11 octobre 2014

Mommy de Xavier Dolan

 

Mommy

Film canadien mettant en scène un jeune atteint de troubles du comportement qui peuvent aisément le faire basculer dans le crime et une mère qui le sort d'un établissement psychiatrique dont il a été exclu. Evidemment on n'entre pas dans la légèreté avec ce thème, mais Xavier Dolan choisit de nous montrer surtout l'amour maternel et l'amour filial qui sont assez fusionnels souvent dans ce contexte particulier. Il y a de grands moments de joie dans ce film, mais toujours  sur le fil du rasoir, on sent que cela peut vite dégénérer; la sensibilité très vive du fils est confrontée en permanence à la volonté maternelle de ramener à l'ordre ce fils dangereux. Xavier Dolan nous dépeint fort bien ce rapport mère-fils pas ordinaire lorsque la psychiatrie s'en mêle. L'amour ne peut rien guérir même avec la meilleure volonté possible. Et l'on peut par amour céder à la facilité en s'aveuglant d'espoir. Mais où est la facilité ?

Cela pourrait être insupportable ce film, mais grâce au diable le réalisateur est canadien et utilise un petit dialecte québécois savoureux (avec des sous titres fort bienvenus) il manie avec une certaine jouissance très contaminante des termes vulgaires, il met en scène un troisième personnage féminin Kyla à la pathologie imprécise, mais bègue, paumée et enseignante en sabbatique, alors ce petit trio réussit sans problème à nous faire rire, à nous attendrir, à se rendre attachant même Steve qui devient fou à lier quand il est en crise .. Mais voilà, il a raison Xavier Dolan, la vie c'est comme ça, le drôlatique se mêle au drame, le pathétique à l'absurde, la tendresse à la peur, l'espoir à la mort.

Très bon film servi par d'excellents comédiens Anne Dorval, Suzanne Clément et Antoine Pilon.

 

Posté par maison43 à 17:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


30 décembre 2012

A ce soir - Laure Adler

Laure Adler

Laure Adler écrit un livre sur la fin de vie de son fils Rémi mort au cours de sa première année.

17 ans après, elle souhaite l'évoquer dans un livre qui se lit aisément, à la belle écriture sans sensibilité larmoyante. Des mots qui expriment la douleur profonde, celle qui égare, celle où les larmes sont dépassées, celle où l'on s'enferme comme un insecte sous une lampe ou sous un verre, qui cherche inutilement à sortir de cet emprisonnement de douleur, se heurtant, devenu fou, aux parois. 

Laure Adler redonne vie à ce fils, le concrétise sous forme de livre. Elle y soigne sa douleur, sa culpabilité d'avoir vécu après. On n'oublie jamais la mort d'un enfant, on s'habitue à la douleur.

La vie n'est plus la même après un tel déchirement. La mort rôde autour de vous toujours et 'a vite fait de vous murmurer à sa façon, en A ce soir qui résonne comme une menace'. extrait

Posté par maison43 à 18:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

04 mars 2012

La fille de son père - Anne Berest

anne berestAnne Berest née en 1979, études littéraires sur la dramaturgie baroque, a travaillé aux Carnets du théâtre du Rond point, a participé à l'adaptation et la mise en scène d' Un Pedigree de Patrick Modiano' avec Edouard Baer et vient d'écrire son premier roman ' La fille de son père'. 

Les enterrements, elle connaît, celui de sa mère d'abord il y a 24 ans, puis, l'enterrement d'un amant de 15 rapports sexuels exactement, -'de la chair consommée sans importance-' (extrait), puis 10 ans plus tard l'enterrement de son père le géniteur, elle, la fille de son père. 

Trois soeurs, trois filles à son père donc, trois filles à Martine aussi, celle qui est morte à 38 ans, celle qui pollue la vie de Catherine, la belle mère des 3 soeurs qui ne l'acceptent pas cette Catherine qui offre pourtant un beurrier en forme de chaumière miniature sur une petite assiette verte, cette Catherine qui ose révéler que Martine  a fait un enfant avec un autre ce qui n'est pas très catholique. Et voilà, le pavé est lancé dans la mare, le roman alors s'emballe délicieusement dans une enquête pseudo policière, un indice nous a été donné .. mais la chute n'est pas dans le mystère défloré, mais dans la manière d'évacuer le problème : 'Ce qui de lui en moi demeure. Même moi j'ai oublié'. Le père est celui qui élève.

Assez jouissif ce roman sur les relations entre soeurs, les relations entre père et fille, l'auteure ne s'appesantit pas sur les ressentis des héros, ne psychotise rien, ce qui change agréablement de la plupart des romans actuels, livre court qui se lit fort rapidement et qui est prometteur. Un autre livre doit suivre, on l'attend.

Posté par maison43 à 19:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

18 janvier 2012

Mauvaise fille - Justine Levy

jlJustine Lévy est une fille de son époque, celle où l'on n'hésite plus à divulguer les histoires de famille, même les plus scabreuses. On se livre en pâture à une certaine presse dont raffolent beaucoup de gens. Le malheur des autres faisant non pas le bonheur des autres mais amenant à un certain relativisme sur ses propres problèmes. Une littérature-réalité en quelque sorte. Un premier livre en 95 sur ses rapports-souvenirs avec sa mère, un second en 2004, sur la fin médiatisée de sa relation conjugale, et puis un 3ème en 2011, pour clore une certaine part de sa vie :

Mauvaise Fille 

 Née en 1974, Justine Lévy a un père encombrant, BHL, père toujours présent cependant quand il le faut, sa mère Isabelle, Alice dans le roman, une beauté ex mannequin mène une vie marginale peu compatible avec l'éducation d'un enfant. La vie n'étant décidément pas rose pour cette femme, elle meurt jeune d'un cancer du sein. Justine Lévy raconte l'agonie de sa mère, qui coïncide avec sa première grossesse, ce qui n'est pas l'idéal pour aborder une maternité sereine, avec en plus l'impression coupable de remplacer une vie qui s'éteint par une vie qui commence. La nouvelle née chassant la morte. 

Je souhaite à l'auteure que cette littérature-thérapie soit efficace. Cela se lit bien avec peut être un peu de lassitude quant à l'évocation récurrente de ces enfances perturbées par des parents à l'existence saccagée.  

Je pense qu'il y a des romans qu'on lit quand on est jeune, ce qui n'est pas mon cas ! Voilà ce roman n'est pas fait pour un vieux fossile carapacé. En fait, après avoir terminé le bouquin, je me dis que la seconde partie, à la fin quand sa mère l'a enfin délivrée du fardeau qu'elle était, Justine Levy endosse mieux le rôle de fille avec mère morte, que celui de fille avec mère déjantée, et cela me touche plus, sans doute parce qu'il fallait effectivement que cette mère là si peu à la hauteur meurt pour laisser la place entière à cette petite née, pour que sa mère puisse l'aimer, se consacrer pleinement à elle, sans l'ombre menaçante de cette mère-enfant, car Isabelle- Alice était une enfant devenue mère par erreur de casting. C'est compliqué cette phrase où l'on ne sait plus démêler qui est la mère de qui ! Mais c'est compliqué, d'être fille, c'est compliqué d'être mère ....

Au final, c'est beaucoup plus simple d'être ... grand-mère ! 

Posté par maison43 à 18:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 janvier 2012

Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan

Delphine ddve Vigan

Née en 1966, devient romancière à plein temps à partir de 2007. mère de 2 enfants

 

Rien ne s'oppose à la nuit 2011

Pas vraiment un roman, pas vraiment une biographie, pas vraiment un essai, mais un mélange des 3, avec une volonté de la part de l'auteure de tout dévoiler, du moins de ce qu'elle sait ou croit savoir, elle écrit sa vérité et reconnaît que ce n'est pas forcément celle des autres membres de sa nombreuse famille.

Tout tourne autour de Lucile, la mère de Delphine, qui souffre de psychose maniaco dépressive nommée maintenant trouble bi-polaire, et qui en l'absence de traitement approprié, a un comportement proche de la folie. On suit un peu cette histoire comme un roman policier, la victime est belle et attachante par son côté mystérieux, les suspects qui ne sont pas forcément coupables forment une famille sympathique, vivante, où les portes claquent souvent, les drames surviennent en toute simplicité, si si, il y a un détachement de l'auteure que l'on peut comprendre, celui de ceux qui subissent beaucoup de drames. Bien sûr en ce qui concerne sa mère, Delphine de Vigan a moins de recul, la souffrance est bien présente, et l'écriture est peut être là pour exorciser cette douleur.

La vie de Lucile se termine brutalement parce qu'elle le désire, entraînant l'inévitable culpabilité de ses proches.

Delphine de Vigan se pose la question de savoir si elle aurait pu empêcher ce suicide :

"-.. mon fils répond lentement, à mesure qu'il note : "Non. Personne ne peut empêcher un suicide.

Me fallait il écrire un livre, empreint d'amour et de culpabilité, pour parvenir à la même conclusion ? "-

Oui, sans doute cela était il nécessaire, pour tenter de trouver une signification à tous les drames qui ponctuent son récit, pour remettre les pendules à l'heure, sans condamner personne.

Si votre famille n'est pas la famille idéale, si certains évènement de votre vie ne sont pas ceux dont vous aviez rêvés, lisez 'Rien ne s'oppose à la nuit'. Je trouve que cela fait un bien fou. La vie n'est décidément pas un long fleuve tranquille. Pour personne.

Et cela rassure.

Posté par maison43 à 11:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

07 décembre 2011

Olivier Adam

Né en 1974 en banliodeue parisienne. Vit actuellement à St Malo

Falaises 2004

Étretat, une jeune femme qui se lance de la falaise. Son fils, des années-souffrance plus tard survit dans le traumatisme de la mort brutale de cette femme-oiseau réduit à cette chute, dans le traumatisme de la brutalité du père dont on ne saura presque rien d'autre, dans la résignation à l'éloignement du frère qui va mal. L'espoir est là, ténu, avec une femme et une petite fille.

Et il y a les mots qui disent la souffrance de ceux mal adaptés à la vie, les simples, les authentiques, ceux qui ne feront jamais aucune concession.

Livre sur une enfance saccagée, par le suicide d'une mère, sur 4 vies saccagées.

Le coeur régulier 2010

Sarah, dont le frère vient de mourir, part sur les traces de ce frère très paumé au Japon. Une falaise, encore est là pour ceux qui ne peuvent plus vivre. Un homme qui tente de les sauver. Il a sauvé et recueilli Nathan. Il accueille Sarah qui n'aime plus sa vie qui l'a éloignée de son frère. Par sa pensée qui chemine, elle rejoint ainsi son frère.

Happy end. Sarah quitte son mari et sa vie. Elle retrouve ses enfants apaisée, et attend la venue au monde de l'enfant de son frère qui est mort libéré.

Livre sur la résilience d'un deuil accidentel, sur la possibilité d'échapper à une vie programmée.

A l'abri de rien 2007

Marie ne s'est jamais remise de la mort de Clara sa soeur. Elle épouse la première main tendue qui lui fait 2 enfants. Sa vie est remplie de riens. Elle trouve alors plus misérable qu'elle, des réfugiés pourchassés par les autorités. Ce rien là l'emmène dans un gouffre dont elle pense ressortir, un jour, plus tard, grâce à ses enfants qui représentent, un peu tard, l'espoir.

Des 3 romans cités, celui là est le plus noir, le plus désespérant.

L'écriture pour cet homme là est pour le moment acte thérapeutique. Elle peut être pour nous aussi, lecteurs, médicinale.

A consommer avec modération donc, équilibrer les doses pour éviter surdosage possible.

Posté par maison43 à 11:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,