01 juillet 2012

Des gens très bien - Alexandre Jardin

jardin

Alexandre Jardin 1965

Petit plaisir de lecture, en général, ce Jardin, où l'on s'échappe le temps d'un livre, pour une virée dans un monde superficiel et léger où l'adultère est joyeux, l'amour toujours bon à prendre, les pères aimants et fantasques (les grand-pères encore plus) les mères très légères (les grand-mères encore plus). Tout cela dans de belles demeures, ensoleillées, où l'argent coule à flot, où des êtres cultivés et élégants donnent le ton, où règne au final une aimable indifférence jubilatoire, licencieuse, libérée de toute émotion négative ou positive. Cela se lit facilement, cela s'oublie facilement, et l'on n'en demande pas plus.

Avec Des gens très bien, Alexandre Jardin reprend les mêmes personnages familiaux : le Nain Jaune, le zubial, la mère, la grand mère, mais c'est leur versant sombre qu'il choisit de nous montrer.

Du côté du grand père, le Nain Jaune, Jean Jardin, c'est carrément noir. 'Mon grand père -Jean Jardin dit le Nain Jaune- fut du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943, le principal collaborateur du plus grand collabo des hommes d'Etat français : Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. Le matin de la rafle du Vél d'Hiv, le 16 juillet 1942, il était donc son directeur de cabinet; son double. extrait.

 Du côté du père, dit le zubial, Pascal Jardin, c'est masque et habit de fête en permanence.' Le Zubial lui même ne pouvait sans doute pas avoir une opinion sur Vichy. Ou seulement par instants fugitifs. Son psychisme entier s'était réfugié dans une logique qui excluait le réel. Fictionner la vie et la vivre follement demeurait son opium'. extrait.  

Quant à lui, Alexandre Jardin, il choisit d'écrire sa vérité d'une histoire familiale devenue si pesante qu'elle lui est intolérable '  Il choisit de quitter le monde rose et bleu qu'à l'instar de son père, il avait créé dans ses livres et dans sa vie personnelle. 'Plus tard, tu ne pourras pas vivre avec le secret des Jardin. Il te tuera. Tu feras un livre pour le camoufler. Au même âge que toi, j'en ferai un pour l'exposer. Et je vivrai la deuxième partie de ta vie ... la mienne'. écrit Alexandre à Pascal son père.  extrait

La démarche est intéressante, et peu importent les faits réels, l'exacte vérité. Alexandre Jardin dépasse ainsi la faute des pères et peut être, modifie t'il ainsi le devenir d'une famille qui se perdait dans des illusions mensongères encombrantes et destructrices. Il en prend seul la responsabilité, en se faisant à la fois juge et avocat. C'est assez intelligent je trouve.

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09 juin 2012

Traîne pas trop sous la pluie - Richard Bohringer

BorhingerRichard Bohringer

J'aime bien, ce mec, une gueule, une voix, une humanité certaine, une rare humilité et des fêlures en veux tu en voilà. Assez talentueux en prime.

L'aéronef aveugle sillonne le ciel à la recherche de ses enfants perdus. Les shootés de l'interféron. Les shootés de l'hépatite C. extrait.

Borhinger est hospitalisé suite à une hépatite C.

Se mêlent aux marguerites tournoyantes (les infirmières) les rumeurs de l'Afrique, boubous multicolores dansent dans ma fièvre, extrait, et lui l'Indien Pas doué pour la vie sage. Un morceau d'humain sanguinolent ... extrait. Et puis pour survivre encore, se sauver en Colombie où Les lourds pélicans s'envolent devant la pirogue. L'heure mauve où la nature elle-même te regarde comme un gringo. extraits. Bohringer retrouve, dans son délire fiévreux des êtres qu'il ne connaîtra pas, son père, sa mère, et ses amis ceux qui sont morts. 

Il y a une musicalité dans l'écriture, façon tambour qui frappe des mots un peu cognés, c'est dire que cela tambourine, un humour un peu tendre, une nostalgie déchirante mais curieusement réconfortante : Ce qui n'a pas été ne sera pas. C'est aussi simple, les regrets ne servent à rien, sinon à écrire. Écrivons comme la locomotive tire ses wagons. Avec le sentiment de s'ouvrir au vent. D'ouvrir le vent. extrait. Exaltation qui en vaut bien une autre, désir éperdu de vivre et pas pressé d'aller Dans l'aéronef là-haut, j'ai mes amis, mes tendres compagnons d'amour. extrait. Aéronef qui viendra pourtant un jour nous chercher. En attendant vivre pour ceux qui vous aiment. C'est une première bonne idée.

Je ne sais pas écrire des histoires à la troisième personne, j'écris ce qui vient, ce qui est venu et j'appelle ce qui viendra. extrait. 

Appeller ce qui viendra. C'est une seconde bonne idée.

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31 mai 2012

Journal d'un corps - Daniel Pennac

journalDaniel Pennac

J'avais bien aimé la série  des Malaussène, je crois me souvenir de l'humour particulier de Pennac qui m'avait enchantée ..

Il écrit toujours aussi bien, c'est toujours profond ce qu'il écrit, avec un peu d'humour, pas trop quand même,  cela manque un peu trop d'humour d'ailleurs, d'ironie, de sarcasmes qui auraient allégé le tout, ah oui, me direz vous, c'est l'histoire d'un corps  sans état d'âme, mais ... c'est long une vie, c'est pas toujours rigolo un corps avec ses déjections diverses et variées, c'est chiant, c'est larmoyant, c'est sécrétant, de multiples façons qui plus est, c'est parfois débectant, pour les autres surtout et pourtant moi dont le métier était de prodiguer des soins aux corps souffrants, j'en ai manipulé des corps aux escarres puantes, aux varices internes éclatant, aux bouches vomissantes, aux orifices souillés de sang, de merde et d'urine .. et sans aucun dégoût jamais de ma part. Mais faut il en faire un livre ? certes, le thème est original, peu couru, mais au bout de 74 années, je vous laisse imaginer tout ce qu'un corps peut vivre ..Les critiques sur ce livre sont fort bonnes en général, certains même attendent avec impatience qu'une femme nous livre les secrets les plus intimes de son corps ... diable, j'en frémis un peu, une femme a plus encore à dire ..

Au bout d'un moment, c'est un peu lassant, alors à lire en plusieurs fois, le laisser en plan puis y revenir un peu pour s'en fatiguer encore.

Moi, au secret des corps, je préfère celui des âmes. On s'y perd beaucoup plus.

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06 mai 2012

Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb

A NothombAmélie Nothomb

Un plaisir certain à lire ce livre là, un agacement tout aussi certain dont l'origine demeure inconnue comme le cancer du héros de l'histoire, ce qui m'amuse un brin, d'ailleurs. Amélie Nothomb est meilleure que nos chercheurs en médecine, si on connaît bien le processus des cellules cancéreuses, on en connaît moins les origines, tout au plus on suspecte des causes probables. Voilà sans doute une des raisons de mon agacement, elle professe beaucoup dame Nothomb, elle a des idées péremptoires sur beaucoup de choses, et surtout des certitudes. Bon, la certitude de la jeunesse peut être ? c'est son premier livre écrit en 1992, elle a 25 ans.

L'histoire est simple, un dialogue tout au long du livre entre le sieur Tach écrivain célèbre mourant, qui est la provocation personnifiée, et un journaliste en face de lui, à la répartie moins vive, à la sensibilité extrême, voire pleurnicharde, ce qui est plutôt rare en général chez nos journalistes. Il n'en faut pas moins de 4 plus nuls les uns que les autres pour permettre à Amélie Nothomb de s'exprimer sur des sujets bateaux, enfance, femmes, masturbation, sexe etc .. puis enfin, une femelle qui sort du lot s'attaque au tas de saindoux et lui fait cracher sa graisse ... peu élégants les termes, j'en conviens, mais à la façon de l'auteure qui écrit par ailleurs assez bien. L'histoire devient un peu abracadabrante, un peu trop laborieuse, et rend le personnage principal plus atteint psychiatriquement que réellement mauvais, ce qui est pour moi un peu décevant.  

Bon, je sens que je vais récidiver dans le Nothomb, encore une fois.

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12 avril 2012

Les jolies choses - Virginie Despentes

 Virginie Despentes née en 1969.

Virginie DespentesUn ventre, mère effacée et dominée par le père, pour 2 jumelles, identiques, mais grimées différemment au point d'annihiler toute ressemblance physique.

L'une, Claudine catégorie pétasse, celle-ci éliminait du monde extrait geignarde mais bimbo, pétasse mais fragile, jambes longues, seins offerts, cul à se damner, une chatte chaude, trésor enfoui entre ses cuisses, une femme qui cherche à faire plaisir aux hommes extrait mais incapable d'aimer, juste une bouffonne, un peu conne et désespérée. Cette tristesse là, Pauline la touche pour la première fois, d'être autant convoitée, et de ne convoiter personne. extraitClaudine, enfant, éteinte et lente, mal aimée par un père violent, parti 3 ans de chez lui, puis revenu, retrouvant Claudine adolescente qui avait sauté sur l'occasion d'avoir un corps conforme aux normes extrait et son père l'avait alors remarquée.

L'autre, Pauline, pas bien humaine mais grunge, cheveu terne, sapée comme un sac, intelligente, mais sauvage, aimant l'amour avec un homme pour la vie, position missionnaire. Son seul truc à elle c'est sa voix J'aime vraiment bien sa voix, y a moyen de faire de jolies choses ... extrait. Elle, petite, avec de l'esprit, vive, plaisait à son père, et puis au retour du père, adolescente refusait d'être coquette comme on refuse de s'avilir extrait. Alors, le père, quand il revint, la rejeta.

Voilà, le père aura décidé ainsi du destin de ses filles. Claudine fera la pétasse pour plaire toujours à son père sans jamais grandir et en mourra. Pauline, plus futée, plus douée, prendra la place de sa soeur, se mettra facilement dans la peau d'une bimbo, car sous ses fringues se cache le même corps que celui de sa soeur, et comme elle a un cerveau, elle, elle mettra le monde à ses pieds, mais y perdra un peu son âme, qu'elle retrouvera avec Nicolas, amoureux des jumelles. Claudine revivra d'une certaine façon en Pauline réconciliée avec la vie. 

Ecriture qui ne manque pas d'humour, ni de mots orduriers, le poids des mots sans doute, avec le choc des images engendrées. C'est tout ou rien, ce style, cela plaît ou débecte ! moi, cela m'indiffère un peu, d'autant plus qu'elle sait aussi écrire de jolies choses.  

Bon, très ciblé, le livre de Virginie Despentes : il faut que les femmes cessent d'obéir aux diktats des médias qui ne pensent qu'à faire du fric : C'est une obéissance aux annonceurs, il faudra que tout le monde y passe. Ils régissent le truc, fil des pages : voilà ce qu'on vend, alors voilà ce qu'il faut être extrait. Là, il faut bien reconnaître qu'elle n'a pas tort. Deuxième message :  Y a pas, c'est un sous genre, le sexe masculin. C'est même pas les filles qui les affolent à ce point, c'est l'idée qu'ils auront la trique. extrait. L'auteur a un compte à régler avec un certain type d'hommes, et c'est son droit, le milieu qu'elle a choisi de représenter permet sans doute cette polarisation sur le thème bimbo, pétasse, sexe etc .. 

Elle frappe fort Virginie Despentes, mais entre les pétasses et les coincées, il y a de la marge pour s'épanouir sexuellement et aimer, en même temps. Cela se nomme d'ailleurs fort simplement amour. Laissons lui le mot de la fin à cette révoltée de la vie qui trouve des solutions.

"Tu connais un truc qui s'appelle "le juste milieu" ? extrait

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10 avril 2012

Tuer le père - Amélie Nothomb

Amélie NothombAmélie Nothomb née en 1967 au Japon. Francophone belge.

C'est décidé, je relis du Nothomb. Me souviens plus du titre du premier roman que je lus d'elle il y a quelques années, mais ce fut aussi le dernier. Je réitère, maintenant, car j'ai le temps et la curiosité un peu titillée par cette échappée d'un roman de J.K Rowling  dont on se demande si elle est une moldu ou une cracmolle.

Amélie Nothom écrit des phrases courtes, sans fioriture. Un style aseptisé. Les adieux sont sans état d'âme. La mère se soucie du fils comme d'une guigne. Le fils méprise la mère. Cela m'évoque ces petites notes en marge dans une pièce de théâtre, qui donnent des informations sur le lieu d'une scène, le ton d'une réplique, les gestes à accomplir et que l'on nomme chose que j'ignorais ou avais oublié depuis des lustres didascalies. L'auteur donne des indications, sobres, libres de toute émotion et de tout jugement, sur ses personnages et sur le déroulement de l'intrigue. 'Elle était dans cet état d'acceptation absolue et de réjouissance universelle caractéristique de l'acide bien toléré' Sur cette notice là, manquent les contre-indications et les effets secondaires

Il n'y a pas vraiment de père, il n'y a pas vraiment de fils dans cette histoire.  C'est l'histoire de deux illusionnistes qui jouent à se leurrer avec l'illusion d'être un père et un fils. Un apprenti magicien doué Joe Whip prend pour professeur un grand magicien Norman Térence; doué aussi d'un certain sens moral, cet Oedipe-Joe-Whip là ne couchera pas avec sa vraie mère, mais avec sa fausse belle mère, compagne de Norman, illusion là aussi ! Plus que sur la tricherie, ce livre est un livre sur l'illusion, mais ce livre là demande à être développé.

Bon, cette lecture me fut laborieuse, mais ce n'est pas une raison suffisante, encore, pour ne pas récidiver et assouvir ma curiosité, toujours, présente.      

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05 avril 2012

Les adieux à la Reine - Chantal Thomas

Chantal Thomas

Les adieux à la reineUniversitaire, historienne, née en 1945, a écrit de nombreux essais sur le XVIII ème siècle.

Les adieux à la reine, est son premier roman, paru en 2002.  

Trois jours d'un mois de Juillet extraordinaire de 1789 au château de Versailles, trois jours où l'on n'entend que les rumeurs, incroyables, de prise de la Bastille, de populace en colère qui se révolte, trois jours d'inquiétude qui font tomber les barrières sociales où les vêtements de nuit aristocratiques se mêlent aux vêtements de nuit plébéiens, dans les couloirs sombres du château dans l'attente de nouvelles. Trois jours où les fastes encore présents de la royauté commencent à péricliter, les serviteurs plus vraiment là, les gardes partis, Marie Antoinette déjà condamnée. Loin des tumultes de la révolution, des cris de la foule, des hurlements de terreur et de douleur des suppliciés,  on accompagne l'incertitude incrédule des courtisans que l'on voit se transformer en angoisse insomniaque, puis en panique d'être décapité pour les uns, violé pour les autres par des lépreux syphilitiques de surcroit puis massacré .... une sorte de thriller révolutionnaire, agrémenté d'images délicates, de petits usages de cour surannés qui ne pouvaient plus durer, futurs vestiges d'une classe qui va mourir brutalement, par manque d'anticipation et d'aveuglement.

Écriture sans défaut, histoire non contestable, personnages savoureux, hauts en couleur, tout est plaisant. On est tour à tour lectrice de la reine, courtisane, servante, favorite, aristocrate coincée, et même, même reine de France. Bon, jusqu'à un certain point cependant, et on se carapate vite fait avec Madame de Polignac et Agathe-Sidonie Laborde sur le chemin d'un exil salvateur.     

Livre à lire avant d'aller voir le film de Benoit Jacquot. Il faut d'abord s'imprégner de l'atmosphère romanesque du livre avant d'aller goûter à la beauté des images du film, où les femmes sont trop belles, les robes itou, et le décor aussi. Le livre en tête,  vous ne céderez pas trop vite à la tentation de vous laisser aller au plaisir des yeux, à la fascination qu'exerce la beauté, en lectrice avertie vous y veillerez ! bon, la caméra à l'épaule qu'encense la critique donne mal au coeur et est en ce qui me concerne non seulement superfétatoire, mais carrément génante. Dieu merci, ces instants durent peu.   

A débattre :

J'en suis convaincue - et ce ne sont pas les dernières images que j'emporterai de ce monde qui pourraient me persuader du contraire -, l'humanité ne progresse pas. Extrait

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30 mars 2012

Charly 9 - Jean Teulé

Jean Teulé

Jean TeuléLes faits relatés traditionnellement :

 Catherine de Médicis s'est révélée assez fine politique, et bonne négociatrice : elle tentera de garder l'équilibre entre les 2 cultes protestants et catholiques, pour éviter à tout prix une guerre civile. Et puis, pour se débarrasser d'un Coligny, elle lancera, après quelques péripéties de cour, le massacre des chefs protestants, et puis, et puis, pourquoi ne pas éradiquer le problème dans son intégralité, alors elle choisira de tirer parti de la faiblesse de son fils Charles IX pour obtenir ce 'Tuez les tous' qui fera d'elle une reine criminelle et qui finira par déséquilibrer complètement le roi Charles IX, alias Charly 9. On y vient donc à ce Charly 9, fou à lier, fou à tuer. Et la truculence de Jean Teulé nous fait re-découvrir ce pan particulièrement sanglant de notre histoire.

De prime abord et conjoncturellement, j'adhère à ce livre avec une retenue surprenante chez une fan de Teulé. Les massacres multiples dans notre monde, le fanatisme religieux bien présents encore, donnent au massacre de la Saint Barthélemy une resonance particulièrement contemporaine. Certes, je retrouve toujours la verve du langage teuléen avec plaisir, la paillardise gourmande des mots, mais le fond de ce roman me parait pour une fois facile, Jean Teulé nous a habitués à détourner les clichés, et là, je trouve qu'il étoffe lourdement, les personnages qui historiquement ont été déjà bien habillés. L'histoire s'est chargée, sans doute à juste titre de les figer dans une réalité horrifique jusqu'à la caricature, est il besoin d'en rajouter, d'autant plus que Teulé touche aussi à la barbarie humaine, si présente de nos jours encore et toujours fort inventive. Et puis, avec le recul, je me dis que bouder mon plaisir est somme toute ridicule, et que ce détournement d'une partie de notre histoire ne fait que révéler avec un humour noir certain, la noirceur potentielle qui est susceptible d'exister en tout humain jusqu'à l'outrance. Et ce n'est pas la faute de Jean Teulé, si hélas, c'est toujours d'actualité.

Sur le plan personnel, cela montre, cette retenue, qu'il y a encore chez moi un vieux fond de conformisme. Ouf, je suis rassurée ! 

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23 mars 2012

Chevalier de l'ordre et du mérite - Sylvie Testud

Sylvie TestudSylvie Testud née en 1971 actrice, romancière, réalisatrice de 'La vie d'une autre' au cinéma.

Ce petit livre aurait gagné à être encore plus condensé. Des détails sans importance au début du récit engendrent un ennui assuré, un désir d'arrêter cette lecture, ce qui est dommage, car il y a un fond certain dans cette histoire, desservi dans les passages inintéressants par l'écriture minimaliste, mais curieusement mis en valeur, ce fond, quand il fait surface par le style même de cette écriture, Sylvie Testud utilise bien l'humour (minimaliste aussi) quand elle a quelque chose à dire, et elle le dit, son héroïne, que sa vie ne lui plaît pas, que son ami ne lui convient pas, cette jeune femme veut exister par elle même, mais ne sait pas qui elle est vraiment, cette jeune femme veut s'assumer seule mais a peur de la solitude, cette jeune femme fait toujours le mauvais choix, professionnel, sentimental, domestique, rien ne va. C'est un constat négatif, désastreux, douloureux.

Qui est cette jeune femme ? une hors normes, une atypique, une particulière, une solitaire, une emmerdeuse, une toquée du rangement de l'ordre et du mérite, ou une femme qui est tout cela à la fois, issue de cette génération qui refuse, à juste titre, le formatage, mais qui peine à trouver la forme de vie idéale. A ce propos, y en a t'il une ? 

Extraits :

Quand le téléphone sonne, c'est obligatoirement pour moi. Il ne sonne jamais.

Maintenant c'est vraiment mieux. Sauf que maintenant j'ai peur de savoir ce que je vais devenir, seule, bientôt vieille, bientôt moche. 

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22 mars 2012

Le coin du voile - Laurence Cossé

L CosséLaurence Cossé

Paru en 1996, ce livre m'attire davantage que le 31 du mois d'Août. Le sujet en est plus savoureux, voire loufoque. Quant à l'écriture, elle flirte avec un humour léger et bon enfant presque tout au long du livre.

Ce roman avec pour toile de fond Dieu se passe sur 8 jours.  L'affaire vient de la base religieuse, les casuistes, théologiens qui ont réponse à tout au nom de la raison et de leur foi (bonne évidemment). L'affaire en question c'est la preuve de l'existence de Dieu établie par un doux illuminé Martin Mauduit professeur de physique chimie et prêtre dans le passé, Il avait perdu - la foi, sans doute pas, il n'avait jamais eu exactement la foi, puisqu'il lui fallait la certitude-, en tout cas la claire vision de son ministère. extrait. Mauduit soumet cette preuve à un Bertrand Beaulieu, un radical, scrupuleux, un fossoyeur de la tradition qui la soumet à son tour à un autre prêtre Hervé Montgaroult capable tout au plus de seriner son cours d'ontologie cataphatique. Les deux branquignoles soutanés le soumettent à Hervé Le Dangeolet, leur provincial qui met sur place in petto et fissa (il adore ça, ces petites expressions le Dangeolet) une commission d'examen de la preuve avec 2 spécialistes, Michalet et Schmuckermann. Sur ce pour éviter la contagion, il coffre-fort la dite preuve. Les 2 experts sont contaminés à leur tour. Le Provincial avise alors la haute sphère : le Général de la compagnie des casuistes.

Les politiques vont s'en mêler, pour eux il y a risque de passer dans le domaine publique si l'affaire s'ébruite, et de là à susciter un trouble publique, il n'y a qu'un pas. Il faut 'en-di-guer-la-la-me-de-fond' (extrait). Détruire la preuve et neutraliser les branquignoles devient leur course poursuite qui les mènera, bien sûr, tous à Rome.

Laurence Cossé ne lève aucun voile sur la preuve de l'existence de Dieu, le contraire aurait été surprenant ! Elle n'argumente rien, ne prend pas parti, se contente de nous offrir un échantillon assez jubilatoire, limité à l'espèce humaine politique et religieuse. Elle met en scène une pièce où le pouvoir religieux et le pouvoir politique trouvent une entente pour écarter toute menace extérieure susceptible de rogner leur souveraineté au détriment bien sûr des moins puissants. Cela se passe en douceur, sans violence, presque sans victime, enfin une seule. Ce n'est pas très grave.( extrait) 

Le doute sur l'existence de Dieu était la seule formule viable pour l'humanité. Croyait qui voulait, ne croyait pas qui préférait. Pas plus de certitude pour l'un que pour l'autre. Un respect mutuel- mis à part les ères de certitude. La certitude, quelque soit son bord engendre le fanatisme. (extrait) 

Au fond, le doute est le seul contrepoids aux folies humaines. C'est la raison, le doute. extrait.

Alors, n'hésitons pas, doutons. 

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