussecq est belle, maniérée, travaillée, recherchée, agréable à lire.

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15 mai 2014

Cereix - Haute Loire

cereix 6

Dites moi où, en quel pays ... mais où sont les châteaux d'antan ? Châteaux disparus des lieux, des mémoires, vous n'intéressez plus que les rats des bibliothèques, et pourtant des noms illustres s'y rattachent, des vies plus humbles en furent les serfs. Oubliés les puissants et les misérables, réunis dans une égale amnésie ! 
Aux alentours de l'an Mil, les châteaux apparaissent, édifices qui succèdent aux forteresses existantes donc restaurées ayant une fonction défensive et non résidentielle, ou carrément construits dans des sites inoccupés jusque là. Le Moyen Âge voit se développer des castra (castrum au singulier) qui associent résidence et fonction militaire. Les familles seigneuriales les plus puissantes les font construire et leur donnent leur nom. Ces châteaux deviennent également des centres d'exploitation agricole, des chefs lieux administratifs et politiques, lieux de pouvoir et de justice. Les seigneurs deviennent tout-puissants bénéficiant de revenus, redevances diverses : la féodalité se met en place, les vilains travaillent pour leur seigneur, sous sa protection et surtout sa domination.

Cereix village et site

Cerex situé à 3 km de St Jean de Nay fut une puissante forteresse après avoir été sans doute une tour défensive. Sa situation sur un neck basaltique était privilégiée. On peut penser que ce site fut occupé dés l'antiquité. La famille de Cerex se partage au gré des alliances avec les de Bulhon. En 1238, Pierre de Bulhon engage le château à l'évêque du Puy. En 1348 Béatrice de Cerex l'apporte en dot à son mari Hugues Vidal. Le château est vendu à Guérin VI baron d'Apchier en Gévaudan, et maître du château de Siaugues. Les d'Apchier feront de Cereix une de leurs résidences favorites, en le restaurant plusieurs fois jusqu'au 17è où la dernière de la lignée Marguerite duchesse d'Uzes s'y retire veuve. Ses descendants se contentèrent de percevoir les revenus sans entretenir le château qui commencera à se délabrer. La révolution n'arrangera rien, et les pierres du château serviront à construire les maisons environnantes.

cereix 5

Cereix 4

On peut d'ailleurs retrouver des pierres sculptées armoriées dans les hameaux proches. Seules les dépendances du château où habitait le fermier du domaine ont été bien conservées. Il s'agit bien sûr d'une propriété privée.
Sources : Châteaux de Haute-Loire - Maître d'ouvrage Régis Thomas - Editions WATEL

Ceirex 3

Seules quelques rares assises de pierre demeurent de ce puissant château où la nature a repris ses droits.    
Oubliés les puissants et les misérables dans une égale amnésie.
Et curieusement, cette idée me réjouit.
Vanitas ... etc

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14 mai 2014

Cubelles en Haute Loire

Eglise de Cubelles

En  l'an 1735, un 3 Août naît à Cubelles en Haute Loire un Gabriel Barlier, un de mes ancêtres. Ce petit village situé en Margeride domine les gorges de la Seuge et a pour particularité d'être en face de la chapelle de Notre Dame d'Estours qui est située sur l'autre rive de la Seuge.

Notre Dame d'Estours vue de Cubelles

Un petit prieuré qui appartenait à l'abbaye des Chazes a laissé une église romane dont une restauration daterait du 16è, construite à l'écart du village; un chemin mène à Notre Dame d'Estours.

Un Jean Gabriel, petit fils du précédent Gabriel, scieur de long quittera ces terres sauvages pour Saint Privat d'Allier où il épousera une Rose Audiard ...   

Entre les 2 rives, en 1966 un certain funambule Henry's 1931-2013 s'installa au dessus de 350 m, sur un fil durant une dizaine de jours.

Henr

M'est souvenir de l'avoir vu.

 

 

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13 mai 2014

Infrarouge Nancy Huston

Image (503)

Le nom infrarouge signifie « en dessous du rouge » (du latin infra : « plus bas »), l'infrarouge est une onde électromagnétique de fréquence inférieure à celle de la lumière visible: le rouge. La photographie infrarouge bloque la lumière visible, ne laisse passer que les infrarouges.

Vingt ans, déjà, que je privilégie ce côté du spectre - le côté spectral justement, fantomatique, onirique -, les ondes courtes, de plus en plus courtes, invisibles à l'oeil nu, là où la lumière commence à se muer en chaleur. Je me sers de ma caméra pour me glisser sous la peau des gens. Faire ressortir les veines, le sang chaud, la vie qui court en chacun de nous ..... Dans chaque situation de reportage, rencontrer un individu et tout faire pour le comprendre en amont. extrait 

C'est d'abord, cela, ce roman, un hommage aux femmes photographes, comme Diane Arbus ou  Lee Miller, de celles qui photographient les âmes, qui percent les corps, qui font de l'homme un enfant, celui qu'une mère a marqué à jamais. C'est jubilatoire, rempli de clichés sur les hommes 'ils ont les gonades branchées en direct sur leur rétine', sur les mères castratrices ' les hommes sont vulnérables là où leur mère les a tenus', féministe en diable, avec un humour certain, outrancier, érotique, car un peu nymphomane notre photographe a choisi de s'intéresser aux hommes par le biais de la photographie 'A la surface, les supporters du Paris Saint Germain exhibent une virilité effrayante mais, en infrarouge, on voit qu'elle est effrayée aussi.' ... elle les photographie en pleine action sexuelle.

Faut dire que Diane Arbus a dû fortement inspiré Nancy Huston, alors curieuse comme je suis, il m'a fallu lire la biographie de Diane Arbus écrite par Patricia Bosworth, une sacrée femme Diane Arbus qui nécessitera un article, forcément.

L'héroïne de Nancy Huston Rena Greenblatt est une battante meurtrie qui ne sait pas trop où va sa vie et qui ne le saura jamais, je crois. La photographie est sa thérapie. Réna s'est créée son double, imaginaire, Subra (anagramme de Arbus), une véritable confidente, jumelle qui la seconde toujours dans les moments difficiles. Réna est aussi une amoureuse, sensuelle, qui a beaucoup d'amants, ce voyage est prétexte à  se souvenir d'eux en infrarouge, le dernier Aziz qu'elle a délaissé pour suivre son père à Florence et l'accompagner pour un voyage qui sera le dernier, donc le dernier amant Aziz sera évincé au profit du père retrouvé juste avant sa mort annoncée.Tu as perdu ton fiancé, lui glisse Subra, toujours solidaire, mais tu as retrouvé ton père. extrait 

La photographie, Florence, le sexe, les rapports familiaux, l'amour .. c'est cela infrarouge. Ce n'est pas si mal, même si les pensées de Nancy Huston restent toujours dans un flou .... photographique ! Difficile de savoir ce qu'elle pense vraiment des thèmes abordés avec une neutralité qui pose question.    

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