28 juin 2014

Le cousin de Fragonard - Patrick Roegiers

Ecorchés de Fragonard

Il vaut le détour, l'Honoré Fragonard cousin de Jean Honoré Fragonard le peintre. Leurs pères sont donc frères, gantier-parfumeur pour l'un, maître gantier pour l'autre, installés à Grasse. Nés la même année en 1732, les cousins resteront en contact tout au long de leur vie.  Tous deux sont des artistes, à leur manière extrêmement différente. Honoré est un scientifique intéressé par la machine humaine et animale. Il aura moins d'occasions de jouir de la vie que son sensuel cousin. L'anatomie qu'il apprendra puis enseignera sera sa seule passion connue, il sera professeur à l'école vétérinaire, fondée par Louis XV, qui se réimplantera à  Alfort, il fournira les cabinets de curiosités fort prisés à l'époque de ses écorchés qu'il réalisera avec un savoir faire connu de lui seul. Son caractère ombrageux le fera renvoyer de cette école, mais il continuera à écorcher gaillardement chez lui avec le même engouement. De ses nombreux écorchés n'en subsiste qu'une vingtaine dont quelques uns sont visibles au Musée Fragonard de l'Ecole Vétérinaire de Maison-Alfort.

Patrick Roegiers

Il vaut le détour le Patrick Roegiers écrivain, moins de 5000 mots sont utilisés par un individu lambda, 75000 mots dans le grand Robert et un nombre inconnu (que je laisse le soin de compter à qui le voudra) mais très impressionnant dans le roman de Patrick Roegiers qui nous fait découvrir des mots anciens, inusités depuis des lustres qui nous font ouvrir le dictionnaire en permanence. Il crée aussi ses propres mots sans sourciller, il nous transmet de vieilles recettes (alcali ou son pour détacher les draps, pierre d'alun ou jus de limon pour les taches d'encre). Il a un vocabulaire truculent, fruitier, animalier, anatomique pour nous décrire le fabuleux personnage que fut sans doute ce Fragonard là : l'enfance expérimentale dans une nature parfumée à disséquer tout ce qui bouge, non par cruauté nous précise l'auteur, mais par désir de voir comment ces petites bêtes sont constituées; l'adolescence à s'exercer sur des cadavres lui sera douce à vivre, foin des chairs qui se décomposent, des odeurs de putréfaction qui font pâmer ses compagnons, lui trouve cela amusant, exaltant, jouissif, alors dépecer sera sa passion, éviscérer sa joie; la jeunesse à Paris lui offre un spectacle avec ses marchands, ses camelots, ses porteurs de chaise, ses crieurs de rue, ses charlatans, dans des ruelles pavées où suintent les déjections diverses, où gisent des cadavres entaillés ou lacérés, affreux à voir, en pagaille, puis l'école vétérinaire avec l'infame Bourgelat nommé Bougrelat dans le roman où il deviendra un maître dans l'art d'accomoder les restes humains et animaux. Pour cet homme particulier L'homme n'est rien d'autre qu'un cadavre vivant'.Patrick Roegiers éprouve de la tendresse pour cet écorcheur ambitieux, le nantit d'un amour qui meurt d'amour à son contact, lui, lui arrache le coeur et enfouit son corps dans la glace pour le disséquer amoureusement 30 ans plus tard, une vie en somme passée auprès d'une femme toujours jeune qu'il transformera alors amoureusement toujours en écorchée. Il y a bien sûr de l'insolence dans l'écriture de Patrick Roegiers non dénuée d'humour, une richesse de vocabulaire qui m'esbaudit, m'agrée et me donne envie de retrouver cet écrivain que je ne connaissais pas.

 

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06 mars 2014

D'amour- Danielle Sallenave

amour

Amour qui se décline sous toutes ses formes dans ce livre, filial, maternel, familial, conjugal, adultère, hommage de l'écrivain née en 1940, à tous ceux qu'elle a aimés et qui l'ont aimée.  

Dominent dans cette narration, deux personnages que tout semble opposer, mais qui sans doute auraient pu se plaire, ayant la même idée sur ce que sont les hommes et les femmes, une idée d'un temps révolu dit cette charmante écrivaine, les femmes sont faites pour être belles et vivre au crochet des hommes qui eux sont intelligents et riches .. un peu court Dame, un peu restrictif, ce n'est pas une question d'époque, mais de caractère, enfin je ne vais pas polémiquer avec vous, quoique ce serait fort réjouissant .. revenons à vos 2 personnages :

Odette, donc la belle inculte et fière de l'être, amoureuse de son mari et de leur beauté, tante par alliance de la narratrice, veuve depuis 8 ans et qui se jette sous un train, la veille de ses 75 ans. A mené sa vie avec l'illusion que seule peut procurer la beauté physique, celle qui crée le vide tôt ou tard, en dehors de la réalité de la vie. 

Pierre ancien amant de la narratrice plus âgé qu'elle, mort à l'âge de 80 ans, mort de faim par volonté de ne plus vivre, cultivé, érudit, marié pour la vie  par commodité. A adoré les femmes, a trompé vaillamment la sienne. A mené sa vie avec l'illusion de la vivre pleinement selon son gré, alors qu'il courait désespérément après une image d'homme libre impossible pour lui à trouver car trop formaté.

j'ai entrepris leur histoire à tous deux avec le sentiment que ce qui les dépare les relie encore davantage : elle, une femme qui s'aimait trop; lui, un homme qui ne s'aimait pas. extrait C'était une certaine époque qui les avait faits comme ça, Pierre et elle. extrait

La narratrice fut l'amour de Pierre, bien qu'elle ne corresponde pas à ses critères, et lui, lui n'a pas su quitter sa vie pour elle, alors quand il la libère de lui, elle l'aime déjà un peu moins et s'en va légère vers d'autres aventures sans savoir qu'à force d'amour, elle aurait pu peut-être le pousser au bout de lui même.

Odette meurt d'avoir perdu son mari amoureux de sa beauté même disparue. 'Elle le perdit quand il mourut; et elle fut perdue' extrait  

Pour Pierre qui avait passé son temps à fuir la réalité, ce fut avec la vieillesse un coup de trop :

Alors le monde se réveilla, rugit, et ce fut sans pitié. Toutes ses constructions furent balayées .... Il n'avait pas vu venir le coup; moi, si. Il était sans défense. Il y avait tant de choses qu'il avait réussi à oublier, la guerre, le mariage, les engagements, la mort. Et là, ce n'était plus possible. Comme le mur du théâtre révèle ses froides briques nues lorsque les décors sont enlevés, ainsi se révéla sa vie : nue, immensément nue, et vide.

La narratrice a des remords de ne pas avoir sauvé Pierre de lui même, elle aurait dû l'accompagner ' tu veux choisir l'enfer ? Alors, choisis le mais n'hésite pas, ne reste pas dans l'entre-deux, vas-y ! Hurle avec lui, déchire-toi, lacère cette chair vive, ne te ménage pas, ouvre les yeux ! .....Moi, je n'irai pas plus loin, car au delà d'un certain point, propre à chacun, il faut aller seul.  

Le conditionnel est une possibilité merveilleuse pour ceux qui n'ont pas fait, pas dit, pas agi au moment voulu.   

Une illusion, peut être, mais après tout, la vérité n'existe qu'à l'échelle individuelle, vérité pour vous, illusion pour les autres.

Seul, reste l'amour donné et reçu.

Ecriture conventionnelle et de très bonne tenue sans surprise.

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03 mars 2014

Il n'y a pas de grandes personnes - Alix de St André

Je retrouve avalixec plaisir, cette Alix qui se la joue un peu intellectuelle quand même, et c'est bien normal  puisque c'en est une, donc qui se la joue un peu, mais qui ne déteste pas se populariser dans une écriture parfois mal léchée en utilisant volontiers quelques mots grossiers. J'avoue que j'aime son style où l'humour est très présent.  Elle aime André Malraux, soit, c'est bien son droit, un écrivain qui mérite le qualificatif de Grand, elle aime aussi la voix qui déclame à gros trémolos, la mèche rebelle sur l'antique visage, bon, Alix, tu n'es pas sérieuse ? si, ah bon, OK. Elle mêle dans son éloge au grand homme ses propres souvenirs en évoquant entre autres une Cocotte, mère d'une de ses amies fan de Proust, dont elle même est friande, elle en parle d'ailleurs, de Proust avec une certaine gourmandise qui attire le lecteur, elle fulmine contre Rousseau dont la philosophie a servi  dit-elle de justification à l'hécatombe aristocratique par la machine de l'aimable Guillotin, elle évoque Chateaubriand et ses Mémoires d'outretombe, et en revient, toujours, aux Antimémoires de son cher Malraux.

Elle est parfois trop, Alix, de mauvaise foi, très partiale bien sûr, mais cela me plaît bien. Cela se lit avec plaisir, une petite friandise à déguster au coin d'un feu, destinée à être oubliée un peu.

 

  

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07 janvier 2014

Dragons - Marie Desplechin

Dragons

VI siècle, Dragon dragonnant un max sévit sur Batz, petite île bretonne, il se nourrit d'hommes, de femmes, de bêtes et mets plus raffiné encore de tendres petits enfants. Pol Aurélien naît dans le pays de Galle en 490. Devenu prêtre Il débarque en 517 en Ouessan pour lutter contre le pélagianisme, puis se rend sur Batz où son cousin le comte Withur lui demande de supprimer Dragon. Pol lui met son étole au cou et le tue en le précipitant dans la mer, ce lieu se nomme depuis lors le trou du serpent.  Pol fonde un monastère, est nommé évêque, meurt en 567. Ses reliques sont sauvées des Barbares, mais pas des Huguenots en 1567, seul un os appartenant à son bras aurait résisté et conservé en la cathédrale Saint Paul à St Pol de Léon.     

Marie Desplechin (1959 écrivain, journaliste) reprend fort joliment cette légende et nous la narre de façon épique où le Saint Homme équipé de chiens et d'anges s'en va guerroyer l'immonde bestiole qui se défend comme un diable et entraîne dans sa chute Pol qui ne laisse de lui que son étole. Dragonne, car c'était une femelle, dort au fond de son trou d'océan, en son ventre un petit monstre conçu lors du combat entre le Saint et Dragonne.  Le moment semble venu pour la naissance, et les Éléments se mettent doucement à échapper au contrôle des hommes sur l'ile de Batz ... 

Ile de Batz toujours où 2 couples ( l'un nanti de 2 enfants) , une mère et sa fille vont mêler leur vie, le temps d'un WE sur cette île qui semble éveiller en chacun d'entre eux la partie la plus sombre d'eux, où terreurs, souvenirs contenus d'enfance, hallucinations, rêves et réalités se confondent. Au dessus de ces personnages plane un homme mort depuis 8 ans qui n'a pas trouvé le moyen de partir, qui a attrapé le goût de la mort, Emmanuel permet ainsi l'évocation d'un monde parallèle, de façon assez nébuleuse d'ailleurs, d'un monde où chaque personnage se perd un peu, livré à lui même dans un monde qu'il ne reconnaît plus, oui, je vous l'ai bien dit c'est nébuleux !!! Damien sera la première victime de cette catastrophe annoncée qui vient de la nuit des temps, celle où le dragon-chaos-Dieu nous détruira tous, la fin du monde quoi.  

Il y a une atmosphère particulière dans ce livre à l'écriture agréable, un suspens qui tient en haleine, une sorte de mystère qui tient à la fois d'un peu de mythologie, de science fiction, de croyances en tous genres de celles qui ont marqué l'imagination populaire et qui hantent nos mémoires. Si l'on accepte d'entrer dans ce monde là, on aimera le livre. 

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23 novembre 2012

La fête à Venise - Philippe Sollers

Philippe Sollers

C'est à plusieurs rendez vous, littéraires, scientifiques, musicaux, picturaux, que nous convie Philippe Sollers, bien sûr, il se la joue un peu beaucoup avec ses connaissances culturelles des plus hermétiques parfois, bien sûr il se la joue aussi en faiseur de leçons, en homme qui détient la seule vérité, en intellectuel qui joue à distinguer le vrai du faux et qui croit (un peu) qu'il y arrive; il nous offre, en prétexte de roman une petite amourette à Venise, un essai sur le marché de l'art, essai qui en vaut bien un autre, des critiques de tableaux, des réflexions personnelles souvent très acides sur notre époque.

Sollers est un homme donc un roseau pensant qui se moque de tout, y compris de lui même et il nous livre ses pensées. Et pourquoi pas ? on prend, on jette, on discute, on critique, et il est content le Sollers lui qui nous voit tous abêtis par la télévision, il est subversif pour notre bien (je me suis entichée, je l'avoue de cet adjectif, j'ai tendance à l'utiliser en ce moment à tout bout de champ, est ce grave madame Freud ?).

extraits :

1-Ce rassemblement, ces citations, ces collages : le roman comme encyclopédie et arche de Noé ? ...

2-Nouvel analphabétisme institué sur fond de technique et de domestication de la Science ? S'appuyant sur la perte de mémoire, la morbidité obligatoire, la toute puissance de l'image en direct, la surinformation pour rien, la destruction ou la manipulation des sources, le vol ou l'interprétation aplatie et unilatérale des documents et des oeuvres d'art ?

3-L'entente entre homme et femme est impossible. Vous la déclarez cependant envisageable. Comment ?

- Distance pensée. Ironie.

Précisez.

En vers :              Nous naviguions sur l'Ontario,

                        Elle me détestait, moi aussi.

                        Nous jouîmes ensemble dans un cri :

                        On ne baise bien qu'à contrario.

 C'est un vieux singe Philippe Sollers, qui tient à sa différence et souhaite être hors normes. Il l'est; plus essayiste que romancier, passionnant souvent, énervant par fois, si sûr de lui tout le temps, où est le faux vrai, ou le vrai faux monsieur Sollers ? Mais, on s'en moque un peu, et lui aussi !

Oui, j'aime bien, il y a parfois une musique des mots, un humour certain, des excès lyriques, des certitudes parmi tant d'autres .... et puis, il est avide d'amour, cet homme là et cela me le rend sympathique.

c'est mon premier roman de cet écrivain, Cela me donne envie d'en lire d'autres.

Car au final, ce foutoir littéraire me plaît.     

Oui, je me la joue aussi Sollers, ce message est comme le bouquin, un peu farfouille !!!

Notes pour ide ignare :

Urbain Jean Joseph Le Verrier, 1811-1877 astronome et mathématicien, découvreur de la planète Neptune. Johann Galle,  observa le nouvel astre le jour même où il reçut en courrier sa position par Le Verrier

Jean Cavaillès,1903-1944 est mathématicien, héros de la résistance fusillé en 1944.

Claude-Prosper Jolyot de Crébillon, dit Crébillon fils, 1707-1777 est un écrivain, chansonnier qui publia un roman Les égarements du coeur et de l'esprit ou Mémoires de M. de Meilcour, roman dont l'un des personnages évoque le Valmont de Laclos.

Antonin Artaud, né Antoine Marie Joseph Paul Artaud, 1896-1948 est un poète, acteur et théoricien du théâtre français.

Inventeur du concept du « théâtre de la cruauté » dans Le Théâtre et son Double, Artaud aura tenté de transformer de fond en comble la littérature, le théâtre et le cinéma. Par la poésie, la mise en scène, la drogue, les pèlerinages, le dessin et la radio, chacune de ces activités a été un outil entre ses mains, « un moyen pour atteindre un peu de la réalité qui le fuit ». Il combattra par de constantes injections de médications les maux de tête chroniques qui le taraudent depuis son adolescence. Cette omniprésence de la douleur influera sur ses relations comme sur sa création. Il sera interné en asile pendant près de neuf ans, subissant de fréquentes séries d'électrochocs. (article trouvé sur Wikipédia)

 

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26 juillet 2012

Misia

Misia 1897

Misia détail Bonnard

A défaut d'amour maternel (mère morte à sa naissance), Marie Sophie Olga Zénaïde Godebska  dite Misia 1872-1950 ne manqua pas d'amour, sa vie durant. Issue d'un milieu artistique nanti, père sculpteur, grand père maternel violoncelliste réputé, oncles maternels compositeur chef d'orchestre pour l'un, violoncelliste pour l'autre, oncle par alliance ténor. Misia était, elle même, une pianiste talentueuse. Mais voilà, Misia préfèra se marier, ce qui était plutôt tendance à l'époque,  plutôt que de gagner elle même sa vie. 

Misia eut ce talent de se trouver à 3 reprises, des maris riches, critique d'art, patron de presse mécène et peintre. En prime pour le plaisir, elle sut se faire aimer par des amants, talentueux eux aussi. Misia n'eut de cesse de se faire aimer avec une certaine goinfrerie qui la desservit à la longue. Séductrice, pas une beauté renversante mais charmeuse de ... gens de talent ! Elle pose  un peu allumeuse, un peu boudeuse, un peu rêveuse.

Misia posant

 Beaucoup d'amoureux se lassèrent de n'être pas uniques ou de son aimable indifférence qui sait ! Les maris en épousèrent une autre. Et puis l'âge venant, sa beauté du diable s'estompa, son besoin d'être mis en lumière s'aggrava, et Misia acheva une vie orientée vers les arts, sans être artiste, follement occupée, mais au final n'ayant jamais trop donné de sa personne.  Du moins, c'est ce que l'on dit ! Je suppose que cette Misia avait un charme fou, qui devait un peu être jalousé, libre d'esprit, elle suivit sa route sans trop s'occuper des autres, généreuse elle le fut souvent, sans doute aussi pour se faire plaisir, mais la générosité n'est ce pas avant tout cela ?  

Premier mari Thadée Natanson, critique d'art fondateur de La Revue Blanche , époque peintresMisia assise ds une bergère 1901 détail

 

La nuque de Misia 1897-1899

Vuillard d'abord,  amoureux transi, qui la peint les années Natanson

Le corsage rayé détail 1895

Misia à sa coiffeuse 1898 détail

 

Félix Valloton probable amant de passage éconduit ou lassé ..

A table chez Mr et Mme Natanson 1895

 

 

 

Toulouse-Lautrec

qui la croquera en tenancière 

 

 

Bonnard détail Couverture Revue Blanche

Le petit déjeuner de Misia Natanson détail 1899

 

 

Misia au piano 1902

 

 

Bonnard  lui préfèrera le charme effacé de Marthe, mais sera sans doute un ami Bizarrement, elle  se ressemble peu sur  2 de ces toiles, pourquoi ? muse sans visage peut être, muse sans passion, sans doute et quand Bonnard a trouvé sa muse malléable à merci, elle, il peint enfin  Misia comme il peut enfin la voir ! Misia au piano, c'est bien elle, jeune, boudeuse et charmante et inaccessible. On est en 1902, Bonnard connaît Marthe et Misia ne le fait plus rêver, il peut se permettre de la peindre telle qu'elle est. Il sera un des rares à continuer à la peindre durant l'époque Edwards.

 Durant les années Edwards patron de presse plus fortuné que Natanson  en 1905, vie luxueuse, yatch, Renoir qui fait un portrait d'elle très très boîte de chocolats,

Misia Edwards 1908

Misia 1904

Renoir est un peu amoureux comme d'hab !! Bonnard qui joue à Renoir en mieux, avec plus de subtilité, plus de finesse.

  Elle sera donc un temps certain épouse d'Edwards, habite à Paris quai Voltaire. Bonnard toujours présent lui peindra des panneaux pour son intérieur. Il voyage à bord de leur yatch, en 1905, il navigue en compagnie de Ravel.

En yatch vers 1906

 

Période verte de Bonnard

Le yatch d'Edwards 1912

 Puis

Misia allongée sur un divan 1907-1914

Bonnard se met à la couleur,  et peint Misia  avant d'ouvrir ses fenêtres en grand.

 

 

 un amant écrivain Romain Coolus puis rencontre avec Diaghilev imprésario qui permettra à Misia de jouer à la décoratrice, à la costumière, à la chorégraphe par artistes interposés : Debussy, Cocteau, Nijinski, Ravel, Sert qui alors est son amant dés 1905 ...

c'est son époque Ballets Russes. Période sans doute intense de sa vie où Misia n'est plus muse, elle a un rôle important ou qui se veut important, je n'en sais rien, dans le milieu artistique musical de l'époque. Satie, Ravel, Stravinski  .... Misia a toujours aimé la musique et jouera du piano jusqu'à la fin de sa vie.  Edwards divorce en 1909, meurt en 1914.

Elle épousera Sert, peintre décorateur, en 1920. Et ce sera sa période écrivains Proust, Mirbeau, Cocteau s'en inspireront pour certains de leurs personnages. Elle sera louée, décriée, Misia, peinte, photographiée. Elle demeure une des icones d'une fin de siècle un peu trop ... et d'un début de siècle, pas assez ...  pas vraiment courtisane, ou demi mondaine, encore que ... seule son origine sociale lui donne une autre couverture ! mais qu'importe, elle était muse, égérie, découvreuse de talents, mécène evidemment ... une femme particulière au talent particulier. Sa vie sera liée aussi à celle d'une autre femme particulière Coco Chanel, dont elle adoptera d'ailleurs le style les dernières années de sa vie, faut dire que Chanel lui restera fidèle jusqu'à sa mort en 1950, même si cette amitié fut parfois tumulteuse.   

Une femme libre Misia ? pas vraiment, une femme qui s'écouta beaucoup, sut profiter des autres, mais les autres évoluèrent par elle, grâce à elle. Une femme particulière certainement.

Exposition au Musée d'Orsay, le temps d'un été.

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