ainsi vivent les morts

Ouf, enfin un livre qui me plaît, où la richesse du vocabulaire, l'humour caustique, la dérision, l'absurde, l'intrigue vous arrachent enfin des platitudes habituelles. Je suis une lectrice exigeante. J'aime consulter le dictionnaire. Et là je suis servie jusqu'à l'agacement ! C'est un sacré capharnaüm que le roman de Will Self avec une constante : l'opposition hargneuse de l'héroïne qui a le don de ne voir des êtres qui l'entourent que le pire, tout comme Will Self qui règlent aussi quelques comptes. 

Depuis 10 ans déjà, Lily Bloom est une vieille morte de 65 ans (et oui !!!) nantie d'un foetus calcifié (un lithopédion) mort et conçu en 1967 et d'un garçonnet mort accidentellement à 9 ans expert en grossièretés qui s'accrochent à ses basques, un gourou gay la coache dans cette vie parallèle, car c'est confirmé par Will Self, la mort n'existe pas. Il n'y a aucun répit ! Après la mort, la vie continue, pareille, l'émotion et les sensations en moins. Lily est condamnée à porter en elle toutes ses culpabilités, entre autres celle d'avoir été une mauvaise mère, ayant causé la mort accidentelle de son fils, et d'avoir pondu une fille snob et une autre droguée. C'est pas drôle du tout Will Self !!! Cloué soit le seigneur, l'écriture est suffisamment jouissive pour que l'on y prenne quand même son pied ! Au royaume des morts, les arrivées sont forcément incessantes, l'occasion pour Will Self de nous évoquer tous les évènements catastrophiques et meurtriers d'une planète qui en regorge. Nonobstant sa hargne de vivre, elle remet ça, la vieille Lily, elle se réincarne et se prépare ainsi à d'autres bonnes nouvelles aventures.