21 juillet 2011

Manet

Peintures d'après nature ou d'après photographie. Rapports de couleurs précis, touches de peintures accentuées pour mettre en relief les formes, en évidence les volumes. Manet peignait, puis repeignait plusieurs fois par petites touches des détails qu'il mettait ainsi en évidence. Peintre de portraits, peintre de son époque, il oscille entre le réalisme et l'impressionisme sans rallier véritablement un courant.  

on dit cela de Manet. On dit aussi qu'en lui l'art de la dissimulation était énorme. Sa paternité jamais reconnue en témoigne; la double personnalité d'un bourgeois dandy, et d'un artiste souffrant de ne pas être reconnu.

On dit aussi cela de Manet. Mais au final, on ne fait que supputer. Il eut une brève vie, mais bien remplie, il finit par connaître le succès, et il mourut de syphilis comme beaucoup de ses contemporains.

on ne saura jamais vraiment qui fut vraiment Edouard Manet, inclassable dans sa vie familiale, dans ses amours, dans sa peinture.  

Manet aima beaucoup les femmes et elles lui rendirent bien. Ses amours passagères lui restèrent fidèles en amitié, ce qui n'est pas si fréquent.

D'abord, la première qui compta beaucoup, au propre comme au figuré. La mère, Eugénie Fournier née en 1811, qui a pour parrain Bernadotte qui la dotera à son mariage, dot qui sera enrichie par l'héritage de Joseph Fournier, son père mort en 1824. Elle se marie en 1831 avec Auguste Manet de 14 ans son aîné, d'un caractère austère, d'un conformisme respectable et franchement pas plaisant à vivre. On comprend qu'Eugénie ait pris du plaisir à élever ses fils, notamment le fantasque Edouard né en 1832. Elle gardera toujours auprès de son fils, le rôle de maîtresse de maison jusqu'à la fin de sa vie, Manet recevra ses amis chez sa mère. Elle financera souvent et écrira 'Je me suis assez ruinée pour mes 2 fils'. Femme emprisonnée, ce qui explique son air austère, un peu égaré pour le premier portrait : normal elle pose à côté de son mari(malade, paralysé par la syphilis, il mourra 2 ans plus tard), un peu désabusé mais regardant droit dans les yeux, pour le second (enfin libre, mais l'est on jamais vraiment ...) née un peu trop tôt madame Manet ... bonne musicienne, chanteuse, cultivée, elle avait sûrement des dons à exploiter ... elle se contenta de soutenir, toujours ses fils, ce qui n'est pas si mal.        E

 E Manet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Manet a 17 ans quand il rencontre Suzanne Leenhoff, celle qui deviendra beaucoup plus tard, madame Manet. Le père de Suzanne est organiste en Hollande. Franz Liszt, aurait encouragé Suzanne à poursuivre ses études. Est ce une des raisons pour laquelle, âgée de 19 ans, elle émigra à Paris ? pianiste émérite, elle fut facile à vivre, ferma souvent les yeux et ne sembla pas en vouloir à son mari de lui donner une place fort réduite. Son ambition d'être une femme respectable fut atteinte. Elle reconnut fort tard son fils Léon qu'elle persista longtemps à faire passer pour son frère. Manet, lui ne le reconnut jamais. Manet la peignit au début de leur vie commune appétissante,Suzanne 1859-1861

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  une gourmandise autorisée sucrée  molle et sans risque, confortable quoi.

 Puis gentleman il la peignit respectable et discrète épouse, établissant avec elle une affectueuse relation, encore belle à ses yeux.

La Lecture 1865 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Et pour finir

il la peignit, vénérable, indéboulonnable, matrone, épouse-mère.

Mme Manet dans la serre 1879

 Suzanne Manet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Victorine Meurent née en 1844 est la scandaleuse, la première dont il fut amoureux, . Modèle au charme certain, elle était sans doute piquante, intelligente et sensible. Manet avec elle peindra la femme réelle, pas celle idéalisée par les peintres académiques, une femme dont le regard dirigé sur vous établit d'emblée une relation, ce qui gênera tous les bourgeois qui se frottaient clandestinement à de semblables regards; cette femme ainsi que les autres sujets de Manet ne sont que des humains, loin des héros des peintres en vogue.  Victorine eut un petit talent en temps que peintre, et amusant ... sera exposée au Salon en 1876 avec son autoportrait et récidivera en 79 avec une Bourgeoise de Nuremberg au XVI siècle, itou en 85 avec Le Jour des Rameaux. Elle sera alors modèle et compagne présumée de Norbert Goeneutte 1854-1894 (ami de Guérard et de Renoir enterré à Auvers sur Oise) jusqu'en 94. Elle finira en étant ouvreuse dans un théâtre, tout en continuant à peindre et dessiner. Elle mourra en 1927 aidée dans sa vieillesse par Robert-Fleury et Toulouse-Lautrec. Étonnante, cette femme.  Victorine 1863

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le déjeuner sur l'herbe 1863 Détail

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Berthe Morisot, l'amour impossible rencontré en 1868, Manet a 36 ans, il a épousé Suzanne 5 ans plus tôt, Berthe a 28 ans, a été élève de CorotBerthe Morisot et possède un véritable talent créateur. Il la peindra 11 fois, bien sûr, Berthe fut son plus beau modèle, car peut être le plus aimé, il ne fut pas difficile à Manet de la rendre belle, mais il donna vie à ses yeux noirs, rose à sa bouche boudeuse. Berthe fut sans doute très amoureuse de Manet, lui aussi,un temps; en épousant Eugène, Berthe deviendra une Manet, et finira par légitimer ainsi une tendre relation entre son beau frère et elle. Ils pourront continuer à se voir dans leur atelier respectif sans nuire à la bienséance. Je reviendrai souvent sur la peinture de Berthe Morisot dans d'autres messages.

 

 

 

Berthe Manet

Eva Gonzales a 7 ans de moins que Berthe, fille d'Emmanuel Gonzales écrivain et journaliste, lorsque Manet la prend pour élève en 1869, ce qui déplaira fortement à Berthe, sacré Manet qui pourra ainsi mieux manipuler l'indomptable et tourmentée BerthEva Gonzalese à moins qu'il ne se lasse un peu de son caractère ombrageux, il mettra 2 ans pour faire le portrait d'Eva dans une pose un peu  mièvre, presque trop académique, mais peut être qu'Eva plus accessible que Berthe, moins compliquée, obtiendra de Manet un peu plus qu'il n'accorda à Berthe, elle épousera le peintre Henri Guérard et mourra 6 jours après Manet à 34 ans après avoir accouché d'un fils. Elle restera en contact avec lui jusqu'à leur mort.

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  En 1873 Charles Cros peintre et Ninapoète invite Manet chez sa maîtresse Marie-Anne Gaillard plus connue sous le nom de Nina de Callias , elle porte le nom de son mari dont elle est séparée. Elle touche une rente de son père, ne dépend donc de personne et mène une vie amoureuse indépendante, elle a son jour où elle reçoit peintres, journalistes, politiques ..Il y rencontrera aussi Mallarmé dont il sera proche.

Elle a une bouche tendre et moqueuse, et des yeux qui questionnent. Quoi, qui ?

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 Au salon de 1876, l'autoporMéry Laurenttrait réalisé par Victorine Meurent est accepté, les 2 tableaux de Manet Le Linge et L'artiste sont refusés, il organise une exposition dans son atelier. Une femme apprécie vivement Le Linge, il s'agit de Méry Laurent née en 1849 à Nancy qui se nomme alors Rose Louviot qui commence une carrière de danseuse de cabaret avant de devenir chanteuse d'opérette, elle est l'interprète en 1867 Vénus dans La Belle Hélène. Elle aura, entre autres, une liaison avec Mallarmé, et avec Manet. Intelligente, drôle, belle, elle manifestera toujours une joie de vivre, un goût prononcé pour les arts, et restera fidèle amie avec Manet jusqu'à la mort de ce dernier qu'elle visitera souvent lors de sa fin de vie. Méry mourra en 1900 à l'âge de 50 ans.  

 

L'automne Méry Laurent 1881

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Isabelle Lemonnier sera la dernière lumière qui illuminera les moments Isabelle plongeant 1880difficiles de la fin de vie qui approche, trop rapidement venue. Elle ne sera pas toujours tendre avec lui, Manet dont la maladie émousse le charme se fera un peu plaintif avec elle .. Fille d'un joaillier, et belle soeur de Georges Charpentier un éditeur mécène. Renoir peindra sa soeur Madame Charpentier et ses enfants. Manet fera en 1879 six portraits d'elle, elle est jeune, elle est libre, elle sera le dernier modèle qui le stimulera. Cela ne sera ni un amour, ni une passion mais un dernier feu où Manet s'illusionnera une ultime fois, notamment sur sa maladie. Elle sans doute sera un moment flattée par cet hommage, un court moment.  Elle critiquera plus tard sa façon de dessiner. On comprend mieux quand on voit Isabelle plongeant, qui ne la flatte pas. Il se rachètera avec les portraits.

Isabelle Lemonnier 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Et puis il y aura des modèles pour le plaisir de séduire, d'être séduit, pour la joie que procure la compagnie des jolies femmes, quelques unes femmes du monde, d'autres dites demi-mondaines, en vrac Henriette Hauser, Madame Guillemet, Louise Valtesse, Ellen Andrée, Jeanne de Marsy et d'autres anonymes ... mais au final, aucune ne sera insignifiante.

Henriette Hauser posera pour Nana et le Skating.

Nana 1877

1877 Le Skating

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ellen Andrée, actrice posera entre autres pour La Serveuse de bocks

La Serveuse de bocks 1879

La jolie chanteuse d'opérette Louise Valtesse qui deviendra contesse de La Bigne.

Valtesse

 Le 25 Mars 1883, Elisa, la domestique de Méry Laurent apporte des friandises, Manet en profite pour la peindre, le portrait restera inachevé. Manet mourra le 30 Avril à 51 ans.

Un sacré charmeur, ce Manet, cela au moins est certain.

Sources :

La vie d'artiste au XIX ème siècle - Anne Martin-Fugier

Manet - Eric Darragon

Manet un rebelle en redingote Beth Archer Brombert 

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24 juin 2011

Chagall à Nice

Première rencontre officielle entre  ce peintre et moi. Bien sûr, je le connais, un peu, de loin, ce Russe au sourire de faune, à l'inspiration onirique, mais pas de quoi faire battre mon coeur un peu plus vite.

Musée National Message Biblique Marc Chagall,  ce titre entraîne chez moi un à priori désapprobateur et source d'une méfiance à l'égard du dit message, biblique ou pas ! Mes lectures précédant la visite sur le sujet n'arrangent rien. Mais curieusement, des couleurs éclatantes des toiles accrochées, se dégage une aura particulière de sérénité béate qui me tiendra jusqu'au soir ... Derrière le message biblique, Chagall livre des messages personnels que l'on ne peut décrypter qu'en s'initiant à la vie personnelle du peintre, et pour cela, il faudra d'autres rencontres, d'autres moments ... cela viendra en son temps.    

Une vision très licencieuse, je le reconnais de la tentation d'Eve, aux prises avec un serpent facétieux et inspirant.IMG_0930

 

En fait, l'interprétation officielle est moins amusante, il s'agit d'une représentation de Dieu sous la forme d'un nuage, cette toile se nomme Le Paradis. 

Des Faunes, multicolores se baladent un peu partout dans les toiles, il s'agit de Moïse ... sont ce des cornes ou des rayons lumineux, représentation d'une présence divine, cornue ou rayonnante ? Dieu se représente t'il ainsi à travers ses porteurs de message ? divin naturellement ! Plus pointue qu'il n'y paraît, la question et intéressante, à mes yeux bien sûr !

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Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé
Louis Aragon

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 Couleur rosée des femmes, le Cantique des Cantiques, message d'amour pour une femme. Voilà un message que je comprends bien et qui me va.

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 A plus, donc.

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21 juin 2011

Caillebotte

Il y en a un qui fait de l'ombre à l'autre, est ce Martial le photographe ou Gustave le peintre ? Trop d'importance accordée au photographe, je trouve, et pas assez de toiles de Caillebotte, décidément il aura toujours la seconde place celui là, ce n'est pas assez de l'avoir négligé durant de longues années, d'avoir surtout mis en valeur son don de collectionneur inspiré, son mécénat auprès de Renoir, Monet, son obstination à faire reconnaître ceux que l'on nomme encore les 'intransigeants' par son legs constitué de 65 oeuvres de Manet, Cézanne, Renoir, Millet, Sisley, Pissaro, Monet, Degas. 

Moi je préfère Gustave, le moins conforme, le plus secret, le plus discret. Et pourtant il y a une similitude certaine entre les 2. Il y a parfois dans les toiles de Caillebotte une précision photographique dans les détails, comme le pavé luisant, de 'Rue de Paris' temps de pluie ou le parquet des raboteurs, toiles qui ne figurent d'ailleurs pas dans l'exposition.    

Je ne sais pas pourquoi, cela coince un peu ... les photographies montrent la belle famille de Martial, mise en scène bien orchestrée, petite atmosphère bourgeoise de l'époque, vues du Paris Haussmannien, jardins de famille. Et les toiles de Gustave suivent le même scénario, avec les passions communes aux 2 frères, yachting, philatélie, horticulture. Le mariage du frère en 1887 entraîne la légitime distension des liens fraternels, mais va un peu plus loin puisque la belle famille a du mal à supporter la bohème qu'apporte la vie d'un artiste, d'autant plus que Gustave vit maritalement avec une jeune femme Anne Marie Hagen dite Charlotte Berthier. Charlotte a 15 ans de moins que lui, ils vivront ensemble jusqu'à la mort de Gustave en 1894, durant 11 ans. Elle héritera d'une maison et bénéficiera d'une rente. Gustave est un gentleman. 

Trop de passions nuisent, usent, rabotent, éparpillent c'est cela qui coince, je crois, Gustave, tu aurais pu aller plus loin, tu en aurais eu, sans doute, le talent, mais il fallait sacrifier le monde, la famille, les peintres amis tant secourus par toi, les rites bourgeois qui te plaisaient, et tu n'en n'as pas eu envie. Tu as préféré vivre pleinement chaque passion, sans concession, et ta mort précoce prouva que tu avais raison.

IMG_0776      Ces 2 toiles ne figuraient pas à l'exposition.

Elles sont, à mon avis, de par la mise en scène pour l'une, de par son sujet pour l'autre, originales pour l'époque.

 

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07 mai 2011

Odilon Redon

Sacré Odilon (1840-1916) excellent dessinateur, partagé entre le rêve et sa réalité souvent endeuillée, se passionnant pour les sciences grâce à la rencontre avec Armand Claveau (botaniste) en 1857, il a alors 17 ans, pour la littérature grâce à sa rencontre avec Joris-Karl Huysmans écrivain et critique d'art en 1882, il a alors 42 ans. Il publie des albums où il interprète à sa façon les textes d'Edgard Poe, de Gustave Flaubert, de Baudelaire. Il ne met pas en image les textes choisis mais en tire inspiration et prétexte pour dessiner des noirs fantastiques où satyres, chimères, sirènes, têtes coupées, yeux volants, sphères lui permettent de se libérer de ses rêves les plus romantiquement symbolistes. Monet est né la même année que lui, et Gauguin est né 8 ans plus tard.

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Fusains qu'il nommera ses noirs,  pastels, peintures ... Redon donne aussi avec un certain bonheur dans la décoration avec des fresques décoratives pour le château de Sermizelles  et la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide. A cette période de sa vie, vers 1900 il semble laisser ses nombreux deuils derrière lui, s'ouvre à la vie et laisse éclater les couleurs. Il excelle dans le jaune et dans le bleu. Ses relations se nomment Gauguin, Denis, Bonnard, Vuillard, Signac ...   

Il y a du nabi en vous monsieur Redon, et vous japonisez un moment en leur compagnie.

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Il y a du symboliste en vous monsieur Redon, vous qui avez de l'imagination à revendre, vous qui êtes précis dans vos dessins, et quand vous mettrez un peu de couleur dans vos noirs, il y aura une sensualité suave qui s'en dégagera. Vous vous arrêterez à temps,

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juste avant que cela ne devienne un petit peu trop ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a du fauve en vous, aussi, il y a du Turner parfois, il y a une ébauche d'abstraction, il y aussi et curieusement quelque chose parfois qui ressemble à du naïf  ....

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Il y a beaucoup de monde en vous monsieur Redon .... mais il y a ce je ne sais quoi qui fait que l'on reconnaît votre facture en dépit de toutes les influences qu'aucun peintre ne peut éviter.

J'ai pris grand plaisir à me promener dans votre oeuvre monsieur Redon. Vos couleurs tour à tour douces, éclatantes m'ont procurée émotion d'autant plus surprenante que je ne m'y attendais pas.  

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19 avril 2011

Bonnard

Bonnard achète en 1912 la Roulotte à Vernonnet, à 5 km de Giverny. Il a 45 ans. Il fréquente Monet qui en est à ses Nymphéas et qui conjugue le vert à tous les tons. Le vert seul ne va pas à Bonnard, et il le sait. Lui qui goûte déjà au midi ne peut s'empêcher de colorer de jaune, de rouge, de bleu, et c'est tant mieux. Les tons froids ne lui réussissent pas. Ce n'est pas un émotionnel, seules ses couleurs le sont. Il ne s'autorisera jamais à se lâcher cet homme, ses peintures lui procureront la liberté. Libre de quitter les Nabis, libre de se libérer de Monet à qui il doit cependant beaucoup, libre de se perdre dans la couleur avec un débordement dans un certain cadre, quand même.   

Mais en attendant, il se cherche le Bonnard :

D'abord façon Monet ...1913

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Puis façon Barbizonnade ... 1908

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Et rare chez Bonnard, à part ses autoportraits, un portrait au regard si particulier, si vivant et pourtant si lointain déjà en partance ou revenu de l'au delà comme on voudra  ...   1920.

Voilà qui me plaît sacrément. L'émotion, celle qui vient de l'âme, la seule qui existe pour moi, est là. IMG_0335

 

A plus monsieur Bonnard ...

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20 mars 2011

Cranach

Mouvement : Renaissance allemande

Homme de cour, homme de pouvoir, homme d'argent, homme de commerce, homme de talent, homme d'art, cet homme là fut plusieurs hommes à la fois. La postérité n'a retenu que ses réussites, n'avait il pas ses faiblesses cet homme là, était il plus mercantile qu'artiste ? était il plus un disciple de Machiavel qu'un supporter de Luther ? On ne peut qu'interpréter. 

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Je laisserai aux spécialistes de l'histoire de l'Art le soin de détailler, les couleurs, le décor, le style de ce peintre, je me contenterai de ce tête à tête entre lui et moi, je me coIMG_0162ntenterai d'écrire ce que me disent ses peintures.

Il est né en 1472, apprit les rudiments de peinture avec son peintre de père, passa le flambeau à ses 2 fils qui oeuvrèrent à son atelier avec une petite dizaine de peintres. Certains parlent de 500, d'autres de 1000, en tout cas un nombre imposant de peintures relèvent de son atelier. Spécialisé dans le nu profane, il a peint les vierges et celles qui ne le sont plus. D'un côté, les petites Lolita aux seins ronds, des petites Betty Boop aguicheuses, qui suscitent le désir, de l'autre côté, des femmes plus alourdies, d'une sensualité repue qui évoquent le plaisir. Elles sont toutes idéalisées, blondes au visage assez semblable.

 

 

 

 

 

 

 

  Quand il habille ses femmes, Cranach leur donnent des regards rusés, des lèvres fines au sourire, vorace, complice ou coupable. Et quand leurs visages restent innocents, leurs mains détiennent soit un glaive tâché de sang, soit une tête décapitée ...Diable, diable monsieur Cranach, vous n'avez aimé les femmes que déshabillées, les mêmes, revêtues ne vous plaisaient plus et concentraient alors toute votre misogynie. Pour votre défense, il est vrai qu'à votre époque, cette défiance envers les femmes était monnaie courante.

IMG_0164IMG_0165à gauche la mine déconfite, soumise, de la femme adultère, à droite, la mine rusée d'une femme qui sait comment prendre le pouvoir sur un homme, fut il Hercule en personne, et qui par ce sourire de connivence invite ses comparses à faire de même ... 

Mais au final, peut être s'agit il tout simplement pour Cranach, de répondre aux critères de son époque, de sembler ainsi servir la cause de Luther, de répondre aussi au besoin nouveau de ses contemporains de posséder des oeuvres d'art et de pouvoir ainsi vivre richement de son art. Quant à nous, c'est une belle occasion de nous re-intéresser autrement à cette époque tourmentée de réforme religieuse. Aborder Luther par Cranach, voilà un bon début. 

  

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09 février 2011

Ernest Pignon-Ernest

Mouvement : Graffiti Art, Street Art, Art Urbain

 

Ernest Pignon-Ernest est un niçois né en 1942. Dessinateur inspiré entextase2re autres par le Caravage, Le Bernin, il réalise depuis quelques années un travail sur le corps féminin, d'une maigreur ascétique, ses sujets ont néanmoins gardé des seins pleins et des cuisses rondes qui témoignent de l'ambiguïté controversée de l'exaltation religieuse de ces femmes qui ont choisi comme époux le fils d'un Dieu.

Thérèse d'Avila inspirée de la Thérèse de Rome du Bernin, est figurée dans ce premier dessin préparatoire, de manière traditionnelle, genre mater dolorosa romantique.

 

  

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La voilà revisitée, si je puis me permettre, plus féminine, moins religieuse. Femme particulière, Thérèse marqua son époque par son mysticisme exalté. Elle peut faire partie de la lignée des Grandes Amoureuses :

Vivo sin vivir en mi

Y tan alta viva espero

Que muero porque no muero!

Et voilà le dessin final qui figure dans la chapelle des Carmélites, au musée d'Art et d 'Histoire de St Denis.

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Entre les dessins préparatoires et les oeuvres finales, Ernest P-E donne à ses femmes une poitrine encore charnue, étonnante sur un torse tout en côtes : le rêve de toutes les femmes ! et de beaucoup d'hommes aussi. Les cuisses, autre symbole de féminité restent musclées et belles. Les visages que l'on voit peu ne respirent ni la paix ni la joie, mais c'est l'effet recherché, le corps parle à lui tout seul, et selon son auditoire, ce qu'il nous dit est personnel et intime.

        extase20extase19Ernest Pignon-Ernest nous invite à un voyage avec Marie Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila, Marie de l'Incarnation, Madame Guyon. Ce voyage éveille en chacun des réactions, dérange, inquiète, ravit ou provoque le tout à la fois.

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28 décembre 2010

Mondrian

Mouvement : Néoplasticisme

Ce peintre là au parcours si particulier me laisse perplexe. Pieter Cornelis Morldrian naît en Hollande dans une famille protestante en 1872. Il meurt à New York en 1944. mondrian1

Il fait partie d'un mouvement de pensée cet homme là, toujours, que ce soit le groupe de calvinistes, ou le groupe du mouvement De Stijl,  a du mal à trouver sa place, il s'essaye au début de sa vie de peintre aux paysages, sans atteindre l'intensité de ses prédécesseurs, il peint d'une peinture fade et floue, un peu désenchantée, puis il se réconcilie avec les couleurs, est tenté par le pointillisme, le fauvisme, le cubisme et là il réussit de belles réalisations, toujours un peu dans le désenchantement un peu dénué de passion qui semble l'avoir imprégné sa vie durant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Il est tenté par le cubisme et peint de belles toiles qu'il colorie tout en nuances.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il opte ensuite pour des couleurs primaires, jaune, rouge et bleu, avec les non couleurs noir et blanc. Il minimalise ensuite le trait, le géométrise et arrive à l'abstraction géométrique qui le caractérise le plus et qui le fait ainsi distinguer des autres.

 

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Il peut alors Mondrianiser à souhait.

Si Mondrian vivait par et dans sa peinture, on peut se demander quelle vie il a vécue, solitaire, austère et curieusement fort décorative et pseudo conformiste. A moins que là aussi il n'ait voulu laisser à la postérité la même image que ses tableaux, ceux qui ont fait sa notoriété, ceux qui le définissent comme un Mondrian et rien d'autre. Une réalité qui en cachait une autre. Mondrian se voulait avant tout être un théoricien et laisser à la postérité cette illusion. Fiction ou réalité ?

Vous me laissez perplexe, monsieur Mondrian...

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10 décembre 2010

Hans Hartung

Mouvement : Art informel dit aussi art abstrait lyrique.

Exposition BNF

Avec Hans Hartung né en Allemagne en 1904 naturalisé français en 1946, mort à Antibes en 1989, on peut croire que peindre est aisé, et qu'il suffit d'être technique et pas trop maladroit.hans2

Alors, il vous faut un support papier, carton, toile, et des poils en veux tu en voilà, sous n'importe quelle forme, pinceaux, brosses, genêts, il faut aussi des rouleaux, des pulvérisateurs, des pistolets ...et puis il faut utiliser des craies, des fusains, des encres, des mines de plomb, des pastels, des sanguines,des vinyles. Il faut savoir aussi gratter, marteler, griffer ...facile, je vous dis !!!!

Bon, vous êtes prêts, mettez un peu de musique classique, Hans Hartung en avait besoin et laissez vous aller aux mouvements verticaux, aux gestes, vifs, saccadés; tout d'abord utilisez un stylet, un grattoir seuls, puis passez ensuite dessus une couleur noire, au pinceau, à la brosse, au rouleau, recouvrez le d'une couche de peinture jaune à l'aide d'un pulvérisateur, changer de couleur au deuxième tiers du tableau, et terminer par une 3ième couleur pour le dernier tiers. Regrattez le tout ensuite, toujours dans le mouvement.

Je vous le concède, le résultat est piteux, n'est pas Hans Hartung qui veut !! 

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Bon c'est bien sûr un Hans Hartung celui là, finalement ce n'est pas si aisé à faire !!!

Hans Hartung s'intéresse à la gravure dans les années 20 et déclinera la graphie sous plusieurs formes, bois, pierre, zinc, soit litho(pierre)graphie, Xylo(bois)graphie, zincographie. L' exposition à la BNF expose des estampes, dont un certain nombre donnés par la fondation Hartung Berman d'Antibes.

Cela interpelle, cette exposition, cela rend curieux, cela suggère en vous un désir de vous y essayer, vous aussi à la peinture, et au mieux pour les autres, au pire pour vous, restera en vous cet inaccessible talent.

En rêve, c'est bien aussi.

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24 novembre 2010

Jean Michel Basquiat

Mouvement : Graffiti Art

Au début, de l'expo, on se dit que pour des graffitis, c'est pas mal, mais que cela risque de devenir un tantinet lassant. Puis un malaise s'installe : les masques grimaçants, les dents qui niaquent, les écrits, où les mots se suivent dans un désordre fou mais cohérent dans cette folie même, nbasqous renvoient à l'enfermement prolifique en tous genres de ceux qui se droguent ... certains tableaux sont produits sous influences manifestes ainsi revendiquées. Quand on sait que la mort est au bout du chemin, on a envie d'arrêter là, et l'on se dit que l'on connaît trop la chanson, douloureusement, personnellement. Et puis, les tableaux s'organisent, les thèmes prennent corps, les couleurs éclatent et cela devient de l'art qui vous scotche le regard. Basquiat est devenu peintre et s'ouvre au monde. Son rapport à la drogue est sans doute moins fusionnel, et le remet en liberté. Il reste cependant sauvage et indépendant jusqu'à la rencontre avec Warhol. Ils peignent ensemble quelques tableaux où ils se partagent la vedette en 84. Les critiques ne furent pas enthousiasmés. Moi si, j'ai bien aimé cette association. Basquiat retourne un peu plus tard à ses démons, ses peintures évoquent à nouveau ses tourments obsessionnels et son aliénation retrouvée.

 

Mais au final, Basquiat aura trouvé sa place dans l'histoire de l'art, marqué son époque, justifié par son oeuvre de l'utilité de sa courte vie. Les critiques d'art se sont emparés de Basquiat. Se confronter à ses peintures lui rend ce qui a été sa vie, ses errances, ses souffrances, son parcours artistique, et ce qui domine par dessus tout son réel talent de coloriste.

Basquiat est né en 1960 à Brooklyn d'une mère portoricaine et d'un père haïtien. Issu de la moyenne bourgeoisie, sa mère l'initie à l'art en lui faisant découvrir les musées. C'est un passionné de BD. En 76 il commence à peindre sur les murs, et s'initie à la drogue. En 79 il commence à se faire une petite notoriété. En 88 il meurt d'une overdose.

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