05 décembre 2015

Plus loin mais où - Beatrix Beck

Beck

Premier livre que je lis de cette étonnante Dame (1914-2008) à la vie au final assez impressionnante, fille d'un écrivain et poète, secrétaire de Gide, obtient le prix Goncourt avec Léon Morin prêtre, part enseigner quelques années aux USA puis revient écrire en France quelques romans dont ce Plus loin mais où en 1997. Sa fille et sa petite fille ont suivi son chemin d'écrivain. Seul le film de Melville avec la belle gueule de Belmondo me reste en souvenir, ce Léon Morin prêtre qui en son temps fut quand même un petit scandale, 1961 était encore fort puritain et les prêtres avaient encore un sacré pouvoir, entre autres les têtes féminines devaient alors être couvertes dans l'église et personne ne bronchait. Bon je m'écarte du sujet. Revenons à ce plus loin mais où, non, ce n'est pas un livre de Jean Louis Fournier, mais bien de Béatrix Beck.

D'abord, ya Marceline Lantier qu'a pus d'dents et qui fait peur aux gens, elle est vieille, elle est libre, elle est seule, son langage est truculent (Jean Teulé a une rivale) et il faut en profiter, car elle ne fera pas long feu madame Lantier, elle a la liberté féroce et farouche de Béatrix Beck, elle en a certaines pensées incongrues et détonnantes. Un juif jeune universitaire roux l'étudie comme un fossile vivant et finit par s'y attacher tellement que même morte elle lui sert encore de référence, il rencontre une Marine vierge qui ne l'est plus après son départ, rencontre la femme de sa vie Lizzi qui lui fait 4 beaux enfants, est un éminent professeur, retrouve le fils fait à Marine, petit inceste de 2 de ses enfants au passage, et voilà que Lizzi meurt elle aussi brutalement, moralité : Ce n'est pas une raison parce que ma vie est incendiée pour que mes cours en souffrent. ' Voilà, c'est fini le livre, il nous a menés tous plus loin dans le temps, mais où ?? la question est posée dans la vie comme dans le roman. Ya pas de réponse, on continue, c'est tout.

 Plus peaufiné le second personnage, un autre double de Béatrice Beck, cultivé, singulier, à la parole aussi vacharde que Marceline mais raffinée et distinguée. Double personnage que Béatrix Beck qui toute sa vie sera double, femme de ménage et femme de lettres, appréciant la vie mais pleurant ses morts (mort du père alors qu'elle a 2 ans, mère qui se suicide pour fêter ses 22 ans, mari juif qui la laisse veuve à 28 ans, elle verra également sa fille Bernadette Szapiro mourir avant elle), peu conformiste cette Dame là au style littéraire jouissif où l'humour sarcastique est roi. Une défense comme une autre bien sûr dans une vie somme toute assez difficile.

Me donne envie ce livre d'en lire d'autres de la même auteure.

A vous relire donc Madame.  

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30 novembre 2015

Ma mère du Nord - Jean-Louis Fournier

Fournier

Petit livre annuel depuis 1992 de Jean Louis Fournier né en 1938. Sa rencontre avec Pierre Desproges date de 1981. Il sera le réalisateur de la minute nécessaire de monsieur Cyclopède. Leur amitié dura 7 ans jusqu'à la mort de Pierre Desproges. Jean Louis Fournier écrit son premier manuel en 1992, suivi de plusieurs essais. En 1999 il commence ses écrits par son père.

Résilience et humour sont les deux atouts de Jean Louis Fournier, il écrit dans la lignée de son ami Pierre Desproges (qui a bien écrit, lecteur aimé, tous ses textes, et je parle bien du Desproges bien sûr) avec cependant moins de verve, plus de tendresse, et dans une écriture minimaliste qui perdure. Faut dire que pour la tendresse, c'est plus aisé vu qu'il évoque un par un tous les membres essentiels de sa famille. Dans la cuvée 2015, Jean Louis Fournier décortique sa mère avec un art certain, il ne juge pas, ne critique pas mais énonce quelques vérités rudes à vivre avec une élégance faussement détachée : Paimpolaise anxieuse, ma mère attendait avec angoisse, chaque soir, le retour de son bateau ivre. ou bien Ma mère se méfiait de sa sensibilité, comme ceux qui en ont trop.'

C'est au final un pudique Jean Louis Fournier qui se répand beaucoup. 

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14 juillet 2014

Trente ans d'amour fou - Dominique Rolin

Dominique RolinDominique Rolin  1913-2012 mêle dans ses romans quelques parcelles autobiographiques à une fiction où se confrontent le Temps, la Mémoire et l'Amour. Confrontation entre le Dessus et le Dessous, soit l'Aujourd'hui et l'Autrefois. Jim est l'amoureux depuis 30 ans, elle, est plus âgée d'une beauté toujours bouleversante. Entre eux de l'amour et de l'écriture. Elle a un double, celui que le miroir lui donne, elle entretient avec cet autre ego un rapport particulier, basé sur une bienveillante sympathie. Celle du miroir vieillit, Celle du miroir détient les temps anciens tantôt unissants, tantôt hostiles, mais qui permettent à l'autre elle de rester en toute plénitude celle qu'elle veut être, donc ce qu'elle est. Elle doit à Jim de ne plus être soumise à ses souvenirs, mais de les dominer. Ainsi elle les transforme à sa guise, ces souvenirs qui correspondent à la réalité qu'elle a recréée, à sa vérité qu'elle a rêvée, mythe ou réalité qu'importe après tout, cela devient de la belle écriture. Le présent ce sont ces 30 ans passés dans la présence d'un être aimé, pas à elle, ni même toujours à ses côtés, mais toujours là à l'aimer( livre écrit en 1988).

Ce sont en fait 55 ans passés à s'aimer, quand même et toujours, jusqu'à la mort de Dominique Rolin en 2013. Le passé rejoint ainsi le présent. 23 ans d'écart entre Jim et la narratrice, et l'amour qui résiste à tout, au temps qui la vieillit si bien, à d'autres amours de l'homme aimé, discrétion sur ses possibles autres amours à elle, et par dessus tout l'écriture qui leur est indispensable à tous les deux et qui les fait vivre autant que l'amour qu'ils veulent bien se donner. Jim est Philippe Sollers. 

Il y a plusieurs lectures possibles du livre de Dominique Rolin, et l'on peut choisir celle qui nous convient le mieux.

C'est pour moi un hymne à la vie, un hymne à l'amour, c'est aussi un hymne à l'écriture, aux mots, à l'inspiration.

La vie est bonne avec ses courbures irrésistibles, ses capricieux détours qui n'en sont pas et ses feintes, merci, merci, Vie ! Je peux tout juste commencer à entrevoir ce que, dès le début, elle a voulu de moi. extrait

Je vis parce que j'écris. J'écris parce que Jim est là vivant. extrait.

'J'ai été la dactylo de mes rêves' 15 Décembre 2005 'Interlocution' Dominique Rolin- Philippe Sollers

Sacrée femme cette Dominique Rolin et restée belle jusquà la fin de sa vie.

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10 juillet 2014

Le maître des illusions - Donna Tartt

Donna Tartt

Généralement, quand je lis un livre policier, je ne résiste jamais au plaisir de lire la fin, officiellement pour suivre le profil psychologique du meurtrier, officieusement parce que je suis impatiente et préfère me débarrasser ainsi de tout suspens. Avec le Maître des illusions, le livre commence par la fin, je ne suis donc pas déçue, d'ailleurs ce n'est pas un policier, c'est un roman psychologique autour de jeunes gens qui vont tuer un des leurs incapable de taire un meurtre antérieur accompli par cette joyeuse bande qui outre le grec qu'ils maîtrisent fort bien, ne dédaignent pas les paradis artificiels qui les emmènent dans des mondes inconnus. Donna Tartt nous décortique très lentement une à une les circonstances qui les ont menés à un double crime. Une froideur des sentiments et des actes, une absence totale d'empathie pour quiconque, emmènent le lecteur dans la même indifférence. Il est difficile de s'accrocher à quoi que ce soit dans une bonne moitié du livre. Et puis l'intrigue bouge avec le meurtre de Bunny que l'auteur décortique, ouf !! Enfin ! Pas désagréable, cette lecture, juste un peu laborieuse, pour moi, pas enthousiasmante. A noter que les critiques sur ce livre sont en général beaucoup plus élogieuses que les miennes.

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28 juin 2014

Le cousin de Fragonard - Patrick Roegiers

Ecorchés de Fragonard

Il vaut le détour, l'Honoré Fragonard cousin de Jean Honoré Fragonard le peintre. Leurs pères sont donc frères, gantier-parfumeur pour l'un, maître gantier pour l'autre, installés à Grasse. Nés la même année en 1732, les cousins resteront en contact tout au long de leur vie.  Tous deux sont des artistes, à leur manière extrêmement différente. Honoré est un scientifique intéressé par la machine humaine et animale. Il aura moins d'occasions de jouir de la vie que son sensuel cousin. L'anatomie qu'il apprendra puis enseignera sera sa seule passion connue, il sera professeur à l'école vétérinaire, fondée par Louis XV, qui se réimplantera à  Alfort, il fournira les cabinets de curiosités fort prisés à l'époque de ses écorchés qu'il réalisera avec un savoir faire connu de lui seul. Son caractère ombrageux le fera renvoyer de cette école, mais il continuera à écorcher gaillardement chez lui avec le même engouement. De ses nombreux écorchés n'en subsiste qu'une vingtaine dont quelques uns sont visibles au Musée Fragonard de l'Ecole Vétérinaire de Maison-Alfort.

Patrick Roegiers

Il vaut le détour le Patrick Roegiers écrivain, moins de 5000 mots sont utilisés par un individu lambda, 75000 mots dans le grand Robert et un nombre inconnu (que je laisse le soin de compter à qui le voudra) mais très impressionnant dans le roman de Patrick Roegiers qui nous fait découvrir des mots anciens, inusités depuis des lustres qui nous font ouvrir le dictionnaire en permanence. Il crée aussi ses propres mots sans sourciller, il nous transmet de vieilles recettes (alcali ou son pour détacher les draps, pierre d'alun ou jus de limon pour les taches d'encre). Il a un vocabulaire truculent, fruitier, animalier, anatomique pour nous décrire le fabuleux personnage que fut sans doute ce Fragonard là : l'enfance expérimentale dans une nature parfumée à disséquer tout ce qui bouge, non par cruauté nous précise l'auteur, mais par désir de voir comment ces petites bêtes sont constituées; l'adolescence à s'exercer sur des cadavres lui sera douce à vivre, foin des chairs qui se décomposent, des odeurs de putréfaction qui font pâmer ses compagnons, lui trouve cela amusant, exaltant, jouissif, alors dépecer sera sa passion, éviscérer sa joie; la jeunesse à Paris lui offre un spectacle avec ses marchands, ses camelots, ses porteurs de chaise, ses crieurs de rue, ses charlatans, dans des ruelles pavées où suintent les déjections diverses, où gisent des cadavres entaillés ou lacérés, affreux à voir, en pagaille, puis l'école vétérinaire avec l'infame Bourgelat nommé Bougrelat dans le roman où il deviendra un maître dans l'art d'accomoder les restes humains et animaux. Pour cet homme particulier L'homme n'est rien d'autre qu'un cadavre vivant'.Patrick Roegiers éprouve de la tendresse pour cet écorcheur ambitieux, le nantit d'un amour qui meurt d'amour à son contact, lui, lui arrache le coeur et enfouit son corps dans la glace pour le disséquer amoureusement 30 ans plus tard, une vie en somme passée auprès d'une femme toujours jeune qu'il transformera alors amoureusement toujours en écorchée. Il y a bien sûr de l'insolence dans l'écriture de Patrick Roegiers non dénuée d'humour, une richesse de vocabulaire qui m'esbaudit, m'agrée et me donne envie de retrouver cet écrivain que je ne connaissais pas.

 

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16 mai 2014

Il faut beaucoup aimer les hommes - Marie Darrieussecq

Darrieussecq

Le jury du Prix Médicis ne prend pas de risques, et attribue son prix à Marie Darrieussecq qui a l'habitude d'être plus subversive d'habitude  et qui nous donne un roman un peu décevant.

Ce roman où l'on retrouve la Solange de Clèves relate une passion non partagée, donc douloureuse et vouée à l'échec, rien d'extraordinaire donc. Le fait que la passionnée soit blanche et l'indifférent amateur de femmes soit noir n'apportent rien à cette évidence, lorsque l'un aime et l'autre pas, cela finit mal pour celui qui aime, toujours.

La couleur de la peau reste un sujet épineux, les clichés ont la vie dure.' Est ce que les Africains n'ont pas un rapport au temps disons un peu particulier ?... Est-ce une pensée raciste ?  extrait les clichés sont ils racistes ? Et pourquoi ces clichés qui ont une certaine vérité nous offusquent ils ? Solange se pose des questions au sujet de la couleur de son amoureux, l'aime t'elle parce qu'il est noir ? L'a t'on aimée, avant lui, parce qu'elle était blanche ? Solange se pose beaucoup de questions sur la couleur de la peau ! Et si elle est amoureuse de son exotique amoureux, n'est-ce pas grâce à cette différence de culture, de pays. Par lui elle accède à l'Afrique dont elle ne connaît rien. Elle a déjà aimé un homme noir, mais pas vraiment noir, non ce n'est pas le sketch de Muriel Robin, il était très clair, ce noir là, d'ailleurs il était antillais ! son Kouhouesso est noir noir et africain 'c'était charmant, appétissant, quasi pâtissier' extrait.  Mais après tout, sait on vraiment pourquoi on aime ? non, on aime un point c'est tout. Et Solange aime Kouhouesso, lui ne l'aime pas, elle lui plaît, c'est différent. Alors Marie Darrieussecq nous décrit, fort bien, les affres d'une passion non partagée. Ce n'est pas là le plus intéressant, elle nous fait vivre le Congo, la musique, les insectes, les bruits de la forêt, les pannes d'électricité, les papayes, l'odeur végétale sucrée et moisie de la forêt, la chaleur du jour, elle nous fait vivre les petites histoires de tournage où une petite actrice n'a rien à faire qu'à attendre sa scène, car son Kouhouessou réalise son rêve, lui, faire un film sur l'Afrique vue par un africain.  De quoi nous démystifier le métier d'actrice ! Elle attend Solange, son rôle, son amoureux, elle ne fait que cela, attendre. Et puis, sa passion faiblit, une fois retournée en France 'Elle n'attendait plus rien, sinon la première, et cesser d'attendre devenait une autre vie, respirable et triste.    

Voilà, c'est fini. Solange constatera à la première que sa scène a été supprimée, et que Kouhouesso est passé à une autre femme qui lui plait davantage. Oh, elle est solide Solange, elle s'en remettra. De Clèves à il faut beaucoup aimer les hommes, Solange s'est polie, affinée, ciselée, mais toujours aussi soumise Solange au final, toujours obéissante aux désirs des hommes ... Alors, un message pour Marie Darrieussecq :

Si il doit y avoir une suite, rendez là plus indépendante, cette Solange, forcez sa nature, et qu'elle vive enfin sa vie sans vouloir à tout prix se soumettre aux autres.   

Nonobstant toutes mes réserves sur ce roman, l'écriture de Marie Darrieussecq est belle, maniérée, travaillée, recherchée, agréable à lire.

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31 mars 2014

Le soleil à mes pieds Delphine Bertholon

Bertholon

Livre de Delphine Bertholon

Deux soeurs, la Petite qui est grande et maigre, et la Grande qui est minuscule et dodue. Abîmées l'une et l'autre par un fait divers horrible dont on se remet difficilement ou pas du tout. La Grande minuscule tyrannise la Petite grande.  La Grande est nymphomane, la Petite préfère gober 3 somnifères à la fois.. Au final, l'une est plus solide que l'autre malgré les apparences. Ce livre traite de la résilience, une résilience où l'une doit être sacrifiée où l'une doit tuer l'autre pour exister alors l'une sera sauvée, l'autre pas. Il y a un réel suspens chez D. Bertholon, un ton résolument dénué d'empathie pour les personnages, à la manière plus simplifiée et en moins élaborée de Laura Kasischke. 

Écriture imagée pas désagréable, poétique comme ' Dehors le ciel se plisse de bleu telle une jupe d'écolière'. ou résolument contemporaine  'le ciel dégringole avec un air cubique le long de ses parois', ou à la manière d'un VerlaineContre les vitres minces et sur le zinc des toits, l'eau joue une musique grise, par saccades' bon un peu moins bien quand même, mais il y a une recherche plaisante, ou bien encore osée comme Le silence retombe comme une guillotine, il fallait l'écrire ! Importante l'écriture pour Delphine Bertholon .

Petit livre sympathique à lire et distrayant sur une résilience assez déconcertante toutefois ' Il aura fallu deux vies pour me rendre la mienne.' Un peu radicale la résilience !

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24 mars 2014

Vincent Van Gogh, Antonin Artaud à Orsay

Panier de pommes 1887

Van Gogh 1853-1890 a t'il vraiment besoin d'un défenseur, aujourd'hui ? Lorsque l'on regarde ses toiles, pense t'on à ses crises d'angoisse, ses débordements qui lui valurent quelques internements, volontaires le plus souvent ? Je n'en suis pas sûre. L'éclatante et vibrante peinture, les couleurs de Vincent, vous accrochent le regard et le captent, elles se suffisent à elles mêmes. Cohérentes, elles accompagnent avec une harmonie somme toute régulière la vie d'un peintre à l'humeur très irrégulière.sept 1889 Van Gogh

Ses autoportraits dont je ne mets que les détails, 43 au total ne nous expliquent rien, si ce n'est sa gravité lucide sur son personnage, son besoin de se peindre pour  se prouver qu'il existe, lui qui a des temps morts lors de ses crises, alors se regarder dans ses peintures le rassure sans doute, vérifier et garder en mémoire, lorsque le cerveau ne commande plus, que lui Vincent existe par, dans et pour sa peinture.1887 Van Gogh

1887-1888 Van GoghArtaud  1896-1948 est un tourmenté précoce, né, pourrait on dire, et peu importent les causes qui nous resteront dans l'ensemble inconnues.autoportrait

A l'âge de 18 ans, en 1915 ses premiers troubles psychiatriques le font hospitaliser, ses premiers dessins datent de cette époque, et l'écriture lui deviendra aussi indispensable que l'oxygène.  Contrairement à Van Gogh qui connut certains moments d'apaisement, Artaud mis sous laudanum en deviendra dépendant, ce qui fera de sa vie une cure de désintoxication permanente toujours commencée, jamais réussie. Un médecin pourtant l'aidera à s'échapper un peu en l'aidant à cultiver des dons artistiques réels, et il commencera une carrière de touche-à-tout dans le théâtre, puis il découvrira le surréalisme dont il se séparera. Il sera acteur, créera 4 spectacles, mais son phrasé, ses prestations ne plairont pas. Il continuera à écrire des poèmes, des articles dans des revues littéraires et il laisse une oeuvre assez hermétique, réservée à des initiés. Il sera bouleversé par une exposition Van Gogh en qui il se reconnaîtra et écrira 'Van Gogh, le suicidé de la société' un plaidoyer envers ceux qui pensent autrement, ceux qui sont différents comment peuvent l'être des esprits créatifs et talentueux mais hors des cadres fixés par notre Société.  La peinture de Van Gogh reste malgré tout aboutie, maitrisée, toujours dans une cohérente et constante évolution.Les Tounesols 1887

Vincent Van Gogh est un grand peintre et il n'a plus rien à prouver.  Artaud  restera un homme souffrant dont la maladie a bridé les talents, preuve cet excellent dessin, cet autoportrait qui signale que certains moments lui furent doux, que parfois aussi il fut libéré de ses angoisses, du moins en partie !Artaud

 mais dommage que la maladie ait été excessivement plus marquée chez Antonin et le traitement plus lourd donc plus nocif, ce fut un handicap à toute carrière chez lui. On évoque chez Vincent les hachures nerveuses, les couleurs terreuses de certains tableaux, comme signes d'un esprit malade, c'est une de ses marques, ces hachures, un signe de re-connaissancechamps de ble près d'AUVERS 1890

 Notre regard sur ces troubles du comportement a changé, nous sommes plus tolérants. La pharmacologie permet à beaucoup d'êtres hors normes de vivre tout à fait normalement. Cependant jumeler Vincent Van Gogh à la présence inquiétante d'Antonin Artaud est incontestablement une bonne idée marketing  preuve en est la foule qui s'y rend. L'accès aux toiles de Vincent est un pénible périple, Dieu merci, Vincent, tes toiles se voient même de loin !!!La nuit étoilée 1888

Antonin Artaud quand même attire moins, plus dérangeant, plus dérangé ou moins connu, on peut arpenter tranquillement ses dessins.détail Artaud

Et finalement, aujourd'hui, ce n'est pas Artaud qui vient au secours de Van Gogh mais le contraire. C'est Vincent qui nous permet ainsi d'accéder à l'artiste Antonin et de tenter de le comprendre, d'aller sur ses étranges rives; dure vie que celle de ce multitâche, poète, acteur incantatoire, pamphlétaire ou jeteur de sorts, dessinateur et malade souvent ce qui l'obligea très tôt à de lourds traitements, dont le plus doux fut peut être le laudanum qui le rendit dépendant, et le plus terrible, les électrochocs.

Les Souliers 1886 Van Gogh

Van Gogh perdure brillamment aujourd'hui, Artaud un peu moins, et c'est par Vincent aujourd'hui qu'il retrouve vie.     

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06 mars 2014

D'amour- Danielle Sallenave

amour

Amour qui se décline sous toutes ses formes dans ce livre, filial, maternel, familial, conjugal, adultère, hommage de l'écrivain née en 1940, à tous ceux qu'elle a aimés et qui l'ont aimée.  

Dominent dans cette narration, deux personnages que tout semble opposer, mais qui sans doute auraient pu se plaire, ayant la même idée sur ce que sont les hommes et les femmes, une idée d'un temps révolu dit cette charmante écrivaine, les femmes sont faites pour être belles et vivre au crochet des hommes qui eux sont intelligents et riches .. un peu court Dame, un peu restrictif, ce n'est pas une question d'époque, mais de caractère, enfin je ne vais pas polémiquer avec vous, quoique ce serait fort réjouissant .. revenons à vos 2 personnages :

Odette, donc la belle inculte et fière de l'être, amoureuse de son mari et de leur beauté, tante par alliance de la narratrice, veuve depuis 8 ans et qui se jette sous un train, la veille de ses 75 ans. A mené sa vie avec l'illusion que seule peut procurer la beauté physique, celle qui crée le vide tôt ou tard, en dehors de la réalité de la vie. 

Pierre ancien amant de la narratrice plus âgé qu'elle, mort à l'âge de 80 ans, mort de faim par volonté de ne plus vivre, cultivé, érudit, marié pour la vie  par commodité. A adoré les femmes, a trompé vaillamment la sienne. A mené sa vie avec l'illusion de la vivre pleinement selon son gré, alors qu'il courait désespérément après une image d'homme libre impossible pour lui à trouver car trop formaté.

j'ai entrepris leur histoire à tous deux avec le sentiment que ce qui les dépare les relie encore davantage : elle, une femme qui s'aimait trop; lui, un homme qui ne s'aimait pas. extrait C'était une certaine époque qui les avait faits comme ça, Pierre et elle. extrait

La narratrice fut l'amour de Pierre, bien qu'elle ne corresponde pas à ses critères, et lui, lui n'a pas su quitter sa vie pour elle, alors quand il la libère de lui, elle l'aime déjà un peu moins et s'en va légère vers d'autres aventures sans savoir qu'à force d'amour, elle aurait pu peut-être le pousser au bout de lui même.

Odette meurt d'avoir perdu son mari amoureux de sa beauté même disparue. 'Elle le perdit quand il mourut; et elle fut perdue' extrait  

Pour Pierre qui avait passé son temps à fuir la réalité, ce fut avec la vieillesse un coup de trop :

Alors le monde se réveilla, rugit, et ce fut sans pitié. Toutes ses constructions furent balayées .... Il n'avait pas vu venir le coup; moi, si. Il était sans défense. Il y avait tant de choses qu'il avait réussi à oublier, la guerre, le mariage, les engagements, la mort. Et là, ce n'était plus possible. Comme le mur du théâtre révèle ses froides briques nues lorsque les décors sont enlevés, ainsi se révéla sa vie : nue, immensément nue, et vide.

La narratrice a des remords de ne pas avoir sauvé Pierre de lui même, elle aurait dû l'accompagner ' tu veux choisir l'enfer ? Alors, choisis le mais n'hésite pas, ne reste pas dans l'entre-deux, vas-y ! Hurle avec lui, déchire-toi, lacère cette chair vive, ne te ménage pas, ouvre les yeux ! .....Moi, je n'irai pas plus loin, car au delà d'un certain point, propre à chacun, il faut aller seul.  

Le conditionnel est une possibilité merveilleuse pour ceux qui n'ont pas fait, pas dit, pas agi au moment voulu.   

Une illusion, peut être, mais après tout, la vérité n'existe qu'à l'échelle individuelle, vérité pour vous, illusion pour les autres.

Seul, reste l'amour donné et reçu.

Ecriture conventionnelle et de très bonne tenue sans surprise.

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05 mars 2014

Réparer les vivants - Maylis de Kerangal

Réparer les vivants

C'est du lourd, du travaillé, du laborieux, du copieux, du riche, du foisonnant, du débordant, du généreux, de l'opulent, l'écriture de Maylis de Kerangal. C'est surprenant, désarmant, divertissant et parfois un peu fatiguant. On peut parfois se laisser emporter par cette houle majestueuse, oscillation périlleuse, tangage nauséeux de mots jusqu'à en oublier le sujet. 'Que ces yeux étranges, lents et denses, où coagulent des jaunes épars, chartreuse et miel, topazes fumées.' extrait. Ce n'est pas une basique Maylis de Kerangal, elle explique, définit, décortique, analyse, énumère, qualifie. Pourtant, le sujet est grave ou justement à cause de cela : le don d'organes en cas de mort encéphalique, le don de vie en cas de mort, plusieurs vies réparées contre une mort irréversible. Alors diluer ce cas de conscience terrible sous les mots, l'enjoliver, le fleurir, l'enluminer, le sublimer par des mots en abondance qui réjouissent, distraient, égayent, étourdissent, assomment les donneurs potentiels que nous sommes tous est un moyen comme un autre pour nous inviter à réfléchir.  Pour Simon, le principal héros du livre, il s'agit entre autres de donner son coeur, neuf, pas usé, frais si j'ose dire, le coeur étant un organe noble par excellence, un muscle, mais aussi mystérieux pourvoyeur ou récepteur d'amour. Simon en mort cérébrale, il convient aux parents de donner leur consentement. Leur accord est à l'origine d'un ballet bien orchestré entre médecins, qu'une Agence de biomédecine supervise, les organes du donneur sont devenus greffons à répartir à des receveurs compatibles.

Alors, les mots sont sans doute les bienvenus, pas pour les endeuillés, mais pour nous, les lecteurs, les vivants. La mort est chose difficile à surmonter dés qu'il s'agit d'êtres que l'on aime, le choix d'arrêter une machine qui fait vivre un corps, le choix de le transformer en dépouille est une décision de vie ou de mort, un pouvoir dont on se passerait bien, même si selon le principe du consentement présumé, où seule l'opposition à ce don, exprimée verbalement, par le vivant fait véritablement loi. Qui ne dit mot consent, qui ne s'oppose pas consent. Alors les mots en mitraillette de Maylis de Kerangal, impuissants à réanimer Simon, donnent vie à un récit, haletant, stressant, énervant mais superbement vivant. 

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