26 septembre 2017

S'enfuir - Mélanie Finn

sans-titre

Mélanie Finn auteure née en 1964 au Kénya. A l'âge de 11 ans elle quitte ce pays pour les USA où elle suivra des études pour être journaliste, métier qu'elle exercera durant une dizaine d'années baroudant en Asie, Australie et Afrique écrivant sur des sujets d'actualités divers comme les enfants soldats ou la plongée sous marine. On la retrouve à Taos au Nouveau Mexique, puis en Tanzanie où elle rencontre son mari. Elle a co-fondé une association de soins destinée aux Massaïs. S'enfuir est son second roman, le premier à être publié en France. Ce livre, c'est d'abord un voyage en Tanzanie. Magulu où l'héroïne américaine Pilgrim choisit de d'arrêter :-'je ne choisis pas Magulu; simplement, je ne peux pas revenir en arrière' extrait. Voilà, outre le voyage, il y a là une énigme à peine suggérée et puis pêle-même la brousse, Mwanza où les Sukuma pratiquent un peu de sorcellerie, les mandazis, les chapatis plein d'huile, les enfants sauvages qui sont forts de leur survie, une boîte au contenu macabre qui est une malédiction puissante, les marabouts, les shetani (fantômes). Des êtres peu ordinaires rencontrés, Dorothéa medecin, Martin Martins ancien pilote de l'armée ukrainienne devenu mercenaire, Paul Strebel inspecteur de police qui suit le dossier de Pilgrim, James Kessy policier de Magulu, un mystérieux personnage qui s'introduit dans le domicile de Pilgrim et qui la piste tout au long de son voyage, Gloria Maynard une américaine qui rêve d'implanter un orphelinat pour les enfants du Sida, Harry  Fonseca un aventurier sur le retour devenu alcoolique pour oublier. Et puis en leitmotiv, des éclats de verre, trois enfants morts, la haine des gens d'Arnau en Suisse fuie par Pilgrim et lieu du drame. L'auteur interpose les lieux, les dates, pour raconter ce qui a amené Pilgrim à s'être réfugiée en Afrique. Une amnésie rétrograde post traumatique, un mari qui l'a quittée pour une Élise enceinte, un accident fatal à trois enfants où l'on ne connaît pas sa responsabilité directe ou indirecte. Pilgrim suit sa destinée sans qu'elle le veuille vraiment, elle se retrouve à Tanga. 'Je ne choisis pas. Je cède'. extrait.  

C'est un livre sur la culpabilité, chaque personnage traîne derrière lui une casserole plus ou moins lourde. Chacun fait comme il peut avec la sienne. Et Pilgrim ne sait pas quoi en faire de la sienne, elle ne sait que s'enfuir. Gloria la mène vers son destin, ce qu'elle en a fait et ce qu'elle en fera. Mais chacun  a droit aussi à une forme de rédemption, encore faut il le vouloir. Livre assez prenant qui intéresse par l'histoire où l'Afrique suggérée reste un mystère. Un livre peut être un voyage aussi. Et celui là vaut un certain détour, le temps d'un été. 

 

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04 juillet 2017

Chloé Delaume - Certainement pas.

chloé delaume

 La vie de cette auteure est un labyrinthe où le père-Minautore a tué sa mère; son fil D'Ariane à Chloé c'est l'écriture; de son nom d'origine Nathalie Dalain, elle choisit de renaître sous le nom de Chloé Delaume, le prénom de l'heroïne de l'Ecume des jours, et le nom tiré de L'Arve et L'aume d'Antonin Artaud. Son écriture très singulière s'inspire en partie de l'Oulipo (http://oulipo.net/fr/oulipiens/o), et de sa personnalité singulière et fort étonnante (http://www.chloedelaume.net/

Le livre est un roman, prétexte pour mettre en évidence nos humaines défaillances, nos lâches compromis, nos modes de fonctionnement les plus commodes à défaut d'être les plus nobles. Elle met en scène 6 personnages, internés à l'Hôpital St Anne, dans un pseudo jeu de Cuedo :

' Vous voilà inutiles, des rebuts de carnage, druides grotesques bâillonnés en marge du festin où en bons citoyens vous devriez trôner une pomme blette dans la glotte, du persil en bouquet boule-quiessant vos conduits. Vous n'êtes plus consommables mais restez toujours pleutres, recroquevillés hirsutes la crainte bleutée au ventre, incapables d'affronter le pourquoi salvateur, le pourquoi du vicié, le pourquoi de l'erreur. Vous redoutez sans cesse qu'en scannant la question vous restiez filles de Loth, statufiés et salins lorsqu'en l'horloge interne résonnera l'heure des comptes.'  extrait.

 Ces six personnages vivent leur déchéance sous l'autorité fantomatique d'un Docteur Lenoir avec en marge une narratrice omnisciente qui nous maintient gràce à ses messages personnels dans une certaine réalité qui pourrait nous échapper parfois vue la richesse abyssale de l'écriture. Et puis il y a l'auteure qui n'en peut plus de ses personnages : Non seulement ils sont lamentables, vils et accablants de médiocrité, mais leur lâcheté est irrecevable. extrait.

Laissons et c'est bien normal le mot de la fin à Chloé Delaume :

C'est moi qui réside au fumoir. C'est moi et je vous ai vus tuer. Comprenez qu'au plateau je saupoudre granules, je suis du Cuedo place de Grève, je vous promets ainsi un supplice bouclé. Je remets dans la boîte cartes, armes miniatures et feuillets à cocher. Quant à mon dépôt de strychnine, je n'ai pas le choix vous savez. Si je ne tue pas ce rat, il va mourir.

Voilà, c'est fait, les personnages sont tués, le Docteur Lenoir qui n'a jamais existé disparu, quant à la narratrice omnisciente, elle est remerciée pour son incompétence à gérer ces ingérables internés. L'auteure met le mot fin à son roman, après une dernière pirouette que je vous livre :

Fin de partie

Chloé

Ça y est, vous avez fini de lire ?

Le docteur Lagarigue 

Oui

Chloé

Alors je peux sortir mardi ?

Le docteur Lagarigue

Ma réponse est dans votre titre.

Bien aimé ce roman plus essayiste que romanesque, à l'écriture peu banale dont l'humour n'est pas exclu.

 

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08 avril 2017

Nous ne savons pas aimer-Jean-Marie Rouart

Rouart Augustin

Les Rouart, je connais, surtout par leur passé de collectionneurs avisés avec le premier Henri qui avait Degas pour copain, se mit à peindre sur le tard, et collectionna les oeuvres de ses contemporains Manet, Degas, Berthe Morisot, Renoir,Toulouse-Lautrec et d'autres encore, mécène généreux et avisé, violoniste, il aura pour beau frère du côté de son épouse le compositeur Ernest Chausson qui lui fit cotoyer Debussy, Satie, Ravel, Prokofiev, Stravinski, il aura 4 fils, dans le désordre : Eugène ingénieur agronome et politicien ami de Gide et de Valéry, Louis chroniqueur et éditeur, ces deux là épouseront les filles du peintre Henri Lerolle, Christine et Yvonne, puis Alexis avocat et éditeur musical et enfin Ernest Rouart qui sera peintre et qui épousera Julie Manet fille de Berthe Morisot et Eugène Manet. Rien que du beau monde talentueux, célèbre et nanti. Une famille célèbre, sous les feux de la rampe, ce qui est parfois un handicap.  

Jean Marie Rouart est le petit fils de Louis et de Christine. Son père Augustin 1907-1997 était lui aussi peintre, plus en retrait dans cette illustre famille, moins avide de notoriété que les autres, marié à Juliette Rapin. Ils habiteront un appartement boulevard de Montparnasse ouvrant sur une cour dont l'écrivain écrit : 'il endeuillait tout espoir de bonheur' extrait. Voilà le ton est donné, un peu mélancolique, un peu nostalgique, très introspectif, forcément bien écrit, avec une admiration pour les grandes destinées comme celle de Napoléon. Jean-Marie évoque ses amours nombreuses, ses amis célèbres, un petit catalogue en somme de personnalités connues qui suscite chez le lecteur soit énervement, soit sympathie, ce qui est mon cas. Car cet auteur ne cherche pas à nous éblouir, il baigne dans cet univers depuis si longtemps que cela lui est naturel; conscient de ses faiblesses, il se confie au lecteur, et ma foi, cette intimité partagée avec nous, l'espace d'une lecture, n'est pas désagréable. La couverture de ce livre est la mère de Jean Marie Rouart peinte par son père Augustin.

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31 mars 2017

Etre ici est une splendeur - Marie Darrieussecq

Paula 2

Livre sur une peintre à l'éphémère vie, morte à l'âge de 31 ans, de la médecine ignorante qui  laissait les femmes plusieurs jours au lit après un accouchement. Une embolie pulmonaire massive pour Paula Modersohn-Becker 1876-1907, épouse du peintre Otto Modersohn 1865-1943. Passage obligé à Paris où elle s'inscrit à l'Académie Colarossi, Camille Claudel, Jeanne Hébuterne y passeront aussi, un destin particulier pour les trois, elle suit également l'Ecole des Beaux Arts ouverte aux femmes depuis 1900. Elle ira à l'exposition universelle, au bal Bullier célébré par les Delaunay, elle rencontrera des peintres devenus aujourd'hui prestigieux, le Sacré-Coeur se construit.  paula 6 Plaisante lecture où Marie Darrieussecq nous peint par petites touches le Paris de l'époque, où elle évoque le caractère bien affirmé de cette Paula qui fait venir à Paris son futur mari dont la femme se meurt, libre et volontaire Paula. De Paris, on passe au village d'artistes à Worpswede en Basse Saxe, on fait la connaissance du poète Rainer Maria Rilke 1875-1926, de Clara Westhoff sculptrice et d'autres encore.Clara Westhoff

 Paula peint des anonymes campagnards qu'elle rencontre, des paysages plats, et des portraits de ceux qu'elle aime  elle est amoureuse, un peu, de Rilke, mais elle lui préfère le peintre Otto. Rilke épousera Clara. Marie Darrieussecq s'inspire des journaux de ces êtres là, où 'ce sont des mots des morts quand ils essayaient d'accorder vie et mots' extrait. Journaux où quand on les superpose ça fait des trous, extrait. Alors Marie fait comme nous, quand on parle de nos morts, ce n'est pas leur vie vécue réelle qu'on raconte, mais ce que l'on en a perçu. paula3

Paula Modersohn-Becker a son musée à Brême, on l'exposa énormément après sa mort. Elle n'est vraiment connue de nous que depuis le livre de Marie Darrieussecq et de l'exposition qui lui fut consacrée à Paris au printemps 2016.

A me relire, je remarque le style franchement décousu de ce message, un peu à la manière de Marie Darrieussecq mais sans son talent !

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23 mars 2017

Kent Haruf - Nos âmes la nuit

Haruf

Livre vanté pour être une célébration de la joie, de la tendresse et de la liberté; je m'inscris en faux contre ce résumé écrit sur la quatrième de couverture du dernier livre de Kent Haruf né en 1943 et mort en 2014. On y trouve de la tendresse, un peu de joie et aucune liberté. Par contre, j'approuve pleinement la suite du résumé de cette couverture 4, qui évoque fort justement un des thèmes du livre intitulé Nos âmes la nuit, à savoir sous entendu toujours une célébration, de l'âge, aussi qui devrait permettre de s'affranchir des conventions, pour être heureux, tout simplement. Le conditionnel utilisé est bien employé, il devrait, mais n'y réussit pas. Kent Aruf nous conte donc la rencontre de deux septuagénaires, veufs, qui décident de réunir leur solitude, mais choisissent de ne se voir que la nuit, non par choix,mais par nécessité, pour couper court à toute rumeur possible. On croit rêver ! où se trouve la liberté de ces êtres qui se cachent pour goûter le plaisir d'être ensemble ? ils n'échapperont d'ailleurs pas au quand-dira-t'on, ni aux reproches de leurs enfants quadragénaires, et au final, ce seront ces gens là, (Monsieur !! ) qui gagneront.

A l'époque des septuagénaires baby-boomers, les esprits ont évolué, notre génération revendique sans souci sa liberté et vit sa vie comme elle l'entend; l'aide à domicile permet de garder nos aînés le plus longtemps possible chez eux, seuls ceux atteints de maladies dégénératives sont placés par obligation dans des maisons de retraite.

Non mais !

 

 

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09 mars 2017

Valentine Goby - Un paquebot dans les arbres

Plusieurs thèmes dans ce roman qui tournent autour de la vie d'une Mathilde née en 1944 : La maladie, la couverture sociale des professions indépendantes, la difficulté de naître fille après un frère mort à l'âge de 2 mois, et pour finir les évènements liés à la fin de la guerre d'Algérie. Une chouette révision pour moi !!   Le bacille de Koch est l'un des héros du livre, la pénicilline découverte par Fleming n'a été distribuée massivement qu'à partir Résultat de recherche d'images pour "valentine goby un paquebot dans les arbres"de 1945, la mise en place de la Sécurité Sociale pour les salariés date aussi de cette époque. Les professions indépendantes ont des assurances privées, mais les cotisations sont élevées. Et les parents de Mathilde petits cafetiers de La Roche Guyon cesseront de cotiser, une fois la tuberculose du père déclarée, les clients se faisant plus rares, because la tuberculose. Les chercheurs Calmette et Guerin testent leur vaccin anti-tuberculeux, le BCG en 1921, les campagnes de vaccination ne commenceront qu'en 1925, mais de façon encore fortuite. La vaccination est rendue obligatoire en France en 1950. La famille Blanc échappe à toutes ces mesures, dans ces années que l'on nomme pourtant les 30 glorieuses. Oui, mais pas pour eux. Et c'est une sorte de descente aux enfers que nous dépeint Valentine Goby. De la mère, Odile, il n'y a rien à dire si ce n'est qu'elle est amoureuse de son mari jusqu'au renoncement, Paul dit Paulot, oreilles décollées, maigre, joue de l'harmonica, un Hohner, chaque samedi soir où le Balto, leur café se transforme en dancing avec un concours de bal qu'ouvre Paul avec sa fille aînée Annie. Mathilde la seconde fille que son père nomme mon p'tit gars essaie de se faire aimer de son père. Paul ne semble aimer qu'Annie et sa femme, l'autre il ne la voit pas telle qu'elle est. Pas franchement sympathique ce père même si il attire par son entrain le client. Mathilde trouve pourtant son père lors des rares promenades en forêt, et l'auteure nous donne alors à lire de jolies marches en forêt, avec les parfums et les sons.  Et puis il y a Jacques le petit frère dont on parle peu, trop petit pour comprendre le mot pleurésie, un mot nouveau qui ne les lâchera plus.  Il se transformera en tuberculose ce mot, atteindra Odile et transformera leur vie jusqu'à les faire hospitaliser dans un sanatorium en forme de paquebot à Aincourt dans le Val d'Oise, Annie se sauvera devenue infirmière en se mariant, les deux petits seront placés en famille d'accueil. Mathilde fera alors de sa jeune vie un combat pour réunir à nouveau la famille autour de ce père tant aimé.

Et puis, il y a ce chant d'amour pour la nature encore privilégiée à cette époque. Cette nature-mère où Mathide ira puiser des forces pour tenir.

Dense ce petit livre, riche, un bon moment à passer en sa compagnie.  

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15 janvier 2017

Et toi, tu as eu une famille ? - Bill Clegg

Bill Clegg

Un fort joli livre sur ce que pourrait être une famille idéale : Une mère aimante et disponible pour sa fille, une autre mère courageuse qui se bat pour l'honneur de son fils, des pères aimants et présents, des parents attentifs et compréhensifs, des enfants heureux de vivre. Si ces êtres là avaient su, que demain est trop tard, ils auraient sans doute pu être ces perfections décrites. 

June et Lydia sont de ces mères là qui auraient pu mieux faire si et seulement si. Mais la mort leur retire leurs enfants dans un drame commun, un incendie où Lolly la fille de June meurt avec son fiancé, où Luke fils de Lydia et amant de June meurt aussi.

Ces deux femmes déchirées revivent leurs vies, réalisent ce qu'elles ont raté, mais trouvent la force dans ce monologue avec leurs morts à se pardonner leurs erreurs et à continuer leur vie en tentant d'aider les autres, si possible et commencent déjà, par s'aider l'une et l'autre. D'autres vies se rattachent à la leur, gravitent autour de ces deux femmes, et apportent des circonstance favorables ou défavorables à l'élaboration de ce drame. Chaque histoire amenant aussi un peu d'espoir sur notre humaine condition.

'Si dure que soit la vie, je sens dans mes tripes que nous sommes censés tenir bon et jouer notre rôle même s'il consiste à être cette mère.  Quelqu'un aura peut être besoin de savoir que vous vous en êtes sorti. Ou peut être quelqu'un auquel vous ne vous attendez pas aura besoin de vous'. extrait  

Je crois qu'il faut vivre sa vie, comme si l'on devait mourir demain, et vivre avec ceux que l'on aime comme si eux aussi devaient mourir demain. Mais c'est plus aisé à dire qu'à faire. Réflexion personnelle.

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04 novembre 2016

Les hommes meurent les femmes vieillissent - Isabelle Desesquelles

Isabelle

je vous rassure, les hommes vieillissent et les femmes meurent aussi, tôt ou tard. Le sujet n'est d'ailleurs pas là. Il part d'un diktat, celui de la beauté féminine et de l'éternelle jeunesse, que l'on impose dans notre culture. Il serait amusant d'ailleurs de confronter les différents types de beauté selon les civilisations et les ethnies pour balancer aux orties ce joug imposé aux femmes, mais Isabelle Desesquelles ne va pas sur ce terrain, elle fait d'Alice son héroïne-fil-d'Ariane une esthéticienne qui ne s'intéresse pas uniquement à l'entretien des corps, mais plus à la sensation de beauté qu'elle aura créée par son contact avec ses clientes. Elle sait repasser les plis de l'âme cette Alice, et à travers 4 générations de femmes, nous participons à la vie pas très rigolote de cette famille. la femme parfaite n'existe pas, certes mais, il y a beaucoup de failles chez ces femmes là et l'aïeule Jeanne qui aurait pu prétendre à ce titre est un prototype de la femme qui ne pense qu'aux autres. Dieu merci, on a la mère indigne Lili soeur de Jeanne qui a 83 ans qui est son opposé. 

Jeanne a eu 3 enfants dont Caroline divorcée et stérile et deux fils, Lili la mère indigne a eu 2 filles Clarisse 50 ans (qui elle même a eu 3 fils) et Eve 32 ans qui s'est suicidée à la mort accidentelle de son mari laissant orphelin un Nicolas qui a épousé une autre Eve,( ils auront une fille Judith). Yves qui a 40 ans est un petit fils de Jeanne qui va se faire opérer pour devenir une femme. Manon 20 ans est une autre petite fille de Jeanne, anorexique. Barbara 14 ans adolescence rebelle et boutonneuse est la première arrière petite fille de Jeanne.

Le point de rencontre de ces neuf et bientôt dix femmes se trouve à l'Eden, cabinet d'esthétique où Alice est le lien principal et réunira tout ce petit monde. Le suicide d'Eve est le point fort commun à ces vies.

Isabelle Desesquelles écrit au nom de toutes les femmes et évoque tout ce qui touche à la féminité avec un talent certain dans un langage direct. Un peu propice à la mélancolie, toutes ces vies qui passent si vite.

Et la mienne aussi.

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06 juillet 2016

La mariée mise à nu - Nikki Gemmel

Nikki Gemmel

Livre de Nikki Gemmel édité en 2003, traduit en français en 2006. Un peu sulfureux quant aux goûts scatologiques de la Dame mais pas tant que cela car ce n'est qu'un moment d'égarement où la Dame reconnaît sa totale soumission aux hommes. Ce livre conte la libération sexuelle d'une épouse par rapport à son époux qui lui impose ses goûts,par rapport à son amant qui l'initie au plaisir et enfin par rapport à ses nombreuses petites historiettes d'amour précédant son mariage, un peu lamentables. Prise d'indépendance d'une femme qui se trouve mise à mal à la fin du roman par la survenue d''une maternité, mais prise de conscience que l'époux choisi est finalement le bon. Ouf ! La morale est sauve.

Autobiographie sous la forme d'un journal où la Dame édita ce livre anonymement et puis son nom fut rapidement connu;  son lire est édité en 15 langues, car il semble être difficile de dire encore aujourd'hui tout ce que l'on vit, tout ce que l'on rêve, tout ce qui déçoit ou ravit. Mais la Dame par ce biais y arrive et semble avoir trouvé sa voie.

Se lit assez bien, sans plaisir de lecture délectable, mais le but recherché n'est pas là, juste partager un moment son intimité d'épouse, juste dire l'indicible et penser l'impensable. Le chemin parcouru depuis Une Vie de Maupassant à La mariée mise à nu a été long mais au final positif. Les épouses d'aujourd'hui peuvent se comporter comme les époux d'aujourd'hui, c'est leur droit.

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12 juin 2016

Goliarda Sapienza par Angelo Maria Pellegrino

Goliarda

Connue principalement en France pour son roman L'art de la joie' paru en 2005 en France, parution qui paradoxalement fit sa renommée en Italie aussi écrit Angelo Pellegrino son dernier compagnon. Ce fut ajoute t'il, lui qui revisa le texte, et le fit éditer ou ré-éditer après la mort de Goliarda. Nous lui devons cette courte biographie de son épouse Goliarda Sapienza sortie en même temps que L'art de La joie.

Issue d'une famille de militants socialistes, sa mère Maria Giudice, son père Giuseppe Sapienza. La mère institutrice a d'un premier compagnon anarchiste Carlo Civardi 7 enfants, en 1917 mort à la guerre de son compagnon, elle est nommée secrétaire de la Fédération socialiste de Turin et rédactrice en chef d'un hebdomadaire socialiste. Elle fait 1 an de prison pour avoir incité les ouvriers d'une manufacture d'armes à faire la grève.  En 1920 elle vit auprès du futur père de Goliarda, avocat nanti lui de 3 enfants. En 1925 naissance de Goliarda après la mort d'une première Goliarda en 1921. En 1938, âgée de 13 ans Goliarda quitte l'école sous l'emprise du fascisme et sa mère commence à dériver psychiquement. Ils habitent alors un quartier populaire à Catane où Goliarda se mêle aux chanteurs ambulants, prostituées, faussaires, conteurs de théâtres de marionnettes où elle commençe à travailler. En 1940 elle s'installe avec sa mère à Rome pour suivre les cours de l'Académie d'art dramatique qu'elle interrompra en 1943 quand les allemands occupent l'Italie. Goliarda fera partie de la résistance antifasciste menée par son père. La tuberculose, la faim, la peur, l'hospitalisation en asile psychiatrique de sa mère ne lui facilitent pas la vie. En 1948 elle rencontre Francesco (Citto) Maselli réalisateur avec lequel elle vivra 18 ans. En 1956, elle écrit ses premiers poèmes rassemblés dans le recueil Ancestrale. En 1958 elle s'éloigne du cinéma et du théâtre pour se consacrer à l'écriture. En 1962 première tentative de suicide, électrochocs habituels de l'époque. En 1964 seconde tentative, Goliarda reste plusieurs jours dans le coma, en 1965 elle se sépare de Citto Marsello. Elle se lance de 1967 à 1969 dans l'écriture de L'art de la joie. En 1975 rencontre l'auteur de sa petite biographie Angelo Pellegrino, ensemble ils travailleront sur ses oeuvres. En 1979 ils se marient, l'Art de la joie est refusé par la plupart des maisons d'édition. En 1980, arrêtée pour un vol de bijoux, elle est emprisonnée à Rebibbia peu de temps, dont elle fera un livre L'Université de Rebibbia qui aura le mérite de faire connaître la difficulté de ré-insertion des ex-détenues. En 1996 elle meurt d'une chute (arrêt cardiaque ?) dans l'escalier.

Angelo Pellegrino travaillera avec succès au final à l'édition de son oeuvre.

Vie assez incroyable de Goliarda Sapienza qui en compagnie d'une mère peu commune, féministe, ouverte à toutes les religions, socialiste, voulut sans doute se démarquer par le talent de l'écriture. Bouleversement quand elle découvrit la réalité du régime marxiste-léniniste qui fut source de grande crise morale pour elle qui la mena, dit-on à un geste inattendu : ce vol qui l'emmena à la prison pour femmes et qui fut semble t'il source de renaissance pour elle. Le climat politique de l'Italie des Brigades Rouges n'arrangea rien, le refus des éditeurs à publier son livre non plus. Elle savait malgré tout cultiver l'art de la joie et savait se créer des moments de plaisir simple, sociable, amicale, une vie entre écriture et richesse émotionnelle qui la dirigea toujours.

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