04 août 2012

Souvenirs retrouvés de Kiki de Montparnasse

Kiki Souvenirs retrouvés

C'est son dernier amour  André Laroque qui lui dactylographie ses souvenirs. C'est le second livre de Kiki, le premier alors qu'elle a 28 ans est interdit par la censure américaine qui le saisit. Neuf ans plus tard, elle en écrit un second qui ne sera pas édité, la guerre l'en empêchant. Il dormira dans des cartons plus d'un demi-siècle et ne sera édité qu'en 2005 par José Corti.

C'était une reine, Kiki, une de Montparnasse. Une de la trempe de Misia, mais version populaire, sans le pouvoir que donne l'argent. Née en 1901 en Bourgogne, non reconnue par son père, elle connut une enfance miséreuse, eut une éducation restreinte, et travailla à l'âge de 13 ans. Pour échapper aux petits métiers difficiles, Alice Prin, dite Kiki,  posa des nus pour des peintres qui en échange la nourrissaient. Un soir d'hiver elle rencontra Soutine qui l'herberga pour la nuit, elle fréquenta La Rotonde, y cotoya Utrillo, Modigliani, Kisling, elle s'amusait déjà à esquisser quelques dessins, qu'elle échangeait contre 10 sous.

 Elle posa pour Kisling (1891-1953), pour Foujita, Man Ray, elle eut beaucoup d'amants, c' était une amoureuse,  Alice, l'argent n'était pas son moteur, elle fréquenta les surréalistes Desnos, Aragon, Prévert et d'ManRayautres avec lesKiki souritquels elle se mit en froid, elle, la gouailleuse n'ayant pas la langue dans sa poche, et venue du ruisseau. Elle chanta dans des cabarets, l'Océanie, le Boeuf sur le toit où passèrent au piano Wiener, Doucet, Aiwaz, où se produisirent les chanteuses Marianne Oswald, Yvonne Gorges, Frehel et Kiki.

 Elle exposa ses  petites peinturesAlice Prin dite KIKI 1926

chez Bernheim, chanta au concert Mayol, enterra son amant, sa mère. A 33 ans et 80 kgs, elle posait encore pour Per Krogh ( peintre norvégien 1889 1965) , et puis elle s'adonna un temps  aux stupéfiants, enfin, elle ouvrit son propre cabaret. Elle mourut en 1953.   

Bien sûr, elle n'a pas  la fibre écrivain, Alice,  les mots ne la font pas vibrer, l'écriture est sobre, simple,  mais peu importe, ces mots là écrits par elle, perdus, retrouvés et enfin édités sont sans doute ce qu'elle désirait laisser à la postérité, une version minimale  de sa vie tumultueuse, folle et libertine,  pour couper court à tout commérage superflu.  Rien de très intime, rien de très croustillant,  Alice dite Kiki de Montparnasse est morte avec ses secrets,  elle demeure à jamais l'une des muses préférées de  Man Ray. Le Violon d'Ingres, c'est elle.  Pas mal comme souvenir Alice, pas mal !  

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02 août 2012

José Maria Sert

Nonobstant  (j'aime ces expressions superfétatoires)Misia lors de sa rencontre avec Sert

 Misia (1872-1950), je ne serais pas allée à la rencontre du peintre décorateur José Maria Sert (peintre catalan 1874-1945) dont elle fut successivement, l'amante, l'épouse puis à nouveau présente dans les dernières années de sa vie. Mais j'y ai vu un lien, forcément, qu'il me paraissait, comme d'habitude, urgent de nouer, d'autant plus que cette exposition, au Petit Palais se termine le 5 Août. Je ne suis pas trop attirée par ces grandes peintures commanditées par des particuliers. Inutile de chercher Misia, elle ne se cache pas sous un des nombreux personnages :  Misia ne servit jamais de modèle pour Sert;  il utilisa la photographie, des modèles humains au début

Silène et Bacchus charbon sur papier 1910

Etude photographique pour Silène et Bacchus 1910

puis des santons ( il en acheta plusieurs centaines à une crèche napolitaine), pour finir par utiliser des petits mannequins en bois articulés, qu'il mettait en scène les prenant en photos. Il raffolait des pyramides humaines, Sert, et les étudiait sur des mannequins avant de les peindre sur du bois.

Etude photo pour Le Temps 1940

 

 

 

Le Temps détail 1940

 

 

 

 

 

 

Les visages chez Sert sont rarement beaux enfin pas genre grec,Europe ou l'automne détail 1917-1919 genre simiesque plutôt, plus proche de la caricature. Seuls les corps comptent pour Sert, dans toutes les positions : joufflus les chérubins,  musclés les mâles, souples, en force. Le mouvement, c'est ce qui l'intéressait, avec le mélange des genres artistiques, pris ça et là, au gré de ses rencontres, de ses voyages, de ses lubies, de ses clients.  C'était un bon dessinateur, Jose Maria Sert, il aurait pu émergé sans doute comme peintre, enfin peut être, mais a préféré se spécialiser dans la décoration où il eut beaucoup de succès ...  Il a rencontré en 1933 Diego Rivera,

Jose Maria Sert et Diego Rivera 1933

l'époux de Frida, une autre Femme particulière qui m'attire, mais c'est une autre histoire à explorer plus tard ! La grande oeuvre de sa vie à Sert, ce fut la décoration d'une église, celle de Vic, qui va l'occuper énormément, mais il ne reste rien de cette oeuvre : en 1936, l'église est brûlée, quelques membres du clergé exécutés, une raison évoquée possiblement pour expliquer l'adhésion, très contreversée, on s'en doute, de Sert à Franco.

Il était riche, Sert, richesse familiale,  il aimait la grande vie, la belle vie, cultivé et collectionneur, il emmena Misia dans les plus grands musées, et puis Misia devenue un peu vieillie et pas très commode,  il lui préféra une jeune Roussy ( Isabelle Roussadana Mdivani  1906-1938 fille d'un prince géorgien) qui lui offrit d'autres ouvertures par ses relations, un temps, le couple resta à 3, et puis lassé des commérages, ou lassé de Misia, subséquemment il demande l'annulation de son mariage religieux avec Misia pour cause de stérilité et épousa Roussy . Après le décès prématuré de Roussy 10 ans plus tard, il reprit une relation  avec Misia, devenue un peu fauchée, encore plus vieille et un peu esseulée; de lui, elle héritera  son appartement, rue de Rivoli.

Roussy Sert 1929 Mais si, j'ai aimé, un peu, j'aime découvrir de toutes façons,  j'aime cette rencontre avec un(e) inconnu(e),  j'aime cet instant magique de révélation d'une oeuvre,  après j'adhère ou pas, mais étant de nature bienheureuse, bienveillante ou carrément conne,( c'est une question d'appréciation)  je critique modérément en songeant que pour critiquer, il faut avoir un peu de talent dans l'art en question, ce que je n'ai pas, sinon, ce n'est que de la diffamation, de la jalousie, du blabla.

Ouaiiiis, dans tous les cas, c'est du blabla, c'est vrai !

Amérique ou l'hiver 1917-1978 huile sur bois

Donc Sert en temps que peintre décorateur, à première vue, j'adhère pas trop. C'est un décorateur d'un temps révolu, d'un milieu artistique d'une époque. Un petit instant charmeur d'histoire de l'Art, ce qui somme toute est déjà bien et ce qui n'enlève rien à la séduction fascinante de l'homme, un peu comme Misia en somme.

Le lien est noué ! 

Mais sans doute cette visite rapide et première gagnerait à être renouvelée, ailleurs, plus tard, sous d'autres cieux et dans une autre ambiance .... Il me faut du temps parfois pour apprécier.

Note pour ide :

Penser à aller voir à Barcelone l'hôtel de ville et le palais de justice, la banque d'Espagne décorés par Sert, ainsi que le MNAC qui a prêté d'ailleurs ses oeuvres au Petit Palais. 

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31 juillet 2012

Pierre Favier

Peintre vellave figurant dans mon salon et faisant partie de l'histoire familiale ... Ce tableau est ce qui me reste du mas d'Oura. 

Est ce un original , yo, no lo sé ! on dirait, en tout cas.

Un site sur Pierre Favier, sur lequel je suis tombée par hasard, ce que je nomme une rencontre fortuite.

http://voreysien.free.fr/Historique/pierre-favier/p-favier.htm

Pierre Favier un jour, on se rencontrera donc, monsieur Favier.

Et on en saura peut être plus sur votre paysan, peint en 1933.

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28 juillet 2012

Joana Vasconcelos à Versailles

Née en 1971 à Paris, élevée à Lisbonne, de culture franco portugaise. Joana Vasconcelos a fait ses études au Centre d'art et de communication visuelle de Lisbonne.

De son origine, Joana a gardé le folklore un peu kitsch des petites pièces tricotées, en crochet, en dentelle, en laine .

De son imagination débordante, elle crée des oeuvres décalées, gigantesques, où l'humour transcende le quotidien, où le quotidien se magnifie. Dans son atelier de Lisbonne, 28 personnes ont travaillé pour l'exposition de Versailles, et son équipe compte 8 brodeuses. Joana Vasoncelos glane ses tissus lors de ses voyages.

Marilyn détail 4

Versailles 3

Détail Maryline 2011

Des casseroles en inox transformées par la fée Vasoncelos en escarpins

 

 

 

 

 

Un bijou porté en pendentif par les femmes du nord du Portugal le jour de leur mariage où fourchettes, cuillères, couteaux  s'emmêlent

Détail flou Joana Vasconcelos 2006

Versailles 2

Gardes 2012 Versailles

La dentelle délicate féminise un max le lion de marbre et le muselle. 

  

 

 

 

 

 

Versailles 5

Versailles 6

Au déjeuner, repas de rois, heu ... de dauphins plutôt : langoustes   

  Et puis les Valkyries, de patchwork,  populaire de laine, feutre, maille, tissu industriel pour le peuple

Succession de Valkyries Galerie des Batailles

Versailles 8

Versailles 10

valkyrie trousseau détail 2

valkyrie trousseau détail 1

valkyrie trousseau détail 3

 

 

 

 

 

 

 

 

et patchwork royal  de taffetas, de soie, de mousseline, de perles, cousues d'or pour les reines emprisonnées dans les tentacules d'un protocole de cour .

Versailles 9détail Golden Valkyriedétail bis golden valkyriedétail 3 

Chambre de la Reine

 Ébène, acajou, laiton baigné à l'or avec postiches pour tête coupée. 

Joana Vasconcelos investit la chambre de la Reine, avec un humour

noir assez féroce : Marie Antoinette si futile entière, si utile martyrisée ...

  

     Joana Vasconcelos Parterre d'eau Versailles 

blue champagne détail

Versailles 12détail lilicoptèreChampagne pour une balade en lilicoptère ... Lilicoptère détail

Il y a une autre dimension dans l'oeuvre de Joana Vasconcelos, issue d'un art contemporain, populaire  et intellectualisé  à la fois : l'art gigantesque et décalé de cette artiste symbolise la réappropriation d'un haut lieu historique  par le peuple, très cosmopolite, dense, émerveillé ou blasé ( un peu dense à mon goût, à cette période, il est vrai) : une autre forme de révolution en douceur, en crochet et fil d'or ! 

Joana Vasconcelos, actuellement à Versailles jusqu'au 30 septembre 2012. 

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26 juillet 2012

Misia

Misia 1897

Misia détail Bonnard

A défaut d'amour maternel (mère morte à sa naissance), Marie Sophie Olga Zénaïde Godebska  dite Misia 1872-1950 ne manqua pas d'amour, sa vie durant. Issue d'un milieu artistique nanti, père sculpteur, grand père maternel violoncelliste réputé, oncles maternels compositeur chef d'orchestre pour l'un, violoncelliste pour l'autre, oncle par alliance ténor. Misia était, elle même, une pianiste talentueuse. Mais voilà, Misia préfèra se marier, ce qui était plutôt tendance à l'époque,  plutôt que de gagner elle même sa vie. 

Misia eut ce talent de se trouver à 3 reprises, des maris riches, critique d'art, patron de presse mécène et peintre. En prime pour le plaisir, elle sut se faire aimer par des amants, talentueux eux aussi. Misia n'eut de cesse de se faire aimer avec une certaine goinfrerie qui la desservit à la longue. Séductrice, pas une beauté renversante mais charmeuse de ... gens de talent ! Elle pose  un peu allumeuse, un peu boudeuse, un peu rêveuse.

Misia posant

 Beaucoup d'amoureux se lassèrent de n'être pas uniques ou de son aimable indifférence qui sait ! Les maris en épousèrent une autre. Et puis l'âge venant, sa beauté du diable s'estompa, son besoin d'être mis en lumière s'aggrava, et Misia acheva une vie orientée vers les arts, sans être artiste, follement occupée, mais au final n'ayant jamais trop donné de sa personne.  Du moins, c'est ce que l'on dit ! Je suppose que cette Misia avait un charme fou, qui devait un peu être jalousé, libre d'esprit, elle suivit sa route sans trop s'occuper des autres, généreuse elle le fut souvent, sans doute aussi pour se faire plaisir, mais la générosité n'est ce pas avant tout cela ?  

Premier mari Thadée Natanson, critique d'art fondateur de La Revue Blanche , époque peintresMisia assise ds une bergère 1901 détail

 

La nuque de Misia 1897-1899

Vuillard d'abord,  amoureux transi, qui la peint les années Natanson

Le corsage rayé détail 1895

Misia à sa coiffeuse 1898 détail

 

Félix Valloton probable amant de passage éconduit ou lassé ..

A table chez Mr et Mme Natanson 1895

 

 

 

Toulouse-Lautrec

qui la croquera en tenancière 

 

 

Bonnard détail Couverture Revue Blanche

Le petit déjeuner de Misia Natanson détail 1899

 

 

Misia au piano 1902

 

 

Bonnard  lui préfèrera le charme effacé de Marthe, mais sera sans doute un ami Bizarrement, elle  se ressemble peu sur  2 de ces toiles, pourquoi ? muse sans visage peut être, muse sans passion, sans doute et quand Bonnard a trouvé sa muse malléable à merci, elle, il peint enfin  Misia comme il peut enfin la voir ! Misia au piano, c'est bien elle, jeune, boudeuse et charmante et inaccessible. On est en 1902, Bonnard connaît Marthe et Misia ne le fait plus rêver, il peut se permettre de la peindre telle qu'elle est. Il sera un des rares à continuer à la peindre durant l'époque Edwards.

 Durant les années Edwards patron de presse plus fortuné que Natanson  en 1905, vie luxueuse, yatch, Renoir qui fait un portrait d'elle très très boîte de chocolats,

Misia Edwards 1908

Misia 1904

Renoir est un peu amoureux comme d'hab !! Bonnard qui joue à Renoir en mieux, avec plus de subtilité, plus de finesse.

  Elle sera donc un temps certain épouse d'Edwards, habite à Paris quai Voltaire. Bonnard toujours présent lui peindra des panneaux pour son intérieur. Il voyage à bord de leur yatch, en 1905, il navigue en compagnie de Ravel.

En yatch vers 1906

 

Période verte de Bonnard

Le yatch d'Edwards 1912

 Puis

Misia allongée sur un divan 1907-1914

Bonnard se met à la couleur,  et peint Misia  avant d'ouvrir ses fenêtres en grand.

 

 

 un amant écrivain Romain Coolus puis rencontre avec Diaghilev imprésario qui permettra à Misia de jouer à la décoratrice, à la costumière, à la chorégraphe par artistes interposés : Debussy, Cocteau, Nijinski, Ravel, Sert qui alors est son amant dés 1905 ...

c'est son époque Ballets Russes. Période sans doute intense de sa vie où Misia n'est plus muse, elle a un rôle important ou qui se veut important, je n'en sais rien, dans le milieu artistique musical de l'époque. Satie, Ravel, Stravinski  .... Misia a toujours aimé la musique et jouera du piano jusqu'à la fin de sa vie.  Edwards divorce en 1909, meurt en 1914.

Elle épousera Sert, peintre décorateur, en 1920. Et ce sera sa période écrivains Proust, Mirbeau, Cocteau s'en inspireront pour certains de leurs personnages. Elle sera louée, décriée, Misia, peinte, photographiée. Elle demeure une des icones d'une fin de siècle un peu trop ... et d'un début de siècle, pas assez ...  pas vraiment courtisane, ou demi mondaine, encore que ... seule son origine sociale lui donne une autre couverture ! mais qu'importe, elle était muse, égérie, découvreuse de talents, mécène evidemment ... une femme particulière au talent particulier. Sa vie sera liée aussi à celle d'une autre femme particulière Coco Chanel, dont elle adoptera d'ailleurs le style les dernières années de sa vie, faut dire que Chanel lui restera fidèle jusqu'à sa mort en 1950, même si cette amitié fut parfois tumulteuse.   

Une femme libre Misia ? pas vraiment, une femme qui s'écouta beaucoup, sut profiter des autres, mais les autres évoluèrent par elle, grâce à elle. Une femme particulière certainement.

Exposition au Musée d'Orsay, le temps d'un été.

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24 juillet 2012

Putain

Nelly Arcan

Nelly Arcan née Isabelle Fortier 1975-2009

Récit autobiographique sur les années de prostitution d'une jeune femme

Ce roman ne se raconte pas, il n'y a pas d'histoire juste des réflexions qui amènent à d'autres réflexions personnelles donc discutables :

 Pas stupide cette Nelly Arcan qui a fait un mémoire de maîtrise en littérature sur les rapports de la littérature et de la folie  avec les mémoires d'un névropathe (qui a écrit son histoire lors de son internement) mais particulière et fragile, elle fut sans doute marquée par son éducation religieuse, celle donnée par son père dévot obtus attendant la fin du monde, celle donnée par l'école religieuse où elle fit connaissance d'une communauté  de femmes au nom d'emprunt, vouées à une vie de sacrifice, que l'on nomme soeurs ou mères, autre confusion des mots et des rôles.  Ces religieuses ne cherchaient elles pas à se dégager de leur famille, de l'acte sexuel qui les fit naître ? se demande t'elle. Et oui, tout le monde n'a pas la chance de Jésus : être né d'une immaculée conception. L'acte sexuel d'où tout commence. Eve première femme qui fut séduite, qui porte tous les péchés du monde, séduisante déjà, femelle qui ne pensait qu'à séduire ... Pour Nelly-Isabelle, il n'y a pas d'alternative : la femme est réduite à un sexe, dominée par l'homme, réduite à n'être qu'un corps, jeune, beau, désirable, réduite à n'être qu'une bouche recevant des queues, une fente recevant du sperme et rien d'autre. La religion étant le monde de son père, elle refusa aussi le monde de sa mère, épouse vouée qu'à un seul homme devenue une larve plus désirée qui ne devint même pas mère, ni femme ni mère comme si chez une femme tout pouvait être dissocié !! archaique idée de la féminité !  ne lui resta à cette jeune femme que le monde de la prostitution : sorte de communauté où l'on a un nom d'emprunt, où l'acte de chair reproduit xfois, rénuméré devient alors sacrifice. Nelly s'est ainsi sacrifiée jusqu'à perdre son âme, mais les femmes ont elles une âme  dans le monde de Nelly-Isabelle ? 

De cette prostitution, elle en tira de l'argent bien sûr qu'elle utilisa pour devenir encore plus belle, elle n'arrive décidément  pas à sortir de ce shéma .  Elle en tira aussi, dit elle, de la jouissance physique, mais en même temps, donnée par des hommes de l'âge du père, qu'elle méprise profondément ????  Elle en tira aussi un certaine satisfaction de ne pas devenir comme sa mère, la larve qui comate dans son lit. 

Mais enfermée dans ses idées, elle n'eut pas le temps d'aller vers une porte de sortie. Et pourtant, elle en avait du talent, elle aurait pu s'exalter dans l'écriture, dans des causes humanitaires, sortir de ce nombrilisme dévastateur, réducteur et suicidaire.  

  Elle condamne les hommes qui payent pour jouir et trouvent que cela mérite reflexion. Ces hommes qui fréquentent des prostituées ne bandent pas pour la prostituée mais pour la putasserie idéalisée : ce pourrait être aussi une poupée .. la pute n'existe pas en temps qu'être humain, mais en temps qu'idéal oui,  idéal d'une féminine beauté éternelle réduite à une fente. Les hommes ne souhaitent faire l'amour qu'à de jeunes femmes belles et soumises. L'amour a disparu dans son monde.

Cette jeune femme, belle, qui désire plaire à tout prix, pour ne pas vieillir comme sa mère est condamnée à mourir jeune.  Elle est atypique, hors normes : se détester à ce point, et continuer à s'avilir, car elle estime s'avilir profondément, dépasse l'entendement. Pourquoi continuer ? l'argent facile qui sert à rester belle ? pour qui, pourquoi ?

Le gros problème de cette jeune femme était qu'elle considérait la femme uniquement comme un corps désirable devant le rester à tout prix. Une fente, une bouche, une tirelire en somme à 2 orifices !!! réducteur, et surtout erroné. Elle semblait penser que tous les hommes le souhaitent aussi.  La beauté est rare, le savait elle ? C'est curieux ce culte de la beauté à tout prix. Beauté rarement naturelle d'ailleurs, la chirurgie esthétique remplit les poches des chirurgiens, c'est un gouffre qui emmène ceux et celles qui s'y plongent. C'est souvent réservé à une clientèle fortunée et nombriliste.

Les jeunes femmes que je connais, que j'ai connues sont belles, assez belles,  moins belles, normales quoi. Elles ont des mères belles, assez belles, moins belles qui acceptent leurs rides, souhaitent certes retarder la décrépitude, ce qui me semble très sain mais acceptent avec sagesse le vieillissement : on peut vieillir en restant belle, certes cette beauté n'est pas celle des magazines, mais cette beauté n'existe que là.  Beaucoup de femmes ne s'y laissent pas prendre.  Er les hommes vieillissants continuent à aimer les femmes vieillissantes, bien sûr quelques un(e)s s'intéressent à des plus jeunes et alors ? si chacun y trouve son compte.

Je ne sais pas trop ce qu'a voulu prouver Nelly Arcan, mais a t'elle voulu prouver autre chose que son profond désarroi, son inaptitude à vivre ? je n'en suis pas si sûre. Elle a certes manqué de référence maternelle, mais elle est loin d'être la seule. Elle a joué une partie qu'elle ne pouvait que perdre, et elle le savait très bien,  mais là sans doute était son destin. 

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22 juillet 2012

Cafards - Fabienne Berthaud

cafards

Fabienne Berthaud née vers 1966 cinéaste, écrivain

Le cafard est un animal particulièrement peu sympathique, voire répugnant.

Le cafard est un genre de déprime. 

Cafards est un livre parfois répugnant à imager, parfois déprimant à penser, parfois jubilatoire à lire . L'écriture est singulière et recherchée dans un style cru, réaliste, où les miasmes en tous genre s'exhalent, oui c'est un livre à odeurs, nauséabondes souvent, à pustules qui suintent, à bouches qui bavent , à mots imagés (trogne, mouflée, clamser, nouille, chougner, guiboche ...) . J'aurais aimé que l'humour soit un peu plus présent, pour rendre le livre plus digeste, moins odorant, moins cafard profond.

C'est l'histoire d'une fille qui s'ennuie à mourir, et qui en mourant s'ennuie toujours, sans fin. La mort pour cette crevette n'existe pas. Elle s'ennuyait moins à vivre au final !

C'est une lecture à plusieurs degrés, au premier, c'est glauque, au second déjà plus tragique, au troisième, c'est selon l'humeur du moment, caricatural, décapant drôlement, épouvantablement réaliste, en bref, tous les degrés finissent par se mélanger et posent une question  : par qui ou quoi avez vous été inspirée en écrivant ce livre ? j'aimerais savoir.

 Particulière, Fabienne Berthaud, pas commune. J'avais bien aimé son film Pieds nus sur les limaces. Cafards ne me laisse pas indifférente, non plus.

Par contre son livre Un jardin sur le ventre ne me plaît pas trop.  Le titre est joli, l'histoire émouvante, mais il n' y a pas de rencontre entre ce livre et moi. Au final, je préfère l'écriture acide de Cafards !

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18 juillet 2012

Rêve d'amour - Laurence Tardieu

rêve d'amour

Laurence Tardieu née en 1972

Il n'y a pas de vérité, ni des êtres, ni du temps. Il n'y a que le présent, son éblouissement. extrait

J'aime ce livre, court, facile à lire et optimiste. Il regorge de phrases de ce genre, que l'on peut mettre en citation, gravement, sentencieusement, doctement, religieusement. Des phrases simples qui expriment des émotions simples.  Bien sûr il parle d'amour ce roman, du premier, de celui qui orientera votre vie amoureuse (oui oui, c'est mon opinion, discutable sans doute), de l'amour maternel, donc. Une mère aimante vous donne accès à la capacité d'aimer sans peur.  Alice Grangé a oublié sa mère morte alors qu'elle avait 5 ans. Son père a tout détruit de ses souvenirs, pas de photo, pas d'objet, pas d'histoire, rien. Il a effacé une femme qui avait choisi de le quitter.  Alice et son père s'aiment, très mal, sans pouvoir s'aider, sans pouvoir parler. Peu avant sa mort, le père lui fait cadeau du nom de l'amant que sa mère a aimé. Alice en connaissant cet homme apprendra, un peu, à connaître enfin sa mère et pourra ainsi s'autoriser à vivre sans se morfondre. C'est une sorte de passeport pour l'amour cette double rencontre, c'est l'ultime cadeau d'un père.  Un rêve quoi ! 

Un petit livre d'été, sympa, léger, pas compliqué et plein d'espoir.

L'écriture peut-elle redonner vie à ce qui n'est plus ? extrait

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17 juillet 2012

Dos à dos - Sophie Bassignac

dos à dos

Sophie Bassignac née en 1960

Des pins parasol qui ressemblent à des brocolis géants. Voilà pour la cuisine Un soleil en pleins préliminaires qui caresse les jambes, voilà pour le sexe. Une femme qui veut sentir dans la bouche de sa fille la langue de l'homme de sa vie, voilà pour la relation mère-fille qui n'est pas le thème du livre, d'ailleurs juste un aparté. Regard de Guinevere pierres de lune extra-terrestres, translucides et impénétrables de déesse baroque, voilà pour le travail de l'écriture.

Le sujet du livre  évoque la difficulté d'écrire, avec Gabriel le père écrivain en panne d'écriture, écrivain qui trouve son inspiration en regardant les autres vivre 'pauvre voleur qui avait rempli ses poches de petits fragments de la vie des autres' ( extrait) ce qui lui fait oublier de vivre avec son fils Arnaud, jeune paumé perdu entre son écrivain de père et sa mère qui a fait carrière dans l'édition des livres de cuisine. Deux êtres pas forcément faits pour devenir des parents, pour fonder une famille. Arnaud, éternel enfant mal aimé, qui semble n'avoir aucun talent pour vivre par lui même s'orientera vers l'interdit, normal  ! et en mourra.

 Un climat désenchanté dans ce livre où des gens riches, intelligents, cultivés survivent  dés-ensemble . Un désespoir léger mais irrémédiable qui emmène vers une mort rapide pour le fils, lente, on présume pour ses parents qui reprennent dés la mort de leur fils, leur vie encore plus dés-ensemble. Lui, l'écrivain retrouve son envie de s'inspirer des autres, elle, en profite pour s'allonger et s'endormir. Et demain ? ils verront ... le fils, étoile filante, n'aura fait que traverser leur vie.

Je l'ai lu, ce roman avec un plaisir très modéré, détaché, sans m'intéresser vraiment. Je ne sais trop à quoi cela tient.  A moi, sans doute qui n'accroche pas à l'histoire, ni aux mots, et pourtant il y a une histoire et des mots !  En fait, c'est un peu trop tiédasse, pour moi. Les héros principaux sont  ennuyeux, attendus, convenus. Les rôles secondaires, eux, sont plus savoureux : une japonaise, un détective, une vieille américaine ... oui, les rôles secondaires me plaisent bien. 

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05 juillet 2012

J'ai oublié de la tuer - Tristane Banon

Tristane Banon

Tristane Banon 1979

C'est un livre sur l'oubli. Le père oublie qu'il a un enfant adultérin. La mère oublie qu'elle a un enfant. La bonne Amira s'oublie dans l'alcool, L'alcool lui fait oublier toute mesure. L'enfant, Flore, oublie d'oublier, le temps d'un livre, l'amour maternel qu'elle n'a pas, la lâcheté masculine qu'elle généralisera, les attouchements qu'elle taira. Elle rêvera de tuer Amira, puis de se tuer. A 14 ans, Flore devient jeune fille au pair, dans une famille où elle peut oublier sa vie d'avant. A 17 ans, elle prend un petit studio et poursuit ses études. Elle s'étonne et nous aussi lecteurs que son monde ne se soit jamais écroulé.

Mais voilà, elle a ce don énorme cette jeune femme de vouloir oublier les pires passages de sa vie. Elle n'efface rien, elle choisit d'oublier.

'Fou comme on oublie, il suffit de laisser faire, je crois.'

J'adhère ! rien ne s'efface, jamais, mais tout peut s'oublier, pour peu qu'on le veuille, bien sûr.

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