10 octobre 2014

Melodrama - Jorge Franco

Melodrama

Trois générations se suivent dans une aventure assez réjouissante dans ses excès, qui rappelle les mélodrames de la fin du XIX siècle, dans un style toutefois plus contemporain et assez original, dans une mise en scène théâtrale où la voix off d'un des héros du livre Vidal donne quelques informations de façon à ce que nous nous restions toujours dans le doute quant à la véracité des souvenirs. ' Une partie vient de mes souvenirs, une autre de ce qu'on m'a raconté et le reste je l'invente' extrait. Voilà aussi la force de ce roman, des petites pensées universelles dans lesquelles le lecteur peut se retrouver. Autre particularité du roman, rien n'est dévoilé vraiment d'emblée, tout se déroule par petites énigmes qui se résolvent au fur et à mesure de la lecture.

Le narrateur, c'est Vidal un colombien né en 1967 beau comme un Dieu qui fréquente les hammams qui sont pour lui le seul moyen de survivre, de vivre de son corps, et d'en mourir aussi d'ailleurs ! Sa mère c'est Perla mariée à un Osvaldo pour se libérer de l'emprise maternelle qui concevra son fils au cours d'une unique nuit torride avec un inconnu; en 1969 Amstrong pose le pied sur la lune, Perla commence à boire et Vidal âgé de 2 ans suscite déjà le désir chez son initiateur oncle Amorcito. C'est également à l'âge de 2 ans que mourra noyée Sandrita, fille du couple Perla-Osvaldo, partie se baigner avec Perla ivre-morte. Perla aimera son fils fusionnellement jusqu'à l'inceste une unique nuit Vidal alors adolescent. Perla détruite par sa mère qui détruira elle aussi. Troisième personnage important du roman, celle qui est à l'origine de tout finalement, la grand mère Libia jeune oie blanche dont la défloration fera d'elle une persécutante aigrie et maniaque pour ses filles, et autour de ces 3 là, une multitude de petits personnages portant chacun une blessure, car chez Jorge Franco (écrivain colombien né en 1964) il n'y a que  des êtres meurtris dans son roman. En parallèle l'évocation de la Colombie de ses catastrophes géographiques et violences sociales en tous genres que Jorge Franco nomme Le Monstre. Monstre que Vidal voudra fuir et qu'il emmènera tapi au fond de lui, car tous nous avons des petits monstres qui nous suivent où que nous allions. Livre dense, assez cru parfois qui se déroule soit en Colombie, soit à Paris avec des analepses (retours en arrière) permanents qui nous amènent tout doucement au dénouement final. 

Livre sorti en 2006, traduit en 2010.

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19 septembre 2014

Qu'as tu fait de tes frères ? Claude Arnaud

claude-arnaud

Une famille vraiment pas ordinaire des années 60, 2 frères brillants scolairement mais déjà révoltés, un avant petit dernier né en 1955 Claude serviable, spontané et déjà versatile. La mère est plus épouse et femme que mère, fine et intelligente et ... corse. Le père, par son autorité, correspond à l'époque, époque où les générations ne communiquaient pas. Cette famille fut un formidable terreau pour le bouleversement de Mai 68, ce qui est assez étonnant je trouve, et les 3 fils chacun à leur manière vont être des précurseurs en révolution politique, sociale, sexuelle ...  Des 3 aînés, seul Claude s'en sortira vivant, et destiné à écrire pour remplir le vide qu'a laissé ses frères qui lui faisaient de l'ombre.   

'Je n'aurais sans doute pas écrit ce livre s'ils étaient encore en vie.'   

Claude Arnaud ne se pose pas en historien, loin de là, c'est juste un témoignage singulier sur cette période de Mai 68 et de ses conséquences, et c'est aussi, peut être, une certaine forme de résilience que ce livre où il nous livre sa version des faits familiaux et sociaux et de ce point de vue là, il est fort intéressant. Quelle vie que la leur !

 

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14 juillet 2014

Trente ans d'amour fou - Dominique Rolin

Dominique RolinDominique Rolin  1913-2012 mêle dans ses romans quelques parcelles autobiographiques à une fiction où se confrontent le Temps, la Mémoire et l'Amour. Confrontation entre le Dessus et le Dessous, soit l'Aujourd'hui et l'Autrefois. Jim est l'amoureux depuis 30 ans, elle, est plus âgée d'une beauté toujours bouleversante. Entre eux de l'amour et de l'écriture. Elle a un double, celui que le miroir lui donne, elle entretient avec cet autre ego un rapport particulier, basé sur une bienveillante sympathie. Celle du miroir vieillit, Celle du miroir détient les temps anciens tantôt unissants, tantôt hostiles, mais qui permettent à l'autre elle de rester en toute plénitude celle qu'elle veut être, donc ce qu'elle est. Elle doit à Jim de ne plus être soumise à ses souvenirs, mais de les dominer. Ainsi elle les transforme à sa guise, ces souvenirs qui correspondent à la réalité qu'elle a recréée, à sa vérité qu'elle a rêvée, mythe ou réalité qu'importe après tout, cela devient de la belle écriture. Le présent ce sont ces 30 ans passés dans la présence d'un être aimé, pas à elle, ni même toujours à ses côtés, mais toujours là à l'aimer( livre écrit en 1988).

Ce sont en fait 55 ans passés à s'aimer, quand même et toujours, jusqu'à la mort de Dominique Rolin en 2013. Le passé rejoint ainsi le présent. 23 ans d'écart entre Jim et la narratrice, et l'amour qui résiste à tout, au temps qui la vieillit si bien, à d'autres amours de l'homme aimé, discrétion sur ses possibles autres amours à elle, et par dessus tout l'écriture qui leur est indispensable à tous les deux et qui les fait vivre autant que l'amour qu'ils veulent bien se donner. Jim est Philippe Sollers. 

Il y a plusieurs lectures possibles du livre de Dominique Rolin, et l'on peut choisir celle qui nous convient le mieux.

C'est pour moi un hymne à la vie, un hymne à l'amour, c'est aussi un hymne à l'écriture, aux mots, à l'inspiration.

La vie est bonne avec ses courbures irrésistibles, ses capricieux détours qui n'en sont pas et ses feintes, merci, merci, Vie ! Je peux tout juste commencer à entrevoir ce que, dès le début, elle a voulu de moi. extrait

Je vis parce que j'écris. J'écris parce que Jim est là vivant. extrait.

'J'ai été la dactylo de mes rêves' 15 Décembre 2005 'Interlocution' Dominique Rolin- Philippe Sollers

Sacrée femme cette Dominique Rolin et restée belle jusquà la fin de sa vie.

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10 juillet 2014

Le maître des illusions - Donna Tartt

Donna Tartt

Généralement, quand je lis un livre policier, je ne résiste jamais au plaisir de lire la fin, officiellement pour suivre le profil psychologique du meurtrier, officieusement parce que je suis impatiente et préfère me débarrasser ainsi de tout suspens. Avec le Maître des illusions, le livre commence par la fin, je ne suis donc pas déçue, d'ailleurs ce n'est pas un policier, c'est un roman psychologique autour de jeunes gens qui vont tuer un des leurs incapable de taire un meurtre antérieur accompli par cette joyeuse bande qui outre le grec qu'ils maîtrisent fort bien, ne dédaignent pas les paradis artificiels qui les emmènent dans des mondes inconnus. Donna Tartt nous décortique très lentement une à une les circonstances qui les ont menés à un double crime. Une froideur des sentiments et des actes, une absence totale d'empathie pour quiconque, emmènent le lecteur dans la même indifférence. Il est difficile de s'accrocher à quoi que ce soit dans une bonne moitié du livre. Et puis l'intrigue bouge avec le meurtre de Bunny que l'auteur décortique, ouf !! Enfin ! Pas désagréable, cette lecture, juste un peu laborieuse, pour moi, pas enthousiasmante. A noter que les critiques sur ce livre sont en général beaucoup plus élogieuses que les miennes.

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28 juin 2014

Le cousin de Fragonard - Patrick Roegiers

Ecorchés de Fragonard

Il vaut le détour, l'Honoré Fragonard cousin de Jean Honoré Fragonard le peintre. Leurs pères sont donc frères, gantier-parfumeur pour l'un, maître gantier pour l'autre, installés à Grasse. Nés la même année en 1732, les cousins resteront en contact tout au long de leur vie.  Tous deux sont des artistes, à leur manière extrêmement différente. Honoré est un scientifique intéressé par la machine humaine et animale. Il aura moins d'occasions de jouir de la vie que son sensuel cousin. L'anatomie qu'il apprendra puis enseignera sera sa seule passion connue, il sera professeur à l'école vétérinaire, fondée par Louis XV, qui se réimplantera à  Alfort, il fournira les cabinets de curiosités fort prisés à l'époque de ses écorchés qu'il réalisera avec un savoir faire connu de lui seul. Son caractère ombrageux le fera renvoyer de cette école, mais il continuera à écorcher gaillardement chez lui avec le même engouement. De ses nombreux écorchés n'en subsiste qu'une vingtaine dont quelques uns sont visibles au Musée Fragonard de l'Ecole Vétérinaire de Maison-Alfort.

Patrick Roegiers

Il vaut le détour le Patrick Roegiers écrivain, moins de 5000 mots sont utilisés par un individu lambda, 75000 mots dans le grand Robert et un nombre inconnu (que je laisse le soin de compter à qui le voudra) mais très impressionnant dans le roman de Patrick Roegiers qui nous fait découvrir des mots anciens, inusités depuis des lustres qui nous font ouvrir le dictionnaire en permanence. Il crée aussi ses propres mots sans sourciller, il nous transmet de vieilles recettes (alcali ou son pour détacher les draps, pierre d'alun ou jus de limon pour les taches d'encre). Il a un vocabulaire truculent, fruitier, animalier, anatomique pour nous décrire le fabuleux personnage que fut sans doute ce Fragonard là : l'enfance expérimentale dans une nature parfumée à disséquer tout ce qui bouge, non par cruauté nous précise l'auteur, mais par désir de voir comment ces petites bêtes sont constituées; l'adolescence à s'exercer sur des cadavres lui sera douce à vivre, foin des chairs qui se décomposent, des odeurs de putréfaction qui font pâmer ses compagnons, lui trouve cela amusant, exaltant, jouissif, alors dépecer sera sa passion, éviscérer sa joie; la jeunesse à Paris lui offre un spectacle avec ses marchands, ses camelots, ses porteurs de chaise, ses crieurs de rue, ses charlatans, dans des ruelles pavées où suintent les déjections diverses, où gisent des cadavres entaillés ou lacérés, affreux à voir, en pagaille, puis l'école vétérinaire avec l'infame Bourgelat nommé Bougrelat dans le roman où il deviendra un maître dans l'art d'accomoder les restes humains et animaux. Pour cet homme particulier L'homme n'est rien d'autre qu'un cadavre vivant'.Patrick Roegiers éprouve de la tendresse pour cet écorcheur ambitieux, le nantit d'un amour qui meurt d'amour à son contact, lui, lui arrache le coeur et enfouit son corps dans la glace pour le disséquer amoureusement 30 ans plus tard, une vie en somme passée auprès d'une femme toujours jeune qu'il transformera alors amoureusement toujours en écorchée. Il y a bien sûr de l'insolence dans l'écriture de Patrick Roegiers non dénuée d'humour, une richesse de vocabulaire qui m'esbaudit, m'agrée et me donne envie de retrouver cet écrivain que je ne connaissais pas.

 

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03 juin 2014

Reflets dans un oeil d'homme

Nancy Huston

Essai de Nancy Huston

Nancy Huston pense que la femme est depuis 2000 ans une machine faite pour la reproduction de l'espèce.  Réceptacle à sperme, elle enfante car c'est inclus dans ses gênes, sans trop réchigner. L' homme lui est une machine à sperme ne pensant qu'au plaisir mais Dieu merci fécondant sans y penser pour la survie de l'espèce. La femme ne pense pas à se faire belle, elle y est obligée par son obligation génétique à enfanter.

Moi

On peut se demander pourquoi ? pour plaire à l'homme sans doute qui donc en plus d'un sexe a un cerveau qui lui permet au moins de définir la Beauté, celle qui lui plaît. Selon les époques, selon les civilisations, la beauté revêt des visages différents, la beauté n'a rien d'universel donc, rien de bien défini.

Nancy

La beauté est une apparence donc une illusion ' il est clair que la beauté, par essence éphémère devient une sorte d'imposture.' extrait,

Moi

l'imposture est l'action de se faire passer pour un autre. La femme belle sait en général qu'elle l'est et ne se fait pas passer pour une autre, elle est ... belle. Pas d'imposture de sa part. Qui décrète que cette beauté ne doit pas vieillir ? qui dit qu'elle est éphémère. Si la femme prend soin de son corps, elle  restera belle. Nul besoin de chirurgicaliser pour conserver sa beauté : les femmes liftées ne sont pas belles, elles sont liftées et cela se voit. Un beau visage jeune restera beau même vieux. Quant à la moins belle qui le sait aussi, elle veillera aussi à prendre soin de son corps, de son visage et au final, la beauté d'un vieux visage tient plus à l'harmonie qui s'en dégage qu'à la beauté des traits. Bien sûr, notre société de consommation a vu dans ces histoires de miroirs, dis moi si je suis la plus belle, un bon moyen de capter une clientèle, puis de la fidéliser ... sommes nous si cons, les femmes pour tout gober ? les belles et les moins belles ? sommes nous des moutons qui suivons les diktats que nous imposent les réalités commerciales ? je ne le crois pas; même si nous nous laissons tenter parfois par les chants des sirènes, parce que nous le valons bien.

Nancy Huston veut prouver que nous ne sommes pas si libres que cela, les femmes occidentales, ce n'est pas entièrement faux, il y a notre milieu social, notre éducation, le système scolaire, le système social qui nous façonnent, et bien sûr la cosmologie puissance financière qui nous conditionne malgré nous un peu, mais nous avons toutes une vie pour nous en libérer de ces diktats, pour nous forger notre propre beauté. C'est donc aussi partiellement faux.  Les intellectuels ou ceux qui jouent ce rôle, ont tendance à faire des cas particuliers des cas généraux. Nancy Huston n'échappe pas à cette règle. Ce n'est qu'une poignée de femmes qui suivent les diktats de la Beauté éternelle, les actrices, les célébrités en tous genres; la majorité des femmes en occident, à partir d'un certain âge continue à prendre soin d'elles sans illusion, mais avec un plaisir particulier que n'évoque jamais Nancy Huston et qui vient à la maturité tranquille, celui de se plaire, avant tout. Pourquoi vouloir à tout prix plaire à l'homme, Nancy Huston ? la femme occidentale a quitté pour la plus part ce stade, et tente, ce qui est plus difficile encore, de se plaire à elle même. 

Oui, mon écrit est fouillis, non structuré, un peu comme le livre de Nancy Huston. Je ne sais pas où cela nous mène, ni l'une ni l'autre !!!!

Il y a des livres qui ne mènent à rien, ou presque, itou pour les écrits !!!

Et alors ? Rien !

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16 mai 2014

Il faut beaucoup aimer les hommes - Marie Darrieussecq

Darrieussecq

Le jury du Prix Médicis ne prend pas de risques, et attribue son prix à Marie Darrieussecq qui a l'habitude d'être plus subversive d'habitude  et qui nous donne un roman un peu décevant.

Ce roman où l'on retrouve la Solange de Clèves relate une passion non partagée, donc douloureuse et vouée à l'échec, rien d'extraordinaire donc. Le fait que la passionnée soit blanche et l'indifférent amateur de femmes soit noir n'apportent rien à cette évidence, lorsque l'un aime et l'autre pas, cela finit mal pour celui qui aime, toujours.

La couleur de la peau reste un sujet épineux, les clichés ont la vie dure.' Est ce que les Africains n'ont pas un rapport au temps disons un peu particulier ?... Est-ce une pensée raciste ?  extrait les clichés sont ils racistes ? Et pourquoi ces clichés qui ont une certaine vérité nous offusquent ils ? Solange se pose des questions au sujet de la couleur de son amoureux, l'aime t'elle parce qu'il est noir ? L'a t'on aimée, avant lui, parce qu'elle était blanche ? Solange se pose beaucoup de questions sur la couleur de la peau ! Et si elle est amoureuse de son exotique amoureux, n'est-ce pas grâce à cette différence de culture, de pays. Par lui elle accède à l'Afrique dont elle ne connaît rien. Elle a déjà aimé un homme noir, mais pas vraiment noir, non ce n'est pas le sketch de Muriel Robin, il était très clair, ce noir là, d'ailleurs il était antillais ! son Kouhouesso est noir noir et africain 'c'était charmant, appétissant, quasi pâtissier' extrait.  Mais après tout, sait on vraiment pourquoi on aime ? non, on aime un point c'est tout. Et Solange aime Kouhouesso, lui ne l'aime pas, elle lui plaît, c'est différent. Alors Marie Darrieussecq nous décrit, fort bien, les affres d'une passion non partagée. Ce n'est pas là le plus intéressant, elle nous fait vivre le Congo, la musique, les insectes, les bruits de la forêt, les pannes d'électricité, les papayes, l'odeur végétale sucrée et moisie de la forêt, la chaleur du jour, elle nous fait vivre les petites histoires de tournage où une petite actrice n'a rien à faire qu'à attendre sa scène, car son Kouhouessou réalise son rêve, lui, faire un film sur l'Afrique vue par un africain.  De quoi nous démystifier le métier d'actrice ! Elle attend Solange, son rôle, son amoureux, elle ne fait que cela, attendre. Et puis, sa passion faiblit, une fois retournée en France 'Elle n'attendait plus rien, sinon la première, et cesser d'attendre devenait une autre vie, respirable et triste.    

Voilà, c'est fini. Solange constatera à la première que sa scène a été supprimée, et que Kouhouesso est passé à une autre femme qui lui plait davantage. Oh, elle est solide Solange, elle s'en remettra. De Clèves à il faut beaucoup aimer les hommes, Solange s'est polie, affinée, ciselée, mais toujours aussi soumise Solange au final, toujours obéissante aux désirs des hommes ... Alors, un message pour Marie Darrieussecq :

Si il doit y avoir une suite, rendez là plus indépendante, cette Solange, forcez sa nature, et qu'elle vive enfin sa vie sans vouloir à tout prix se soumettre aux autres.   

Nonobstant toutes mes réserves sur ce roman, l'écriture de Marie Darrieussecq est belle, maniérée, travaillée, recherchée, agréable à lire.

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13 mai 2014

Infrarouge Nancy Huston

Image (503)

Le nom infrarouge signifie « en dessous du rouge » (du latin infra : « plus bas »), l'infrarouge est une onde électromagnétique de fréquence inférieure à celle de la lumière visible: le rouge. La photographie infrarouge bloque la lumière visible, ne laisse passer que les infrarouges.

Vingt ans, déjà, que je privilégie ce côté du spectre - le côté spectral justement, fantomatique, onirique -, les ondes courtes, de plus en plus courtes, invisibles à l'oeil nu, là où la lumière commence à se muer en chaleur. Je me sers de ma caméra pour me glisser sous la peau des gens. Faire ressortir les veines, le sang chaud, la vie qui court en chacun de nous ..... Dans chaque situation de reportage, rencontrer un individu et tout faire pour le comprendre en amont. extrait 

C'est d'abord, cela, ce roman, un hommage aux femmes photographes, comme Diane Arbus ou  Lee Miller, de celles qui photographient les âmes, qui percent les corps, qui font de l'homme un enfant, celui qu'une mère a marqué à jamais. C'est jubilatoire, rempli de clichés sur les hommes 'ils ont les gonades branchées en direct sur leur rétine', sur les mères castratrices ' les hommes sont vulnérables là où leur mère les a tenus', féministe en diable, avec un humour certain, outrancier, érotique, car un peu nymphomane notre photographe a choisi de s'intéresser aux hommes par le biais de la photographie 'A la surface, les supporters du Paris Saint Germain exhibent une virilité effrayante mais, en infrarouge, on voit qu'elle est effrayée aussi.' ... elle les photographie en pleine action sexuelle.

Faut dire que Diane Arbus a dû fortement inspiré Nancy Huston, alors curieuse comme je suis, il m'a fallu lire la biographie de Diane Arbus écrite par Patricia Bosworth, une sacrée femme Diane Arbus qui nécessitera un article, forcément.

L'héroïne de Nancy Huston Rena Greenblatt est une battante meurtrie qui ne sait pas trop où va sa vie et qui ne le saura jamais, je crois. La photographie est sa thérapie. Réna s'est créée son double, imaginaire, Subra (anagramme de Arbus), une véritable confidente, jumelle qui la seconde toujours dans les moments difficiles. Réna est aussi une amoureuse, sensuelle, qui a beaucoup d'amants, ce voyage est prétexte à  se souvenir d'eux en infrarouge, le dernier Aziz qu'elle a délaissé pour suivre son père à Florence et l'accompagner pour un voyage qui sera le dernier, donc le dernier amant Aziz sera évincé au profit du père retrouvé juste avant sa mort annoncée.Tu as perdu ton fiancé, lui glisse Subra, toujours solidaire, mais tu as retrouvé ton père. extrait 

La photographie, Florence, le sexe, les rapports familiaux, l'amour .. c'est cela infrarouge. Ce n'est pas si mal, même si les pensées de Nancy Huston restent toujours dans un flou .... photographique ! Difficile de savoir ce qu'elle pense vraiment des thèmes abordés avec une neutralité qui pose question.    

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31 mars 2014

Le soleil à mes pieds Delphine Bertholon

Bertholon

Livre de Delphine Bertholon

Deux soeurs, la Petite qui est grande et maigre, et la Grande qui est minuscule et dodue. Abîmées l'une et l'autre par un fait divers horrible dont on se remet difficilement ou pas du tout. La Grande minuscule tyrannise la Petite grande.  La Grande est nymphomane, la Petite préfère gober 3 somnifères à la fois.. Au final, l'une est plus solide que l'autre malgré les apparences. Ce livre traite de la résilience, une résilience où l'une doit être sacrifiée où l'une doit tuer l'autre pour exister alors l'une sera sauvée, l'autre pas. Il y a un réel suspens chez D. Bertholon, un ton résolument dénué d'empathie pour les personnages, à la manière plus simplifiée et en moins élaborée de Laura Kasischke. 

Écriture imagée pas désagréable, poétique comme ' Dehors le ciel se plisse de bleu telle une jupe d'écolière'. ou résolument contemporaine  'le ciel dégringole avec un air cubique le long de ses parois', ou à la manière d'un VerlaineContre les vitres minces et sur le zinc des toits, l'eau joue une musique grise, par saccades' bon un peu moins bien quand même, mais il y a une recherche plaisante, ou bien encore osée comme Le silence retombe comme une guillotine, il fallait l'écrire ! Importante l'écriture pour Delphine Bertholon .

Petit livre sympathique à lire et distrayant sur une résilience assez déconcertante toutefois ' Il aura fallu deux vies pour me rendre la mienne.' Un peu radicale la résilience !

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20 mars 2014

Jardin Joyeux Noel

jardin

Quoi de plus traditionnel que de parler de jardin en cette première journée printanière. Me revient un 'mon petit Jardin' amicalement prononcé à un petit cuisinier affable, au temps où j'étais jeune et belle, au temps amusant où suite à la demande sans appel d'un loustic chéfaillon comme savaient en produire une grande société américaine, donc suite à l'ordre de ce ouistiti ambitieux et sans âme, je fus promue au charmant titre de préleveuse d'aliments en vue d'examens bactériologiques, alors je prélevais à tout va, tous les petits étalages de crudités où l'infâme escherichia coli prolifère avidement, toutes les nombreuses pâtisseries avec un faible pour la crème pâtissière où sommeille le si poétique et meurtrier staphylocoque doré, à moins que la perfide salmonelle n'ait trouvé logis au sein d'une innocente macédoine...  et puis quelle joie démesurée de sortir de terribles graphiques  qui faisaient verdir 'mon petit Jardin' et toute sa marmitaille qui se voyaient alors infliger par l'aimable chéfaillon ouistiti, médecin chef de la dite société américaine, d'innombrables et sentencieux rappels des règles strictes d'Hygiène Alimentaire, voire un stage à se farcir pour l'ensemble des petits cuisiniers en mal d'hygiène.

Bon, je m'égare, le Printemps m'a fait me souvenir de ce petit Jardin à l'humour plaisant et fataliste, mais je veux évoquer un autre Jardin, Alexandre, celui là, et son besoin avide de fouiller profondément son potager familial ( à l'aide d'une pelleteuse implacable) où fleurissent toutes les turpitudes familiales, de les sarcler vigoureusement pour en détruire les péchés anciens, et d'alléger ainsi le terreau familial de tous les mensonges, de l'enrichir ainsi de compost formé de tous les détritus des actes vils et de pouvoir renaître à nouveau, fier, d'être un Jardin assumant les erreurs familiales, reconnaissant enfin l'appartenance à cette famille d'huluberlus plus ou moins sympathiques et aspirer ainsi à l'authenticité.  Je veux parler du livre Joyeux Noël  Alexandre Jardin en finit peut être avec l'histoire de sa prodigieuse et amorale famille, avec l'histoire de sa vie d'avant.

J'aime bien ce petit Jardin, si narcissique, si extraordinaire, si suffisant, si sûr de lui, enfin s'attachant à le paraître. Une belle journée de printemps, prometteuse et pourtant déjà mensongère ...

Demain, il pleuvra. 

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