29 octobre 2018

Idaho - Emily Ruskovich

Idaho 3Voilà bien longtemps qu'un livre ne m'avait pas interpellée. Il est vrai que je suis une lectrice difficile. L'écriture m'intéresse d'abord, puis l'histoire intervient ensuite. Emily Ruskovich est américaine. Idaho son premier roman se passe dans l'Idaho, une région située dans les Montagnes Rocheuses dont les pins ponderosa sont originaires; des mélèzes les côtoient, les centaurées embroussaillent les prés, les corbeaux croassent, les taons bourdonnent et piquent. Voilà pour le décor.

Ann est amoureuse d'un homme Wade qui l'a épousée en secondes noces. Jenny son ex femme est en prison pour avoir tué leur fille May une innocente drôlesse de 6 ans. Le même jour, June leur fille aînée âgée de neuf ans disparait peu après le drame, ce jour chaud d'Aout 1995, où la famille était partie en pick-up couper du bois. Voilà pour l'intrigue.

Un an après cet évènement tragique, Wade épouse Ann. Wade présente les prémices d'une démence sénile précoce dont son père fut également atteint. Ann décide d'élucider le mystère du geste infanticide de Jenny, d'en déterminer la cause. Toute la trame du livre est fondée sur cet assassinat incompréhensible. Ann va imaginer leur vie à tous, l'auteure prend plaisir à mélanger l'imaginaire d'Ann au vécu, en jouant avec le curieux mécanisme de la mémoire qui nous fait emmagasiner des souvenirs ou les imaginer à partir de récits ou de photos, mémoire fragile qui meurt pour Wade.' Un jour d'automne ensoleillé, allongée à côté de lui dans l'herbe, tandis qu'il somnolait, elle a senti l'ancienne vie de Wade, ses souvenirs, s'évaporer à travers sa peau. Elle a senti que tout le quittait, tout sauf elle' extrait. D'une certaine façon, Ann devient la mémoire de Wade avec une obsession : rechercher ce qui s'est passé le jour du meurtre et pourquoi. Ann pressent que peut être, elle en est l'élément déclenchant involontaire. Professeur de chants dans une école où June est élève, elle a fait la connaissance de Wade peu de temps avant ce sanglant jour d'été, elle lui donne des cours de piano, elle lui apprend un morceau qu'elle aime bien ' Take your picture off the wall ' qu'elle accompagne de sa voix. Wade le travaille chez lui. Le meurtre d'Amy a lieu l'été qui suit leur rencontre. Au mois de Février suivant, Wade divorcé de son épouse incarcérée reprend ses leçons. Ils se marient à la fin de l'année scolaire. Elle fait sienne alors la première vie de Wade ' Le jour d'Aout qui a laissé cette odeur sur ses gants : Ann l'a vécu si souvent qu'elle a l'impression de l'avoir vu, de l'avoir vécu, pas seulement imaginé et que la vérité elle même n'y pourrait rien changée'.

Le jour fatal pour Amy, cette dernière chantonnait auprès de sa mère Take your picture off the wall. Refrain insidieux de ce roman, entêtant qui pour Ann est une réponse imaginaire ou réelle à son interrogation.

Pour Jenny, Ann n'a pas de nom; ce sentiment n'a pas de nom. Ni jalousie, ni soupçon, ni même tristesse. Jusqu'à... extrait. Jusqu'à ce que sa fille entonne ce refrain, jusqu'à ce que Jenny abaisse sa main armée d'une hachette pour ne plus entendre ce chant trop perturbant pour elle. Pas de chance, sa fille était là. 

A sa façon, Jenny expie son crime, à sa façon Ann l'expie aussi. Cette jeune auteure traite l'histoire à la manière d'un livre policier, on cherche le mobile du crime, on fait des enquêtes de voisinage en découvrant d'autres personnages, on s'y perd un peu dans les mots d'Emily Ruskovich, on adhère ou pas à ce  que nous suggère l'auteure, mais on lit avec un plaisir continu ce livre qui couvre les 30 années de réclusion de Jenny pour en connaître l'épilogue.  On en sort un peu étonnée de ce récit où la mort d'Amy, la disparition de June restent un mystère ; les mots pour en exprimer l'horreur ne sont que suggérés, imaginés eux aussi, par le lecteur cette fois ci,  ou pas...  et le plus surprenant est que l'on arrive à mettre de côté toute empathie pour elles. Nous le devons à l'écriture d'Emilie Ruskovich.

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30 avril 2018

A quand les bonnes nouvelles et Le Bourreau de Gaudi

Kate Atkinson

Aro Sainz De La Maza

Lus deux livres policiers, l'un de Kate Atkinson (connue aussi pour ses romans comme Dans les coulisses du musée à l'humour fort réjouissant ne manquant pas de lucidité), avec un titre fort évocateur 'A quand les bonnes nouvelles' et l'autre d'un auteur encore inconnu de moi le barcelonais Aro Sainz De La Maza dont le roman est intitulé Le bourreau de Gaudi de quoi m'attirer aussi avec ce nom prestigieux. L'humour de Kate Atkinson, ses nombreuses références littéraires ou cinématographiques font de cette horrible histoire sanglante un petit régal à lire avec en arrière fond un petit je-ne-sais-quoi (culturel sans doute) d'un soupçon de pseudo contrition de sourire ainsi d'évènements dramatiques qui ravagent tant de vies. La description de Barcelone et des oeuvres de Gaudi au travers de meurtres particulièrement diaboliques nous fait appréhender la caractéristique d'une ville extrêmement touristique qui peut générer diverses corruptions, ce que l'auteur Aro Sainz De La Maza écrit avec talent.  

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10 mars 2018

Gerbrand Bakker - Là haut tout est calme

bakker

Gerbrand Bakker est un écrivain néerlandais né en 1962 qui a suivi des études de lettres, puis a effectué différents métiers dont celui de jardinier, ce qui explique sans doute ce rôle important que joue la nature pour le personnage principal du livre 'Là haut tout est calme'  éleveur de moutons et de vaches qui gère une ferme, non par goût réel, mais par obligation familiale : Le paysan c'était son jumeau Henk, lui, Helmer avait choisi d'étudier la littérature, mais voilà Henk est mort le 19 Avril 1967 dans un accident de voiture dont la conductrice était sa fiancée. Fin de vie pour Henk, et début d'une autre vie pour Helmer. Leur père a décidé pour lui, il reprendra la mission du jumeau décédé en l'aidant à la ferme. Laide et aimante la mère, sévère et indifférent le père, ainsi se passent 35 années où tout se fige, les jours se ressemblent tous dans les mêmes gestes et puis un jour pas comme les autres, il décide de monter son vieux père impotent là haut dans sa chambre tandis qu'il investit la chambre de son père veuf depuis 10 ans, il redevient lentement maître de sa destinée, une lettre de l'ex fiancée de son jumeau l'entraine alors vers un regain plein de promesses. L'écriture est sobre, les phrases sont courtes avec une retenue fort plaisante dans les émotions qui peut ressembler à une certaine insensibilité, celle que l'on ressent quand les blessures infligées par la vie sont tues, jusqu'à être niées, celle qui vous arme.

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31 janvier 2018

Mon autopsie Jean Louis Fournier

Fournier

Ca y est, il est sorti le dernier petit livre de ce chouchou qui m'agace un brin. Un livre-testament où nous héritons du résumé de sa riche vie narrée avec une distance innée, un humour toujours présent, un brin noir, juste ce qu'il faut pour évoquer une autopsie. Nous avons en commun l'amour pour Desproges, et quelques citations comme 'Mon bonheur aura toujours été de succomber à la tentation', la même pratique de l'humour 'Pour moi l'humour était un dérapage contrôlé, un antalgique, une parade à l'insupportable, une écriture au second degré, une arme à double tranchant, un détergent. Il nettoie, comme la pyrolyse, brûle les saletés, efface les taches, les préjugés, les rancoeurs et les rancunes.' extrait. Il se raconte avec toujours le même minimalisme, une certaine indulgence envers lui même et les autres qui fait du bien, il assume sa personnalité sans fanfaronnade, avec même un zeste d'humilité et de doutes. il évoque ses blessures, ses défaites, ses succès avec une élégance certaine. Et au final, je vous aime bien, Monsieur.  

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26 septembre 2017

S'enfuir - Mélanie Finn

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Mélanie Finn auteure née en 1964 au Kénya. A l'âge de 11 ans elle quitte ce pays pour les USA où elle suivra des études pour être journaliste, métier qu'elle exercera durant une dizaine d'années baroudant en Asie, Australie et Afrique écrivant sur des sujets d'actualités divers comme les enfants soldats ou la plongée sous marine. On la retrouve à Taos au Nouveau Mexique, puis en Tanzanie où elle rencontre son mari. Elle a co-fondé une association de soins destinée aux Massaïs. S'enfuir est son second roman, le premier à être publié en France. Ce livre, c'est d'abord un voyage en Tanzanie. Magulu où l'héroïne américaine Pilgrim choisit de d'arrêter :-'je ne choisis pas Magulu; simplement, je ne peux pas revenir en arrière' extrait. Voilà, outre le voyage, il y a là une énigme à peine suggérée et puis pêle-même la brousse, Mwanza où les Sukuma pratiquent un peu de sorcellerie, les mandazis, les chapatis plein d'huile, les enfants sauvages qui sont forts de leur survie, une boîte au contenu macabre qui est une malédiction puissante, les marabouts, les shetani (fantômes). Des êtres peu ordinaires rencontrés, Dorothéa medecin, Martin Martins ancien pilote de l'armée ukrainienne devenu mercenaire, Paul Strebel inspecteur de police qui suit le dossier de Pilgrim, James Kessy policier de Magulu, un mystérieux personnage qui s'introduit dans le domicile de Pilgrim et qui la piste tout au long de son voyage, Gloria Maynard une américaine qui rêve d'implanter un orphelinat pour les enfants du Sida, Harry  Fonseca un aventurier sur le retour devenu alcoolique pour oublier. Et puis en leitmotiv, des éclats de verre, trois enfants morts, la haine des gens d'Arnau en Suisse fuie par Pilgrim et lieu du drame. L'auteur interpose les lieux, les dates, pour raconter ce qui a amené Pilgrim à s'être réfugiée en Afrique. Une amnésie rétrograde post traumatique, un mari qui l'a quittée pour une Élise enceinte, un accident fatal à trois enfants où l'on ne connaît pas sa responsabilité directe ou indirecte. Pilgrim suit sa destinée sans qu'elle le veuille vraiment, elle se retrouve à Tanga. 'Je ne choisis pas. Je cède'. extrait.  

C'est un livre sur la culpabilité, chaque personnage traîne derrière lui une casserole plus ou moins lourde. Chacun fait comme il peut avec la sienne. Et Pilgrim ne sait pas quoi en faire de la sienne, elle ne sait que s'enfuir. Gloria la mène vers son destin, ce qu'elle en a fait et ce qu'elle en fera. Mais chacun  a droit aussi à une forme de rédemption, encore faut il le vouloir. Livre assez prenant qui intéresse par l'histoire où l'Afrique suggérée reste un mystère. Un livre peut être un voyage aussi. Et celui là vaut un certain détour, le temps d'un été. 

 

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04 juillet 2017

Chloé Delaume - Certainement pas.

chloé delaume

 La vie de cette auteure est un labyrinthe où le père-Minautore a tué sa mère; son fil D'Ariane à Chloé c'est l'écriture; de son nom d'origine Nathalie Dalain, elle choisit de renaître sous le nom de Chloé Delaume, le prénom de l'heroïne de l'Ecume des jours, et le nom tiré de L'Arve et L'aume d'Antonin Artaud. Son écriture très singulière s'inspire en partie de l'Oulipo (http://oulipo.net/fr/oulipiens/o), et de sa personnalité singulière et fort étonnante (http://www.chloedelaume.net/

Le livre est un roman, prétexte pour mettre en évidence nos humaines défaillances, nos lâches compromis, nos modes de fonctionnement les plus commodes à défaut d'être les plus nobles. Elle met en scène 6 personnages, internés à l'Hôpital St Anne, dans un pseudo jeu de Cuedo :

' Vous voilà inutiles, des rebuts de carnage, druides grotesques bâillonnés en marge du festin où en bons citoyens vous devriez trôner une pomme blette dans la glotte, du persil en bouquet boule-quiessant vos conduits. Vous n'êtes plus consommables mais restez toujours pleutres, recroquevillés hirsutes la crainte bleutée au ventre, incapables d'affronter le pourquoi salvateur, le pourquoi du vicié, le pourquoi de l'erreur. Vous redoutez sans cesse qu'en scannant la question vous restiez filles de Loth, statufiés et salins lorsqu'en l'horloge interne résonnera l'heure des comptes.'  extrait.

 Ces six personnages vivent leur déchéance sous l'autorité fantomatique d'un Docteur Lenoir avec en marge une narratrice omnisciente qui nous maintient gràce à ses messages personnels dans une certaine réalité qui pourrait nous échapper parfois vue la richesse abyssale de l'écriture. Et puis il y a l'auteure qui n'en peut plus de ses personnages : Non seulement ils sont lamentables, vils et accablants de médiocrité, mais leur lâcheté est irrecevable. extrait.

Laissons et c'est bien normal le mot de la fin à Chloé Delaume :

C'est moi qui réside au fumoir. C'est moi et je vous ai vus tuer. Comprenez qu'au plateau je saupoudre granules, je suis du Cuedo place de Grève, je vous promets ainsi un supplice bouclé. Je remets dans la boîte cartes, armes miniatures et feuillets à cocher. Quant à mon dépôt de strychnine, je n'ai pas le choix vous savez. Si je ne tue pas ce rat, il va mourir.

Voilà, c'est fait, les personnages sont tués, le Docteur Lenoir qui n'a jamais existé disparu, quant à la narratrice omnisciente, elle est remerciée pour son incompétence à gérer ces ingérables internés. L'auteure met le mot fin à son roman, après une dernière pirouette que je vous livre :

Fin de partie

Chloé

Ça y est, vous avez fini de lire ?

Le docteur Lagarigue 

Oui

Chloé

Alors je peux sortir mardi ?

Le docteur Lagarigue

Ma réponse est dans votre titre.

Bien aimé ce roman plus essayiste que romanesque, à l'écriture peu banale dont l'humour n'est pas exclu.

 

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08 avril 2017

Nous ne savons pas aimer-Jean-Marie Rouart

Rouart Augustin

Les Rouart, je connais, surtout par leur passé de collectionneurs avisés avec le premier Henri qui avait Degas pour copain, se mit à peindre sur le tard, et collectionna les oeuvres de ses contemporains Manet, Degas, Berthe Morisot, Renoir,Toulouse-Lautrec et d'autres encore, mécène généreux et avisé, violoniste, il aura pour beau frère du côté de son épouse le compositeur Ernest Chausson qui lui fit cotoyer Debussy, Satie, Ravel, Prokofiev, Stravinski, il aura 4 fils, dans le désordre : Eugène ingénieur agronome et politicien ami de Gide et de Valéry, Louis chroniqueur et éditeur, ces deux là épouseront les filles du peintre Henri Lerolle, Christine et Yvonne, puis Alexis avocat et éditeur musical et enfin Ernest Rouart qui sera peintre et qui épousera Julie Manet fille de Berthe Morisot et Eugène Manet. Rien que du beau monde talentueux, célèbre et nanti. Une famille célèbre, sous les feux de la rampe, ce qui est parfois un handicap.  

Jean Marie Rouart est le petit fils de Louis et de Christine. Son père Augustin 1907-1997 était lui aussi peintre, plus en retrait dans cette illustre famille, moins avide de notoriété que les autres, marié à Juliette Rapin. Ils habiteront un appartement boulevard de Montparnasse ouvrant sur une cour dont l'écrivain écrit : 'il endeuillait tout espoir de bonheur' extrait. Voilà le ton est donné, un peu mélancolique, un peu nostalgique, très introspectif, forcément bien écrit, avec une admiration pour les grandes destinées comme celle de Napoléon. Jean-Marie évoque ses amours nombreuses, ses amis célèbres, un petit catalogue en somme de personnalités connues qui suscite chez le lecteur soit énervement, soit sympathie, ce qui est mon cas. Car cet auteur ne cherche pas à nous éblouir, il baigne dans cet univers depuis si longtemps que cela lui est naturel; conscient de ses faiblesses, il se confie au lecteur, et ma foi, cette intimité partagée avec nous, l'espace d'une lecture, n'est pas désagréable. La couverture de ce livre est la mère de Jean Marie Rouart peinte par son père Augustin.

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31 mars 2017

Etre ici est une splendeur - Marie Darrieussecq

Paula 2

Livre sur une peintre à l'éphémère vie, morte à l'âge de 31 ans, de la médecine ignorante qui  laissait les femmes plusieurs jours au lit après un accouchement. Une embolie pulmonaire massive pour Paula Modersohn-Becker 1876-1907, épouse du peintre Otto Modersohn 1865-1943. Passage obligé à Paris où elle s'inscrit à l'Académie Colarossi, Camille Claudel, Jeanne Hébuterne y passeront aussi, un destin particulier pour les trois, elle suit également l'Ecole des Beaux Arts ouverte aux femmes depuis 1900. Elle ira à l'exposition universelle, au bal Bullier célébré par les Delaunay, elle rencontrera des peintres devenus aujourd'hui prestigieux, le Sacré-Coeur se construit.  paula 6 Plaisante lecture où Marie Darrieussecq nous peint par petites touches le Paris de l'époque, où elle évoque le caractère bien affirmé de cette Paula qui fait venir à Paris son futur mari dont la femme se meurt, libre et volontaire Paula. De Paris, on passe au village d'artistes à Worpswede en Basse Saxe, on fait la connaissance du poète Rainer Maria Rilke 1875-1926, de Clara Westhoff sculptrice et d'autres encore.Clara Westhoff

 Paula peint des anonymes campagnards qu'elle rencontre, des paysages plats, et des portraits de ceux qu'elle aime  elle est amoureuse, un peu, de Rilke, mais elle lui préfère le peintre Otto. Rilke épousera Clara. Marie Darrieussecq s'inspire des journaux de ces êtres là, où 'ce sont des mots des morts quand ils essayaient d'accorder vie et mots' extrait. Journaux où quand on les superpose ça fait des trous, extrait. Alors Marie fait comme nous, quand on parle de nos morts, ce n'est pas leur vie vécue réelle qu'on raconte, mais ce que l'on en a perçu. paula3

Paula Modersohn-Becker a son musée à Brême, on l'exposa énormément après sa mort. Elle n'est vraiment connue de nous que depuis le livre de Marie Darrieussecq et de l'exposition qui lui fut consacrée à Paris au printemps 2016.

A me relire, je remarque le style franchement décousu de ce message, un peu à la manière de Marie Darrieussecq mais sans son talent !

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23 mars 2017

Kent Haruf - Nos âmes la nuit

Haruf

Livre vanté pour être une célébration de la joie, de la tendresse et de la liberté; je m'inscris en faux contre ce résumé écrit sur la quatrième de couverture du dernier livre de Kent Haruf né en 1943 et mort en 2014. On y trouve de la tendresse, un peu de joie et aucune liberté. Par contre, j'approuve pleinement la suite du résumé de cette couverture 4, qui évoque fort justement un des thèmes du livre intitulé Nos âmes la nuit, à savoir sous entendu toujours une célébration, de l'âge, aussi qui devrait permettre de s'affranchir des conventions, pour être heureux, tout simplement. Le conditionnel utilisé est bien employé, il devrait, mais n'y réussit pas. Kent Aruf nous conte donc la rencontre de deux septuagénaires, veufs, qui décident de réunir leur solitude, mais choisissent de ne se voir que la nuit, non par choix,mais par nécessité, pour couper court à toute rumeur possible. On croit rêver ! où se trouve la liberté de ces êtres qui se cachent pour goûter le plaisir d'être ensemble ? ils n'échapperont d'ailleurs pas au quand-dira-t'on, ni aux reproches de leurs enfants quadragénaires, et au final, ce seront ces gens là, (Monsieur !! ) qui gagneront.

A l'époque des septuagénaires baby-boomers, les esprits ont évolué, notre génération revendique sans souci sa liberté et vit sa vie comme elle l'entend; l'aide à domicile permet de garder nos aînés le plus longtemps possible chez eux, seuls ceux atteints de maladies dégénératives sont placés par obligation dans des maisons de retraite.

Non mais !

 

 

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09 mars 2017

Valentine Goby - Un paquebot dans les arbres

Plusieurs thèmes dans ce roman qui tournent autour de la vie d'une Mathilde née en 1944 : La maladie, la couverture sociale des professions indépendantes, la difficulté de naître fille après un frère mort à l'âge de 2 mois, et pour finir les évènements liés à la fin de la guerre d'Algérie. Une chouette révision pour moi !!   Le bacille de Koch est l'un des héros du livre, la pénicilline découverte par Fleming n'a été distribuée massivement qu'à partir Résultat de recherche d'images pour "valentine goby un paquebot dans les arbres"de 1945, la mise en place de la Sécurité Sociale pour les salariés date aussi de cette époque. Les professions indépendantes ont des assurances privées, mais les cotisations sont élevées. Et les parents de Mathilde petits cafetiers de La Roche Guyon cesseront de cotiser, une fois la tuberculose du père déclarée, les clients se faisant plus rares, because la tuberculose. Les chercheurs Calmette et Guerin testent leur vaccin anti-tuberculeux, le BCG en 1921, les campagnes de vaccination ne commenceront qu'en 1925, mais de façon encore fortuite. La vaccination est rendue obligatoire en France en 1950. La famille Blanc échappe à toutes ces mesures, dans ces années que l'on nomme pourtant les 30 glorieuses. Oui, mais pas pour eux. Et c'est une sorte de descente aux enfers que nous dépeint Valentine Goby. De la mère, Odile, il n'y a rien à dire si ce n'est qu'elle est amoureuse de son mari jusqu'au renoncement, Paul dit Paulot, oreilles décollées, maigre, joue de l'harmonica, un Hohner, chaque samedi soir où le Balto, leur café se transforme en dancing avec un concours de bal qu'ouvre Paul avec sa fille aînée Annie. Mathilde la seconde fille que son père nomme mon p'tit gars essaie de se faire aimer de son père. Paul ne semble aimer qu'Annie et sa femme, l'autre il ne la voit pas telle qu'elle est. Pas franchement sympathique ce père même si il attire par son entrain le client. Mathilde trouve pourtant son père lors des rares promenades en forêt, et l'auteure nous donne alors à lire de jolies marches en forêt, avec les parfums et les sons.  Et puis il y a Jacques le petit frère dont on parle peu, trop petit pour comprendre le mot pleurésie, un mot nouveau qui ne les lâchera plus.  Il se transformera en tuberculose ce mot, atteindra Odile et transformera leur vie jusqu'à les faire hospitaliser dans un sanatorium en forme de paquebot à Aincourt dans le Val d'Oise, Annie se sauvera devenue infirmière en se mariant, les deux petits seront placés en famille d'accueil. Mathilde fera alors de sa jeune vie un combat pour réunir à nouveau la famille autour de ce père tant aimé.

Et puis, il y a ce chant d'amour pour la nature encore privilégiée à cette époque. Cette nature-mère où Mathide ira puiser des forces pour tenir.

Dense ce petit livre, riche, un bon moment à passer en sa compagnie.  

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