20 mars 2014

Jardin Joyeux Noel

jardin

Quoi de plus traditionnel que de parler de jardin en cette première journée printanière. Me revient un 'mon petit Jardin' amicalement prononcé à un petit cuisinier affable, au temps où j'étais jeune et belle, au temps amusant où suite à la demande sans appel d'un loustic chéfaillon comme savaient en produire une grande société américaine, donc suite à l'ordre de ce ouistiti ambitieux et sans âme, je fus promue au charmant titre de préleveuse d'aliments en vue d'examens bactériologiques, alors je prélevais à tout va, tous les petits étalages de crudités où l'infâme escherichia coli prolifère avidement, toutes les nombreuses pâtisseries avec un faible pour la crème pâtissière où sommeille le si poétique et meurtrier staphylocoque doré, à moins que la perfide salmonelle n'ait trouvé logis au sein d'une innocente macédoine...  et puis quelle joie démesurée de sortir de terribles graphiques  qui faisaient verdir 'mon petit Jardin' et toute sa marmitaille qui se voyaient alors infliger par l'aimable chéfaillon ouistiti, médecin chef de la dite société américaine, d'innombrables et sentencieux rappels des règles strictes d'Hygiène Alimentaire, voire un stage à se farcir pour l'ensemble des petits cuisiniers en mal d'hygiène.

Bon, je m'égare, le Printemps m'a fait me souvenir de ce petit Jardin à l'humour plaisant et fataliste, mais je veux évoquer un autre Jardin, Alexandre, celui là, et son besoin avide de fouiller profondément son potager familial ( à l'aide d'une pelleteuse implacable) où fleurissent toutes les turpitudes familiales, de les sarcler vigoureusement pour en détruire les péchés anciens, et d'alléger ainsi le terreau familial de tous les mensonges, de l'enrichir ainsi de compost formé de tous les détritus des actes vils et de pouvoir renaître à nouveau, fier, d'être un Jardin assumant les erreurs familiales, reconnaissant enfin l'appartenance à cette famille d'huluberlus plus ou moins sympathiques et aspirer ainsi à l'authenticité.  Je veux parler du livre Joyeux Noël  Alexandre Jardin en finit peut être avec l'histoire de sa prodigieuse et amorale famille, avec l'histoire de sa vie d'avant.

J'aime bien ce petit Jardin, si narcissique, si extraordinaire, si suffisant, si sûr de lui, enfin s'attachant à le paraître. Une belle journée de printemps, prometteuse et pourtant déjà mensongère ...

Demain, il pleuvra. 

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23 janvier 2014

L'arrière-saison Philippe Besson

Philippe Besson

Inspiré d'un tableau de Hopper 'Nighthawks' Noctambules peint en 1942.

Hopper a acheté un terrain à Cap Code en 1933 et y construit une maison atelier à South Truro où lui et sa femme Jo passeront les étés.

Philippe Besson reprend les personnages du tableau et raconte un moment de leur vie. Il s'agit d'un huit clos entre 4 personnages, l'un fantomatique qui ne sera jamais présent. Une femme Louise Cooper qui écrit des pièces de théâtre (souvent chez Philippe Besson une Louise écrivain, non ?). Ben le serveur, entre eux, une affection distanciée les lie ou une habitude de 10 ans ou encore une sorte de fraternité. Et puis un homme, Stéphen, forcément, celui du tableau, un revenant, premier amour de Louise mais qui préféra un confortable mariage aujourd'hui terminé, dans l'ombre, l'amant actuel de Louise marié qui ne viendra pas ce soir, ni les autres soirs d'ailleurs ... Alors face à face entre les 2 ex-amoureux, ce qu'ils se disent, ce qu'ils taisent, ce qu'ils souhaitent, ce qu'ils espèrent ...

Peu de surprises dans ce livre par ailleurs fort bien écrit, chacun raconte sa vie qu'on voit défiler devant nous. Calme, lente et attendue l'intrigue dés le début, comme Louise qui avait annoncé à Stéphen son futur échec en faisant un mariage de raison, on connaît d'emblée la fin possible du livre. Il n'y a pas d'intrigue d'ailleurs, juste un couple, elle vêtue de rouge, lui oiseau de nuit en costume sombre, qui se retrouvent devant leur témoin Ben, chez Phillies, un café situé à Cape Cod, un soir de Septembre encore clair, une belle arrière saison.  Un peu ennuyeux ce livre comme une belle journée de septembre lumineuse et oisive où l'on ne fait pas grand chose si ce n'est précisément savourer cet ennui qui repose et vous laisse à demi somnolent.

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20 janvier 2014

Passion simple - Annie Ernaux

A Ernaux

Livre court, 66 pages d'écriture pour l'édition Gallimard, la police est idéale pour les presbytes. Un thème : La passion amoureuse, soit une dissection anatomique et sèche des affects ressentis par Annie Ernaux lors de sa passion brève avec un homme marié, monsieur A, en déplacement en France pour son travail. Une addiction impérative plus que de l'amour-passion je trouve, car il n'y a pas de place pour les sentiments amoureux, domine seul dans ce couple un attrait irresistible et violent pour le sexe où tout tourne autour de cet homme 'Les seules actions où j'engageais ma volonté, mon désir et quelque chose qui dit être l'intelligence humaine (prévoir, évaluer le pour et le contre, les conséquences) avaient toutes un lien avec cet homme.' extrait. Lire est devenu pour elle 'un moyen d'user le temps entre deux rencontres'. Cette incorrigible preneuse de mots écrit avant la rencontre et après la rencontre pour en fixer les paroles et les gestes échangés.

Témoignage, confidence, procès verbal, commentaire de texte, quel est le mode d'écriture choisi par Annie Ernaux ? un peu de tout sans valeur morale, sans émotion débordante. Pas de fusion entre eux, pas d'harmonieuse communication, aucune illusion sur un amour partagé et durable, une passion sexuelle et cérébrale  car Annie Ernaux s'adonne sans limites aux sensations ressenties où son imagination débordante l'emmène, elle est son propre cobaye et note ses impressions à la manière d'une scientifique. Elle aime mettre en scène les rapports sexuels, de la même façon impersonnelle qu'elle traite sa passion, elle les visualise et nous les met en image, il y a un côté militant tenace chez Annie Ernaux un peu surrané je trouve.

 Monsieur A repartant dans son pays, le sevrage brutal sera évidemment douloureux, le corps entier me faisait mal et puis le chemin de la guérison qui passe par l'écriture pour rester, d'abord, dans le temps passé de la passion, ensuite, pour sauver cette passion du temps qui passe, la garder dans la mémoire et au final la rendre d'utilité publique pour ceux qui la liront, et la rendre ainsi universelle, faisant partie de la mémoire des autres. Mais en même temps cette passion lui aura apporté un regard différent sur ses semblables. Cette passion l'a reliée au monde des autres, dans ce que chacun peut éprouver lorqu'il est addict à un être, il n'y a plus de limite qui la sépare de ses semblables puisqu'elle a agi comme les autres qu'elle trouvait insensés. Cet homme par ce qu'elle a vécu d'outrancier dans sa passion lui a apporté un peu plus d'humanité, un regard différent et compréhensif sur les autres . 'Une sorte de don reversé'.

Une passion éphémère de 2 ans qui vous ouvre aux autres et vous rend meilleure.

Un luxe conclut Annie Ernaux.

Pas faux, je trouve, mais cette conclusion est significative, et  je pense  et cela n'engage que moi qu'Annie Ernaux manifeste ainsi un besoin de se protéger de l'amour en le limitant dans l'écrit au sexe seul, en en niant l'impact amoureux. Annie Ernaux en parle trop de cette passion pour la restreindre à une Passion simple. Mais rien n'est simple, là non non plus.

 

 

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07 janvier 2014

Dragons - Marie Desplechin

Dragons

VI siècle, Dragon dragonnant un max sévit sur Batz, petite île bretonne, il se nourrit d'hommes, de femmes, de bêtes et mets plus raffiné encore de tendres petits enfants. Pol Aurélien naît dans le pays de Galle en 490. Devenu prêtre Il débarque en 517 en Ouessan pour lutter contre le pélagianisme, puis se rend sur Batz où son cousin le comte Withur lui demande de supprimer Dragon. Pol lui met son étole au cou et le tue en le précipitant dans la mer, ce lieu se nomme depuis lors le trou du serpent.  Pol fonde un monastère, est nommé évêque, meurt en 567. Ses reliques sont sauvées des Barbares, mais pas des Huguenots en 1567, seul un os appartenant à son bras aurait résisté et conservé en la cathédrale Saint Paul à St Pol de Léon.     

Marie Desplechin (1959 écrivain, journaliste) reprend fort joliment cette légende et nous la narre de façon épique où le Saint Homme équipé de chiens et d'anges s'en va guerroyer l'immonde bestiole qui se défend comme un diable et entraîne dans sa chute Pol qui ne laisse de lui que son étole. Dragonne, car c'était une femelle, dort au fond de son trou d'océan, en son ventre un petit monstre conçu lors du combat entre le Saint et Dragonne.  Le moment semble venu pour la naissance, et les Éléments se mettent doucement à échapper au contrôle des hommes sur l'ile de Batz ... 

Ile de Batz toujours où 2 couples ( l'un nanti de 2 enfants) , une mère et sa fille vont mêler leur vie, le temps d'un WE sur cette île qui semble éveiller en chacun d'entre eux la partie la plus sombre d'eux, où terreurs, souvenirs contenus d'enfance, hallucinations, rêves et réalités se confondent. Au dessus de ces personnages plane un homme mort depuis 8 ans qui n'a pas trouvé le moyen de partir, qui a attrapé le goût de la mort, Emmanuel permet ainsi l'évocation d'un monde parallèle, de façon assez nébuleuse d'ailleurs, d'un monde où chaque personnage se perd un peu, livré à lui même dans un monde qu'il ne reconnaît plus, oui, je vous l'ai bien dit c'est nébuleux !!! Damien sera la première victime de cette catastrophe annoncée qui vient de la nuit des temps, celle où le dragon-chaos-Dieu nous détruira tous, la fin du monde quoi.  

Il y a une atmosphère particulière dans ce livre à l'écriture agréable, un suspens qui tient en haleine, une sorte de mystère qui tient à la fois d'un peu de mythologie, de science fiction, de croyances en tous genres de celles qui ont marqué l'imagination populaire et qui hantent nos mémoires. Si l'on accepte d'entrer dans ce monde là, on aimera le livre. 

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27 septembre 2013

Délirium Tremens Une enquête de Jack Taylor

Ken Bruen

Ken Bruen écrivain de romans policiers, irlandais né en 1951.

Ce qu'il y a de remarquable dans ce livre, ce n'est pas l'intrigue policière assez banale qu'on finirait presque par oublier, mais le réalisme sobre, efficace utilisé par Ken Bruen  dans des scènes non dénuées d'humour, noir évidemment, où le privé se vautre dans l'alcool, puis essaie de s'en sortir avant d'y replonger à nouveau, le tout rédigé d'une écriture particulière. Ken Bruen essaime son histoire de nombreuses références littéraires, cinématographiques, musicales qui ont marqué son époque. Son héros est aussi cultivé qu'addict à l'alcool, c'est dire ! Il y a un peu de tout dans ce roman :

                                                                        de la poésie

                                                                        de la philosophie

                                                                        et la drogue

                                                                        les polars américains (extrait)

Ne cherchez pas la poésie dans ce livre, Jack Taylor ne l'a pas trouvé dans sa vie, mais elle était toujours à portée de main sous la forme d'un livre de poésies de Francis Thompson poète anglais dont la poésie la plus célèbre s'intitule 'Le Lévrier du ciel'.

Un mépris désinvolte vis à vis des sentiments des autres. Oh oui ! J'avais une sacrée dose de culpabilité. Ajoutez-y une pincée de remords et des litres d'apitoiement sur soi, et vous aviez le parfait alcoolique dans toute sa gloire. Dehors, j'arrivais à supporter ce fardeau en buvant. Je faisais disparaître tous ces problèmes. J'anesthésiais la douleur. extrait.

Les personnages rencontrés dans ce livre sont très typiques eux aussi et contribuent à donner une certaine atmosphère toute irlandaise bien sûr ! La fin de ce polar est assez réjouissante, Jack Taylor, sorte de cow boy justicier (dont le refrain préféré pourrait être Im' a poor lonesome cowboy) peut reprendre sa course alcoolisée, solitaire et désespérée.  

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21 juin 2013

Tout s'est bien passé - Emmanuèle Bernheim

tout s'est bien passé

Le début de 'Tout s'est bien passé' est laborieux, indéniablement un bon narratif, descriptif, d'un voyage en métro à prendre dans le sens de la marche quand on est stressé, on sent presque l'odeur du métro, puis re-belote avec l'hôpital, aux Urgences où l'on ne fait qu'attendre, odeur d'hôpital, les examens, puis les résultats, ensuite téléphoner à ses proches, avertir la mère qui erre entre dépression et parkinson, régler les formalités bancaires pour qu'une procuration soit faite aux filles, on n'y pense toujours trop tard à cela ...c'est bien écrit, mais au final un peu monotone à lire; un récit de fin de vie à lire, un de plus .. quand soudain à la page 50, un 'je veux que tu m'aides à en finir' est accrocheur ... on y est enfin dans le sujet du livre, le suicide assisté du père d'Emmanuelle Bernheim, André. Certes, c'est un sujet à la mode, traité avec efficacité dans le bon film de Stéphane Brizé 'Quelques heures de printemps', mais la gravité du sujet  peut justifier l'abondance de livres, essais, films, la rendre même nécessaire. Cela peut se passer en Suisse, à Berne, il faut être conscient, incurable, et capable de boire un verre seul, boire d'abord un anti-vomitif, puis boire la potion mortelle qui est amère et l'on s'endort tranquillement en écoutant de la musique. Emmanuelle Bernheim évoque le film 'Soleil vert' film que j'ai également vu, où les candidats à l'euthanasie meurent en regardant des paysages magnifiques à jamais disparus. André Bernheim ne pourrait arriver à anticiper sa fin, il a besoin de l'aide de ses filles, trop fatigué pour le faire seul .. Emmanuèle Bernheim écrit donc les étapes semées d'embûches de cette péripétie ... elle écrit bien, les moments d'angoisse, les moments cocasses qui provoquent des fous rires, la vie quoi qui prédomine chez les survivants ... Gonflé le père, collectionneur d'art, esthète, aimant la gente masculine, très égoïste, caustique avec ses filles, même sa mort est une manière d'emmerder encore, une dernière fois ses filles ... bon ce père, unique on l'aime bien quoiqu'il fasse, surtout que c'est un gentil monstre-apprenti, juste un homme égoïste, charmeur et attachant. On dit souvent que les enfants sont maintenant durs à élever, on ne dira jamais assez que c'est la même chose pour les parents en fin de vie, durs à mourir !!!!

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06 juin 2013

Les fruits du Congo 1951

Les Fruits du Congo

Alexandre Vialatte 1901-1971

Quels bonheurs on pouvait s'inventer dans les Îles. extrait  Les Îles : 'C'était le royaume du bonheur qu'on attend et qui ne viendra pas.' extrait

Voilà, c'est dit, c'est un livre sur les rêves, ceux présumés d'adolescents  nés il y a un peu plus de 100 ans déjà, c'est un livre sur le temps passé où l'imagination pouvait encore déborder, créer des aventures extraordinaires, des épopées fantastiques où il y a des élèves avec un principal particulier :  Monsieur Vantre Principal du collège buveur de chartreuse et autres liqueurs qui menait ses élèves  dans ses chasses d'une manière aussi lyrique qu'imaginaire, de telle sorte que les élèves virent au bout de la ville là où ce n'était que nu, plat et blanc, si désolé, une île d'abord celle de la mâchoire, à côté l'ile du moulin à vent avec une tour en ruine où un soir une lumière ... extrait

 élèves qui se transforment en petits chevaliers, elfes, héros, ce que vous voudrez, tous épris d'une princesse Dora.  

Dora, Reine des Îles, du Labyrinthe et du Moulin à vent : "peut être n'étais-tu, t'accrochant aux brins d'herbe et t'inventant des fétiches protecteurs, que le gibier traqué de M. Panado ? une enfant qui recule de cachette en cachette et qui jette du sable, affolée, pour aveugler celui qui vient " extrait C'était une grande fille souriante qui avait l'air tendre, intelligent, ironique et grave des Françaises. Elle sentait la pipe, la lavande, l'eau de javel et l'herbe mouillée.... et son rire, au milieu de cet océan vert, était comme une île de corail. extrait

Dora était Marthe Perrin-Darlin, Dora n'était qu'un rêve, une certaine idée de l'amour pour des jeunes gens imaginatifs et avides d'aimer comme on peut l'être à cet âge. Dora est morte, assassinée par le Temps qui tue presque tout. Dora d'or, Dora noire, Dora morte.

Le narrateur n'existe pour les 2/3 du livre que par sa narration, mais il se dévoile nostalgiquement de temps en temps en pleurant ces êtres disparus. Nous n'irons plus au Labyrinthe, aux Iles et au moulin à vent. Dans l'épilogue, il n'y a presque plus que lui qui fait le bilan, nous rapporte ce qu'ils sont tous devenus.   

Monsieur Panado n'est peut-être qu'un des visages du néant. Peut être n'existe-t-il que par sa propre absence ?  extrait. Monsieur Panado représente le Destin, la Mort, aucun nul n'échappera.

Les Vingtrinier, le père avocat, la mère morte, Marcel qui sera tué au front, un dont on ne sait rien, au début du livre et Joseph qui fut au collège. Habitent dans la rue Quattrebarbe. Joseph parti ' Loin de ce fils adroit et cynique, il (le père) tournait comme un homme sans âme, comme un escargot sans coquille ...il buvait de l'absinthe chez la veuve ... il se mit à tuer des mouches. Il les visait, les aplatissait d'un geste adroit, les attrapait délicatement par une patte. Monsieur Vingtrinier ne faisait donc rien, mais ce rien, il le faisait à l'heure. Il tenait un agenda serré de ce qu'il aurait fallu faire au moment où il écrivait. extrait Il s'occupait aussi de donner du mou à son chat Petit-Monsieur, il prenait le pernod du soir chez la mère de Marthe. Monsieur Vingtrinier est le fou assassin, il y a forcément de terrifiantes histoires d'assassins dans ces histoires. Monsieur Vingtrinié fut mis chez les fous.Et son cas servit à une thèse. extrait

La grande négresse : Ce fut au sein d'une grande mélancolie que la noire pharmacienne du boulevard Saint-Michel devint la dame plate, l'icône, la déesse en papier, de l'affiche des "Fruits du Congo". extrait. Cette affiche servait à attirer les jeunes Français à s'engager.

Fredéric Lamourette, orphelin, receuilli par son oncle le docteur Peyrolles, porte un melon, redouble ses math-élem, censé préparer Saint-Cyr, brillant mais son destin est d'être un héros tragique amoureux d'une fantomatique Dora. La Grande négresse le prendra dans ses bras,il mourra devant une ville défendue par les Turcs.

Théo Gardi le violon tzigane du café Russe. Forcefil atteint de diabète graisseux  qui mourut en 3ème, Potter et Pechmarty, le petit Bonheur dont le père tenait les 'plaisirs de Corée' ... un fourmillement de petits personnages, croqués avec humour et exactitude. Family, lampe Pigeon ... Livre à relire, tant il y a de détails qui peuvent un brin lasser si l'on veut tout saisir d'emblée, alors y revenir, car on devient curieusement dépendant de ce récit, parfois il agace, souvent il ravit, mais dans tous les cas il ne laisse pas indifférent.

Les choses périssables ont péri. Le monde s'est vidé des choses, il n'est resté que leur reflet. ... Et la lumière était si belle et si étrange qu'on aurait dit aussi la lumière du bonheur. Les années ne font rien aux choses. Dora a laissé dans nos coeurs le regret d'un bonheur que nous n'avons plus connu. Il y a peut-être un"bonheur des Îles" qui n'est pas fait comme les autres.

Je sais bien aujourd'hui que les pommes du voisin ne sont pas meilleures que celles du verger familial, et cependant toute notre vie est réglée sur cette illusion. Nous ne croyons qu'aux fruits de la négresse.

Et de quoi vous plaindriez vous ? Vous n'aurez "que le ciel et les sables" ? Le ciel et les sables sont grands.

Ce livre est un livre sur la maturité qui évoque un type d'adolescence, il s'en dégage une douce et tendre nostalgie, où l'espoir reste présent, oui, le ciel et les sables sont grands, encore.

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03 février 2013

Veuf - Jean Louis Fournier

Veuf

Dans la lignée de 'on va où papa', écriture drôle, concise, synthétique ... L'auteur aguérri au malheur sait le dompter, s'en tenir à distance, le traiter par l'humour thérapie, par l'ironie un peu caustique ... un malheur, un livre ... pas mal de malheurs donc pour un seul homme, mais un phénix, le bonhomme, un solide qui ne coule pas, une merveille de la résilience. Je reconnais que cela m'agace un peu et je ne sais pas trop pourquoi, ce qui est encore plus agaçant !

Bon, il est quand même le créateur de la Noiraude, et c'était un proche de Pierre Desproges. Il m'agace un peu moins.

Je devrais écrire un livre sur mon fils hummm, c'est peut être là où cela coince chez moi, les malheurs de Jean Louis Fournier (enfants handicapés, perte de sa femme aimée)... écrire ses malheurs suscite une compassion que j'envie ... une sympathie spontanée d'un public qui adore les malheurs à condition qu'ils soient médiatisés par un livre, une télé réalité ..

Merci, madame Freud d'avoir ainsi mis en lumière une certaine mesquinerie chez moi ! Normal que cela m'agace !

Étonnant, non ? 

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20 janvier 2013

Les 1000 et une nuits

1001nuits

Shéhérazade, Ali Baba, Aladin et sa lampe merveilleuse, Sinbad le marin évoquent une petite partie des lectures de mon enfance, il était temps de les rencontrer. L'institut du monde arabe m'en a fourni l'occasion;  l'âge permet ce retour prodigieux aux sources de l'enfance qui nous ont construits tels que nous sommes devenus, et je ne rate jamais une occasion de relier le passé et le présent. Alors j'ai retrouvé mes yeux d'enfant pour regarder, écouter, rêver ... Des Mille et une Nuits Les mille et une nuits

originels, on ne sait rien, si ce n'est qu'ils étaient destinés aux rois; datent-ils d'avant Jésus Christ, rien n'est moins sûr, en 879, on trouve une première trace écrite des Nuits, auteurs inconnus, récits racontés, adaptés, remaniés, copiés, sont ils une traduction d'un ouvrage perse intitulé Mille Contes ou Mille récits extraordinaires, dont il ne reste rien, ou bien sont ils des écrits venus d'ailleurs pour une population ciblée, celle de sang royal, traduits par des savants, repris par des copistes, qui ont chacun re-travaillé le texte, apportant des personnages nouveaux, faisant des Mille et une Nuits un livre en perpétuelle évolution ?

Jacques Emile Blanche 1911

Shéhérazade est l'héroïne incontestable qui vient de l'origine, c'est évidemment celle qui m'a le plus marquée ! faut dire qu'une femme qui raconte des histoires pour ne pas mourir c'est pas banal, à cette époque, on leur demandait surtout de se taire, c'est plutôt réjouissant, caustique même ... nous sommes toutes des Shérérazades  qui racontons des histoires, souvent pour nous même d'ailleurs, n'a pas de Shâhriyâr qui veut, n'a pas de roi qui adore vous écouter qui veut ...Shahrâzâd ou Shéhérazade est la première auteure au final qui doit raconter au péril de sa vie, pas étonnant que les femmes se soient tues si longtemps, pas étonnant que les femmes soient contraintes à se taire encore si souvent ...

1000 et une Nuits

Shéhérazade est la première femme qui doit sa survie à son intelligence seule, à son érudition raffinée. Elle doit aussi cette promotion si je puis dire grâce à 2 autres femmes reines, adultères, tuées par leurs époux (qui étaient frères). Shâhriyâr, l'un des frères décide alors d'épouser chaque jour une vierge qu'il tuera après l'avoir déflorée; 3 ans plus tard, il n'y a plus de vierges vivantes, heureusement le vizir du roi a 2 filles dont l'une Shahrâzâd ou Shéhérazade a lu mille livres, elle propose à son père d'épouser le roi, elle apaise ses sens, tout en maintenant un suspens dans les contes qu'elle raconte, et ce durant mille et une nuits, le roi devenu amoureux décide d'arrêter sa vengeance et lui accorde, enfin, la vie sauve.Lucie Delarue-Mardrus 1906

   

Les manuscrits sont traduits en français pour la première fois en 1704-1717 par Antoine Galland, à partir d'un volume syrien du xv siècle contenant 35 contes, Galland modifie complète  épure. Succès et traduction en danois, allemand et anglais. En 1885-1888 un anglais Richard Burton fait une traduction plus complète, nouvelle traduction de Joseph-Charles Mardrus en 1899-1904 plus érotique, plus exotique, une photo de sa femme qui l'a sans doute inspiré.

 En 1986, traduction de René Kawam à partir de manuscrits originaux anciens. Les Mille et une nuits n'ont pas fini d'être traduits, corrigés, modifiés. Au début du 20ème siècle, l'orientalisme sévit dans tous les domaines artistiques, le cinéma s'en empare aussi, et fleurissent des Shéhérazades pour tous les goûts.Affiche de cinéma

Edmond Dulac 1907

 

Le voleur de Bagdad 1924

                                                 Les artistes illustrent les contes

 

Broche à cheveu René Lalique

L'exposition est hétéroclite et riche, manuscrits originaux, copies, films, musique, opéras, danses, objets orientaux, bijoux, costumes, points écoute de contes, gravures, tableaux ... un souk en somme, coloré, varié où l'on se perd avec délice.  

  

 Les génies exaucent les voeux, profitons en.Le songe de Cosrou 1875

détail Edmond Dulac illustration

 

 

 

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21 décembre 2012

Une semaine de vacances - Christine Angot

une semaine de vacances

Sulfureuse et subtile Christine Angot qui choisit de faire de son histoire un livre que l'on peut qualifier d'érotico-pornographique, et ce n'est pas, les 'c'est bon papa' qui vont apporter au texte à première vue une autre dimension. A la seconde approche, Je crois par contre que ce roman est un espoir pour tous ceux qui subissent l'inceste qui ravage leur jeune vie, Christine Angot démontre par ce livre dont la précision clinique évoque celle de Sade, version très édulcorée de Sade d'ailleurs, donc elle démontre que l'on peut se remettre d'un tel traumatisme, je n'ai pas dit guérir, car on en porte toujours la blessure, mais on peut le sublimer; ce qu'elle arrive à faire avec un parti pris certain pour l'ambiguité qu'elle provoque par le pouvoir érotisant de ce texte chez le lecteur, histoire de le mettre mal à l'aise. Et c'est en cela qu'elle est sulfureuse Christine Angot, pas sur les termes employés, ni sur les images crues ainsi dévoilées. Elle joue sur les 2 tableaux, exciter sexuellement le lecteur, mais en même temps lui rappeler sans cesse qu'il s'agit d'un inceste, et donc chercher à le mettre en situation de père incestueux si d'aventure il est émoustillé, ce qui va forcément l'indisposer à des degrés divers. Belle écriture, sans doute, avec un pouvoir particulier donné aux mots, pas de mots grossiers, uniquement les mots communs que notre société pudibonde a écarté de la conversation ordinaire, leur donnant ainsi une connotation soit érotique jusqu'à la pornographie, soit pseudo médicale. Christine Angot les remet à leur place, ces mots là, et nous laisse libres de les interpréter à notre façon; cela peut déranger.

   

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