14 juillet 2014

Trente ans d'amour fou - Dominique Rolin

Dominique RolinDominique Rolin  1913-2012 mêle dans ses romans quelques parcelles autobiographiques à une fiction où se confrontent le Temps, la Mémoire et l'Amour. Confrontation entre le Dessus et le Dessous, soit l'Aujourd'hui et l'Autrefois. Jim est l'amoureux depuis 30 ans, elle, est plus âgée d'une beauté toujours bouleversante. Entre eux de l'amour et de l'écriture. Elle a un double, celui que le miroir lui donne, elle entretient avec cet autre ego un rapport particulier, basé sur une bienveillante sympathie. Celle du miroir vieillit, Celle du miroir détient les temps anciens tantôt unissants, tantôt hostiles, mais qui permettent à l'autre elle de rester en toute plénitude celle qu'elle veut être, donc ce qu'elle est. Elle doit à Jim de ne plus être soumise à ses souvenirs, mais de les dominer. Ainsi elle les transforme à sa guise, ces souvenirs qui correspondent à la réalité qu'elle a recréée, à sa vérité qu'elle a rêvée, mythe ou réalité qu'importe après tout, cela devient de la belle écriture. Le présent ce sont ces 30 ans passés dans la présence d'un être aimé, pas à elle, ni même toujours à ses côtés, mais toujours là à l'aimer( livre écrit en 1988).

Ce sont en fait 55 ans passés à s'aimer, quand même et toujours, jusqu'à la mort de Dominique Rolin en 2013. Le passé rejoint ainsi le présent. 23 ans d'écart entre Jim et la narratrice, et l'amour qui résiste à tout, au temps qui la vieillit si bien, à d'autres amours de l'homme aimé, discrétion sur ses possibles autres amours à elle, et par dessus tout l'écriture qui leur est indispensable à tous les deux et qui les fait vivre autant que l'amour qu'ils veulent bien se donner. Jim est Philippe Sollers. 

Il y a plusieurs lectures possibles du livre de Dominique Rolin, et l'on peut choisir celle qui nous convient le mieux.

C'est pour moi un hymne à la vie, un hymne à l'amour, c'est aussi un hymne à l'écriture, aux mots, à l'inspiration.

La vie est bonne avec ses courbures irrésistibles, ses capricieux détours qui n'en sont pas et ses feintes, merci, merci, Vie ! Je peux tout juste commencer à entrevoir ce que, dès le début, elle a voulu de moi. extrait

Je vis parce que j'écris. J'écris parce que Jim est là vivant. extrait.

'J'ai été la dactylo de mes rêves' 15 Décembre 2005 'Interlocution' Dominique Rolin- Philippe Sollers

Sacrée femme cette Dominique Rolin et restée belle jusquà la fin de sa vie.

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10 juillet 2014

Le maître des illusions - Donna Tartt

Donna Tartt

Généralement, quand je lis un livre policier, je ne résiste jamais au plaisir de lire la fin, officiellement pour suivre le profil psychologique du meurtrier, officieusement parce que je suis impatiente et préfère me débarrasser ainsi de tout suspens. Avec le Maître des illusions, le livre commence par la fin, je ne suis donc pas déçue, d'ailleurs ce n'est pas un policier, c'est un roman psychologique autour de jeunes gens qui vont tuer un des leurs incapable de taire un meurtre antérieur accompli par cette joyeuse bande qui outre le grec qu'ils maîtrisent fort bien, ne dédaignent pas les paradis artificiels qui les emmènent dans des mondes inconnus. Donna Tartt nous décortique très lentement une à une les circonstances qui les ont menés à un double crime. Une froideur des sentiments et des actes, une absence totale d'empathie pour quiconque, emmènent le lecteur dans la même indifférence. Il est difficile de s'accrocher à quoi que ce soit dans une bonne moitié du livre. Et puis l'intrigue bouge avec le meurtre de Bunny que l'auteur décortique, ouf !! Enfin ! Pas désagréable, cette lecture, juste un peu laborieuse, pour moi, pas enthousiasmante. A noter que les critiques sur ce livre sont en général beaucoup plus élogieuses que les miennes.

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28 juin 2014

Le cousin de Fragonard - Patrick Roegiers

Ecorchés de Fragonard

Il vaut le détour, l'Honoré Fragonard cousin de Jean Honoré Fragonard le peintre. Leurs pères sont donc frères, gantier-parfumeur pour l'un, maître gantier pour l'autre, installés à Grasse. Nés la même année en 1732, les cousins resteront en contact tout au long de leur vie.  Tous deux sont des artistes, à leur manière extrêmement différente. Honoré est un scientifique intéressé par la machine humaine et animale. Il aura moins d'occasions de jouir de la vie que son sensuel cousin. L'anatomie qu'il apprendra puis enseignera sera sa seule passion connue, il sera professeur à l'école vétérinaire, fondée par Louis XV, qui se réimplantera à  Alfort, il fournira les cabinets de curiosités fort prisés à l'époque de ses écorchés qu'il réalisera avec un savoir faire connu de lui seul. Son caractère ombrageux le fera renvoyer de cette école, mais il continuera à écorcher gaillardement chez lui avec le même engouement. De ses nombreux écorchés n'en subsiste qu'une vingtaine dont quelques uns sont visibles au Musée Fragonard de l'Ecole Vétérinaire de Maison-Alfort.

Patrick Roegiers

Il vaut le détour le Patrick Roegiers écrivain, moins de 5000 mots sont utilisés par un individu lambda, 75000 mots dans le grand Robert et un nombre inconnu (que je laisse le soin de compter à qui le voudra) mais très impressionnant dans le roman de Patrick Roegiers qui nous fait découvrir des mots anciens, inusités depuis des lustres qui nous font ouvrir le dictionnaire en permanence. Il crée aussi ses propres mots sans sourciller, il nous transmet de vieilles recettes (alcali ou son pour détacher les draps, pierre d'alun ou jus de limon pour les taches d'encre). Il a un vocabulaire truculent, fruitier, animalier, anatomique pour nous décrire le fabuleux personnage que fut sans doute ce Fragonard là : l'enfance expérimentale dans une nature parfumée à disséquer tout ce qui bouge, non par cruauté nous précise l'auteur, mais par désir de voir comment ces petites bêtes sont constituées; l'adolescence à s'exercer sur des cadavres lui sera douce à vivre, foin des chairs qui se décomposent, des odeurs de putréfaction qui font pâmer ses compagnons, lui trouve cela amusant, exaltant, jouissif, alors dépecer sera sa passion, éviscérer sa joie; la jeunesse à Paris lui offre un spectacle avec ses marchands, ses camelots, ses porteurs de chaise, ses crieurs de rue, ses charlatans, dans des ruelles pavées où suintent les déjections diverses, où gisent des cadavres entaillés ou lacérés, affreux à voir, en pagaille, puis l'école vétérinaire avec l'infame Bourgelat nommé Bougrelat dans le roman où il deviendra un maître dans l'art d'accomoder les restes humains et animaux. Pour cet homme particulier L'homme n'est rien d'autre qu'un cadavre vivant'.Patrick Roegiers éprouve de la tendresse pour cet écorcheur ambitieux, le nantit d'un amour qui meurt d'amour à son contact, lui, lui arrache le coeur et enfouit son corps dans la glace pour le disséquer amoureusement 30 ans plus tard, une vie en somme passée auprès d'une femme toujours jeune qu'il transformera alors amoureusement toujours en écorchée. Il y a bien sûr de l'insolence dans l'écriture de Patrick Roegiers non dénuée d'humour, une richesse de vocabulaire qui m'esbaudit, m'agrée et me donne envie de retrouver cet écrivain que je ne connaissais pas.

 

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03 juin 2014

Reflets dans un oeil d'homme

Nancy Huston

Essai de Nancy Huston

Nancy Huston pense que la femme est depuis 2000 ans une machine faite pour la reproduction de l'espèce.  Réceptacle à sperme, elle enfante car c'est inclus dans ses gênes, sans trop réchigner. L' homme lui est une machine à sperme ne pensant qu'au plaisir mais Dieu merci fécondant sans y penser pour la survie de l'espèce. La femme ne pense pas à se faire belle, elle y est obligée par son obligation génétique à enfanter.

Moi

On peut se demander pourquoi ? pour plaire à l'homme sans doute qui donc en plus d'un sexe a un cerveau qui lui permet au moins de définir la Beauté, celle qui lui plaît. Selon les époques, selon les civilisations, la beauté revêt des visages différents, la beauté n'a rien d'universel donc, rien de bien défini.

Nancy

La beauté est une apparence donc une illusion ' il est clair que la beauté, par essence éphémère devient une sorte d'imposture.' extrait,

Moi

l'imposture est l'action de se faire passer pour un autre. La femme belle sait en général qu'elle l'est et ne se fait pas passer pour une autre, elle est ... belle. Pas d'imposture de sa part. Qui décrète que cette beauté ne doit pas vieillir ? qui dit qu'elle est éphémère. Si la femme prend soin de son corps, elle  restera belle. Nul besoin de chirurgicaliser pour conserver sa beauté : les femmes liftées ne sont pas belles, elles sont liftées et cela se voit. Un beau visage jeune restera beau même vieux. Quant à la moins belle qui le sait aussi, elle veillera aussi à prendre soin de son corps, de son visage et au final, la beauté d'un vieux visage tient plus à l'harmonie qui s'en dégage qu'à la beauté des traits. Bien sûr, notre société de consommation a vu dans ces histoires de miroirs, dis moi si je suis la plus belle, un bon moyen de capter une clientèle, puis de la fidéliser ... sommes nous si cons, les femmes pour tout gober ? les belles et les moins belles ? sommes nous des moutons qui suivons les diktats que nous imposent les réalités commerciales ? je ne le crois pas; même si nous nous laissons tenter parfois par les chants des sirènes, parce que nous le valons bien.

Nancy Huston veut prouver que nous ne sommes pas si libres que cela, les femmes occidentales, ce n'est pas entièrement faux, il y a notre milieu social, notre éducation, le système scolaire, le système social qui nous façonnent, et bien sûr la cosmologie puissance financière qui nous conditionne malgré nous un peu, mais nous avons toutes une vie pour nous en libérer de ces diktats, pour nous forger notre propre beauté. C'est donc aussi partiellement faux.  Les intellectuels ou ceux qui jouent ce rôle, ont tendance à faire des cas particuliers des cas généraux. Nancy Huston n'échappe pas à cette règle. Ce n'est qu'une poignée de femmes qui suivent les diktats de la Beauté éternelle, les actrices, les célébrités en tous genres; la majorité des femmes en occident, à partir d'un certain âge continue à prendre soin d'elles sans illusion, mais avec un plaisir particulier que n'évoque jamais Nancy Huston et qui vient à la maturité tranquille, celui de se plaire, avant tout. Pourquoi vouloir à tout prix plaire à l'homme, Nancy Huston ? la femme occidentale a quitté pour la plus part ce stade, et tente, ce qui est plus difficile encore, de se plaire à elle même. 

Oui, mon écrit est fouillis, non structuré, un peu comme le livre de Nancy Huston. Je ne sais pas où cela nous mène, ni l'une ni l'autre !!!!

Il y a des livres qui ne mènent à rien, ou presque, itou pour les écrits !!!

Et alors ? Rien !

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16 mai 2014

Il faut beaucoup aimer les hommes - Marie Darrieussecq

Darrieussecq

Le jury du Prix Médicis ne prend pas de risques, et attribue son prix à Marie Darrieussecq qui a l'habitude d'être plus subversive d'habitude  et qui nous donne un roman un peu décevant.

Ce roman où l'on retrouve la Solange de Clèves relate une passion non partagée, donc douloureuse et vouée à l'échec, rien d'extraordinaire donc. Le fait que la passionnée soit blanche et l'indifférent amateur de femmes soit noir n'apportent rien à cette évidence, lorsque l'un aime et l'autre pas, cela finit mal pour celui qui aime, toujours.

La couleur de la peau reste un sujet épineux, les clichés ont la vie dure.' Est ce que les Africains n'ont pas un rapport au temps disons un peu particulier ?... Est-ce une pensée raciste ?  extrait les clichés sont ils racistes ? Et pourquoi ces clichés qui ont une certaine vérité nous offusquent ils ? Solange se pose des questions au sujet de la couleur de son amoureux, l'aime t'elle parce qu'il est noir ? L'a t'on aimée, avant lui, parce qu'elle était blanche ? Solange se pose beaucoup de questions sur la couleur de la peau ! Et si elle est amoureuse de son exotique amoureux, n'est-ce pas grâce à cette différence de culture, de pays. Par lui elle accède à l'Afrique dont elle ne connaît rien. Elle a déjà aimé un homme noir, mais pas vraiment noir, non ce n'est pas le sketch de Muriel Robin, il était très clair, ce noir là, d'ailleurs il était antillais ! son Kouhouesso est noir noir et africain 'c'était charmant, appétissant, quasi pâtissier' extrait.  Mais après tout, sait on vraiment pourquoi on aime ? non, on aime un point c'est tout. Et Solange aime Kouhouesso, lui ne l'aime pas, elle lui plaît, c'est différent. Alors Marie Darrieussecq nous décrit, fort bien, les affres d'une passion non partagée. Ce n'est pas là le plus intéressant, elle nous fait vivre le Congo, la musique, les insectes, les bruits de la forêt, les pannes d'électricité, les papayes, l'odeur végétale sucrée et moisie de la forêt, la chaleur du jour, elle nous fait vivre les petites histoires de tournage où une petite actrice n'a rien à faire qu'à attendre sa scène, car son Kouhouessou réalise son rêve, lui, faire un film sur l'Afrique vue par un africain.  De quoi nous démystifier le métier d'actrice ! Elle attend Solange, son rôle, son amoureux, elle ne fait que cela, attendre. Et puis, sa passion faiblit, une fois retournée en France 'Elle n'attendait plus rien, sinon la première, et cesser d'attendre devenait une autre vie, respirable et triste.    

Voilà, c'est fini. Solange constatera à la première que sa scène a été supprimée, et que Kouhouesso est passé à une autre femme qui lui plait davantage. Oh, elle est solide Solange, elle s'en remettra. De Clèves à il faut beaucoup aimer les hommes, Solange s'est polie, affinée, ciselée, mais toujours aussi soumise Solange au final, toujours obéissante aux désirs des hommes ... Alors, un message pour Marie Darrieussecq :

Si il doit y avoir une suite, rendez là plus indépendante, cette Solange, forcez sa nature, et qu'elle vive enfin sa vie sans vouloir à tout prix se soumettre aux autres.   

Nonobstant toutes mes réserves sur ce roman, l'écriture de Marie Darrieussecq est belle, maniérée, travaillée, recherchée, agréable à lire.

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13 mai 2014

Infrarouge Nancy Huston

Image (503)

Le nom infrarouge signifie « en dessous du rouge » (du latin infra : « plus bas »), l'infrarouge est une onde électromagnétique de fréquence inférieure à celle de la lumière visible: le rouge. La photographie infrarouge bloque la lumière visible, ne laisse passer que les infrarouges.

Vingt ans, déjà, que je privilégie ce côté du spectre - le côté spectral justement, fantomatique, onirique -, les ondes courtes, de plus en plus courtes, invisibles à l'oeil nu, là où la lumière commence à se muer en chaleur. Je me sers de ma caméra pour me glisser sous la peau des gens. Faire ressortir les veines, le sang chaud, la vie qui court en chacun de nous ..... Dans chaque situation de reportage, rencontrer un individu et tout faire pour le comprendre en amont. extrait 

C'est d'abord, cela, ce roman, un hommage aux femmes photographes, comme Diane Arbus ou  Lee Miller, de celles qui photographient les âmes, qui percent les corps, qui font de l'homme un enfant, celui qu'une mère a marqué à jamais. C'est jubilatoire, rempli de clichés sur les hommes 'ils ont les gonades branchées en direct sur leur rétine', sur les mères castratrices ' les hommes sont vulnérables là où leur mère les a tenus', féministe en diable, avec un humour certain, outrancier, érotique, car un peu nymphomane notre photographe a choisi de s'intéresser aux hommes par le biais de la photographie 'A la surface, les supporters du Paris Saint Germain exhibent une virilité effrayante mais, en infrarouge, on voit qu'elle est effrayée aussi.' ... elle les photographie en pleine action sexuelle.

Faut dire que Diane Arbus a dû fortement inspiré Nancy Huston, alors curieuse comme je suis, il m'a fallu lire la biographie de Diane Arbus écrite par Patricia Bosworth, une sacrée femme Diane Arbus qui nécessitera un article, forcément.

L'héroïne de Nancy Huston Rena Greenblatt est une battante meurtrie qui ne sait pas trop où va sa vie et qui ne le saura jamais, je crois. La photographie est sa thérapie. Réna s'est créée son double, imaginaire, Subra (anagramme de Arbus), une véritable confidente, jumelle qui la seconde toujours dans les moments difficiles. Réna est aussi une amoureuse, sensuelle, qui a beaucoup d'amants, ce voyage est prétexte à  se souvenir d'eux en infrarouge, le dernier Aziz qu'elle a délaissé pour suivre son père à Florence et l'accompagner pour un voyage qui sera le dernier, donc le dernier amant Aziz sera évincé au profit du père retrouvé juste avant sa mort annoncée.Tu as perdu ton fiancé, lui glisse Subra, toujours solidaire, mais tu as retrouvé ton père. extrait 

La photographie, Florence, le sexe, les rapports familiaux, l'amour .. c'est cela infrarouge. Ce n'est pas si mal, même si les pensées de Nancy Huston restent toujours dans un flou .... photographique ! Difficile de savoir ce qu'elle pense vraiment des thèmes abordés avec une neutralité qui pose question.    

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31 mars 2014

Le soleil à mes pieds Delphine Bertholon

Bertholon

Livre de Delphine Bertholon

Deux soeurs, la Petite qui est grande et maigre, et la Grande qui est minuscule et dodue. Abîmées l'une et l'autre par un fait divers horrible dont on se remet difficilement ou pas du tout. La Grande minuscule tyrannise la Petite grande.  La Grande est nymphomane, la Petite préfère gober 3 somnifères à la fois.. Au final, l'une est plus solide que l'autre malgré les apparences. Ce livre traite de la résilience, une résilience où l'une doit être sacrifiée où l'une doit tuer l'autre pour exister alors l'une sera sauvée, l'autre pas. Il y a un réel suspens chez D. Bertholon, un ton résolument dénué d'empathie pour les personnages, à la manière plus simplifiée et en moins élaborée de Laura Kasischke. 

Écriture imagée pas désagréable, poétique comme ' Dehors le ciel se plisse de bleu telle une jupe d'écolière'. ou résolument contemporaine  'le ciel dégringole avec un air cubique le long de ses parois', ou à la manière d'un VerlaineContre les vitres minces et sur le zinc des toits, l'eau joue une musique grise, par saccades' bon un peu moins bien quand même, mais il y a une recherche plaisante, ou bien encore osée comme Le silence retombe comme une guillotine, il fallait l'écrire ! Importante l'écriture pour Delphine Bertholon .

Petit livre sympathique à lire et distrayant sur une résilience assez déconcertante toutefois ' Il aura fallu deux vies pour me rendre la mienne.' Un peu radicale la résilience !

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20 mars 2014

Jardin Joyeux Noel

jardin

Quoi de plus traditionnel que de parler de jardin en cette première journée printanière. Me revient un 'mon petit Jardin' amicalement prononcé à un petit cuisinier affable, au temps où j'étais jeune et belle, au temps amusant où suite à la demande sans appel d'un loustic chéfaillon comme savaient en produire une grande société américaine, donc suite à l'ordre de ce ouistiti ambitieux et sans âme, je fus promue au charmant titre de préleveuse d'aliments en vue d'examens bactériologiques, alors je prélevais à tout va, tous les petits étalages de crudités où l'infâme escherichia coli prolifère avidement, toutes les nombreuses pâtisseries avec un faible pour la crème pâtissière où sommeille le si poétique et meurtrier staphylocoque doré, à moins que la perfide salmonelle n'ait trouvé logis au sein d'une innocente macédoine...  et puis quelle joie démesurée de sortir de terribles graphiques  qui faisaient verdir 'mon petit Jardin' et toute sa marmitaille qui se voyaient alors infliger par l'aimable chéfaillon ouistiti, médecin chef de la dite société américaine, d'innombrables et sentencieux rappels des règles strictes d'Hygiène Alimentaire, voire un stage à se farcir pour l'ensemble des petits cuisiniers en mal d'hygiène.

Bon, je m'égare, le Printemps m'a fait me souvenir de ce petit Jardin à l'humour plaisant et fataliste, mais je veux évoquer un autre Jardin, Alexandre, celui là, et son besoin avide de fouiller profondément son potager familial ( à l'aide d'une pelleteuse implacable) où fleurissent toutes les turpitudes familiales, de les sarcler vigoureusement pour en détruire les péchés anciens, et d'alléger ainsi le terreau familial de tous les mensonges, de l'enrichir ainsi de compost formé de tous les détritus des actes vils et de pouvoir renaître à nouveau, fier, d'être un Jardin assumant les erreurs familiales, reconnaissant enfin l'appartenance à cette famille d'huluberlus plus ou moins sympathiques et aspirer ainsi à l'authenticité.  Je veux parler du livre Joyeux Noël  Alexandre Jardin en finit peut être avec l'histoire de sa prodigieuse et amorale famille, avec l'histoire de sa vie d'avant.

J'aime bien ce petit Jardin, si narcissique, si extraordinaire, si suffisant, si sûr de lui, enfin s'attachant à le paraître. Une belle journée de printemps, prometteuse et pourtant déjà mensongère ...

Demain, il pleuvra. 

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19 mars 2014

La Fraga - Danielle Sallenave

La Fraga

Toujours sur les traces de Dame Sallenave, dont j'aime la voix professorale et sage sur les ondes qui donne là un livre romanesque avec une envolée féministe assez marquée. Son héroïne Mary Gordon  suivra une destinée, rare en fin XIX siècle pour une américaine, pauvre perceptrice exilée à Venise pourvue d'une acquise candeur puritaine; sa sensualité provoquera en elle une joie honteuse, sensualité très ouverte pour l'époque puisque homme ou femme la provoqueront tout au long du roman, elle y cédera à de rares moments mais préférera la maîtriser au profit de sa véritable passion le dessin, la peinture.  Même l'amour maternel ne l'occupera pas toute entière. Elle aimera son fils qu'elle surnommera 'le petit compagnon' sans pouvoir l'aimer inconditionnellement, elle aimera son fils car il correspond à des critères qu'elle apprécie, elle l'aimera donc en conséquence sans avoir d'amour maternel animal, passionné. De ces amours là, Mary en est incapable. Elle n'a rien d'animal cette femme là, elle ne s'attache pas vraiment aux êtres, elle les aime sans avoir besoin d'eux, ce qui convenons-en est pratique et évite toute souffrance débordante. Elle survivra d'ailleurs à la mort de cet enfant, jeune homme, en continuant à peindre plus que jamais, enfin seule.

Est ce une image de la Passion créatrice  en tous genres que Danielle Sallenave souhaite nous transmettre ? ceux qui sont doués pour un ART quel qu'il soit sont-ils les proies de leur passion exclusive qui exige une indépendance farouchement conservée au détriment de leur vie sentimentale, familiale et sociale ? Pas sûre de l'intention de l'auteure, en tous cas, c'est ce que moi, j'y ai trouvé !

Au final, donc roman agréable à découvrir avec petit plaisir garanti. 

Également commencé un autre roman de Danièle Sallenave ' Les trois minutes du diable' dont j'ai abandonné la lecture, n'y trouvant aucun plaisir, ni aucune raison de m'y accrocher.   

Sur la jaquette du livre, Portrait de Rachel par Théodore Chassériau 1819-1856.

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06 mars 2014

D'amour- Danielle Sallenave

amour

Amour qui se décline sous toutes ses formes dans ce livre, filial, maternel, familial, conjugal, adultère, hommage de l'écrivain née en 1940, à tous ceux qu'elle a aimés et qui l'ont aimée.  

Dominent dans cette narration, deux personnages que tout semble opposer, mais qui sans doute auraient pu se plaire, ayant la même idée sur ce que sont les hommes et les femmes, une idée d'un temps révolu dit cette charmante écrivaine, les femmes sont faites pour être belles et vivre au crochet des hommes qui eux sont intelligents et riches .. un peu court Dame, un peu restrictif, ce n'est pas une question d'époque, mais de caractère, enfin je ne vais pas polémiquer avec vous, quoique ce serait fort réjouissant .. revenons à vos 2 personnages :

Odette, donc la belle inculte et fière de l'être, amoureuse de son mari et de leur beauté, tante par alliance de la narratrice, veuve depuis 8 ans et qui se jette sous un train, la veille de ses 75 ans. A mené sa vie avec l'illusion que seule peut procurer la beauté physique, celle qui crée le vide tôt ou tard, en dehors de la réalité de la vie. 

Pierre ancien amant de la narratrice plus âgé qu'elle, mort à l'âge de 80 ans, mort de faim par volonté de ne plus vivre, cultivé, érudit, marié pour la vie  par commodité. A adoré les femmes, a trompé vaillamment la sienne. A mené sa vie avec l'illusion de la vivre pleinement selon son gré, alors qu'il courait désespérément après une image d'homme libre impossible pour lui à trouver car trop formaté.

j'ai entrepris leur histoire à tous deux avec le sentiment que ce qui les dépare les relie encore davantage : elle, une femme qui s'aimait trop; lui, un homme qui ne s'aimait pas. extrait C'était une certaine époque qui les avait faits comme ça, Pierre et elle. extrait

La narratrice fut l'amour de Pierre, bien qu'elle ne corresponde pas à ses critères, et lui, lui n'a pas su quitter sa vie pour elle, alors quand il la libère de lui, elle l'aime déjà un peu moins et s'en va légère vers d'autres aventures sans savoir qu'à force d'amour, elle aurait pu peut-être le pousser au bout de lui même.

Odette meurt d'avoir perdu son mari amoureux de sa beauté même disparue. 'Elle le perdit quand il mourut; et elle fut perdue' extrait  

Pour Pierre qui avait passé son temps à fuir la réalité, ce fut avec la vieillesse un coup de trop :

Alors le monde se réveilla, rugit, et ce fut sans pitié. Toutes ses constructions furent balayées .... Il n'avait pas vu venir le coup; moi, si. Il était sans défense. Il y avait tant de choses qu'il avait réussi à oublier, la guerre, le mariage, les engagements, la mort. Et là, ce n'était plus possible. Comme le mur du théâtre révèle ses froides briques nues lorsque les décors sont enlevés, ainsi se révéla sa vie : nue, immensément nue, et vide.

La narratrice a des remords de ne pas avoir sauvé Pierre de lui même, elle aurait dû l'accompagner ' tu veux choisir l'enfer ? Alors, choisis le mais n'hésite pas, ne reste pas dans l'entre-deux, vas-y ! Hurle avec lui, déchire-toi, lacère cette chair vive, ne te ménage pas, ouvre les yeux ! .....Moi, je n'irai pas plus loin, car au delà d'un certain point, propre à chacun, il faut aller seul.  

Le conditionnel est une possibilité merveilleuse pour ceux qui n'ont pas fait, pas dit, pas agi au moment voulu.   

Une illusion, peut être, mais après tout, la vérité n'existe qu'à l'échelle individuelle, vérité pour vous, illusion pour les autres.

Seul, reste l'amour donné et reçu.

Ecriture conventionnelle et de très bonne tenue sans surprise.

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