Pissarro Bords de la Marne à Chennevières 1864-1865

De son enfance passée dans les Antilles, il reste peu de traces dans les peintures de Pissarro. Certes il suit cinq ans d'études à Paris, pensionnaire de 12 à 17 ans, où il apprend le dessin, d'où quelques cocotiers, certes il se rend au Louvre le jeudi et le dimanche, mais son retour à St Thomas où il restera jusqu'à l'âge de 22 ans, ne le marquera pas suffisamment pour en être plus tard inspiré à la manière d'un Gauguin. Il faut dire que le destin de commerçant même riche que lui propose son père ne lui laisse le temps que de croquer sur le vif des petites scénettes de la vie portuaire, jusqu'à ce qu'un jour, il s'enfuit avec un paysagiste danois pour Caracas où il restera de 1852 à 1854. Son dessin s'améliorera, jusqu'à 200 oeuvres sur papier, dont seul un petit nombre est parvenu. Il s'initiera modestement à la peinture, et sa prédilection pour les scènes de marché, les paysages, les villages au loin préfigurent la future production de Pissarro.Pissarro Dulwich College Londres 1871

En fait, Pissarro est un rebelle qui choisit toujours de se démarquer, de tout; d'abord de son milieu petit bourgeois, où l'avenir est décidé par son père, puis du mouvement pictural en cours, des techniques de peinture à suivre, et enfin des convenances à respecter. L'exotisme si à la mode alors, il l'a vécu lui, il ne le peindra que rarement après sa période vénézuélaine. ll quitte les Antilles en 1855, il n'y reviendra plus jamais. Il choisit de vivre en 1859 à l'instar de beaucoup de peintres d'ailleurs avec une femme en dehors de sa classe sociale une aide cuisinière Julie VellayMadame Pissarro

Il ne l'épousera qu'en'1871, car il est pratique Camille, il dépend financièrement de sa mère jusqu'à l'âge de 40 ans, mère qui bien sûr désapprouve sa belle fille. Il n'épousera Julie que lorsque les Durand-Ruel marchands d'art pourront le faire vivre. Ils auront 8 enfants ( une fille 1870 morte quelques semaines après sa naissance, une autre Jeanne-Rachel dite Minette 1865 qui mourra en en 1874,et une autre Jeanne dite Cocotte 1881-1948)Pissarro Jeanne lisant 1899

 et 5 garçons qui seront peintres.  Pissarro les peindra tous, à des âges différents. Pissarro sera leur maître. Julie apporte un temps sa contribution au ménage en se louant dans les fermes, puis se consacre à ses enfants et se montre une fervente groupie de son mari, mais assez indépendante au fond, courageuse et pas enquiquinante. Camille enseignera donc l'art de la peinture à ses 5 fils qui choisiront chacun un pseudonyme pour ne pas nuire à leur père de son vivant.Pissarro L'Hiver 1972

Pissarro Pontoise

 Camille est né d'un père juif d'origine portugaise né à Bordeaux, installé dans les Antilles sur l'île de St Thomas, une possession danoise dont il gardera la nationalité toute sa vie. Mais il choisira de s'installer en France, Il préfèrera par goût ou par necessité de vivre à la campagne où il puise son inspiration : travaux des champs, saisons, marchés constitueront le courant de son oeuvre, mais il ne détestera pas, plus âgé, effectuer des séjours à Paris, Rouen, Dieppe.Pissarro Place du Théatre Français effet de pluie 1898

Pissarro Soleil Couchant à Eragny 1894

 De 1870 à 1871, il s'installera à Londres avec sa famille. Il fréquentera à des degrés différents Monet, Cézanne, Zola, Gauguin, Degas, Guillaumin, Signac, Seurat, Van Gogh, Luce, Mary Cassatt, Mirbeau, Toulouse-Lautrec, Mallarmé. Une tendance extrême au paradoxe cet homme là qui reste assez inclassable, père tranquille mais anarchiste, paysagiste mais aussi peintre des villes, ayant eu une vie assez laborieuse, difficile parfois sans grande richesse mais apaisé toujours.

Pissarro La récolte des pois Gouache 1887

Pissarro La causette 1892

portraitiste à ses heures surtout de ses familiers, mais aussi peintre d'Histoire qui éternise les travaux agricoles, les marchés, le trafic urbain de son époque. Il est souvent radieux, Pissarro dans ses couleurs, excellent aussi dans son expression du mouvement. Ce tableau là, tronqué par moi, mérite vraiment d'être vu, si lumineusement acidulé, si propice à la contemplation.Camille Pissarro

Jolie rencontre que cette exposition de Pissarro, dont j'ai particulièrement aimé la paix imprégnée de beauté et de poésie qui se dégage de ses peintures.