30 décembre 2012

A ce soir - Laure Adler

Laure Adler

Laure Adler écrit un livre sur la fin de vie de son fils Rémi mort au cours de sa première année.

17 ans après, elle souhaite l'évoquer dans un livre qui se lit aisément, à la belle écriture sans sensibilité larmoyante. Des mots qui expriment la douleur profonde, celle qui égare, celle où les larmes sont dépassées, celle où l'on s'enferme comme un insecte sous une lampe ou sous un verre, qui cherche inutilement à sortir de cet emprisonnement de douleur, se heurtant, devenu fou, aux parois. 

Laure Adler redonne vie à ce fils, le concrétise sous forme de livre. Elle y soigne sa douleur, sa culpabilité d'avoir vécu après. On n'oublie jamais la mort d'un enfant, on s'habitue à la douleur.

La vie n'est plus la même après un tel déchirement. La mort rôde autour de vous toujours et 'a vite fait de vous murmurer à sa façon, en A ce soir qui résonne comme une menace'. extrait

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21 décembre 2012

Une semaine de vacances - Christine Angot

une semaine de vacances

Sulfureuse et subtile Christine Angot qui choisit de faire de son histoire un livre que l'on peut qualifier d'érotico-pornographique, et ce n'est pas, les 'c'est bon papa' qui vont apporter au texte à première vue une autre dimension. A la seconde approche, Je crois par contre que ce roman est un espoir pour tous ceux qui subissent l'inceste qui ravage leur jeune vie, Christine Angot démontre par ce livre dont la précision clinique évoque celle de Sade, version très édulcorée de Sade d'ailleurs, donc elle démontre que l'on peut se remettre d'un tel traumatisme, je n'ai pas dit guérir, car on en porte toujours la blessure, mais on peut le sublimer; ce qu'elle arrive à faire avec un parti pris certain pour l'ambiguité qu'elle provoque par le pouvoir érotisant de ce texte chez le lecteur, histoire de le mettre mal à l'aise. Et c'est en cela qu'elle est sulfureuse Christine Angot, pas sur les termes employés, ni sur les images crues ainsi dévoilées. Elle joue sur les 2 tableaux, exciter sexuellement le lecteur, mais en même temps lui rappeler sans cesse qu'il s'agit d'un inceste, et donc chercher à le mettre en situation de père incestueux si d'aventure il est émoustillé, ce qui va forcément l'indisposer à des degrés divers. Belle écriture, sans doute, avec un pouvoir particulier donné aux mots, pas de mots grossiers, uniquement les mots communs que notre société pudibonde a écarté de la conversation ordinaire, leur donnant ainsi une connotation soit érotique jusqu'à la pornographie, soit pseudo médicale. Christine Angot les remet à leur place, ces mots là, et nous laisse libres de les interpréter à notre façon; cela peut déranger.

   

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28 octobre 2012

Incidences - Philippe Djian

incidences

Ils nous en parlent tous en ce moment, de la difficulté d'être écrivain; chaque automne, déjà la petite Nothomb nous verse une larme à ce sujet, tandis que Naulleau en profite régulièrement  pour demander à Nothomb de faire une pause; même Luchini, le héros  prof de français du dernier film d' Ozon 'Dans la maison', a pour thème, entre autres, ce sujet ... Alors retrouver la question dans le premier livre que je lis de Philippe Djian 'Incidences' ne m'étonne pas vraiment. C'est un thème récurrent et à la mode !

L'histoire d'Incidences

De la ménagère de moins de 50 ans,( il ne faut quand même pas exagérer), à l'étudiante jolie ( qui voudrait d'une laide ?), toutes rêvent de passer dans le lit de Marc, fumeur impénitent et charmeur de 53 ans accessoirement prof de français , excellent masseur des chevilles de sa soeur, fragile des reins surtout quand il transporte un corps inerte de jeune femme morte.  Lui qui est toujours sorti avec des filles de moins de 26 ans, en dehors de sa soeur avec laquelle il entretient des rapports incestueux, devient amoureux de la belle mère de la jeune femme morte, 46 ans mais belle. Un policier mal embouché inerte lui vaut à nouveau une lombalgie fort douloureuse. Il aime le feu, Marc, feu purificateur, de ceux qui se sont mal conduits lors d'une enfance traumatisante, du psychopathe dangereux qu'il est. Alors Boum !

Voilà pour l'histoire qui se tient.

 Le narratif n'est pas désagréable, Djian a le sens de l'intrigue, le goût des chutes brutales, un rythme assez soutenu, on ne s'ennuie pas. Mais le descriptif est parfois banal :

 Les moteurs n'arrêtent pas de vrombir,   le noir et le sang sont d'encre, la lune brille dans le ciel 

Le moteur en refroidissant cliquetait comme un squelette.

Et une petite dernière de bon goût ' ... pour examiner les fesses de Myriam, pour tenir son nez au dessus d'elle et de sa limace alanguie, gonflée sidérante'.  Sidérant,  c'est bien le qualificatif qui convient aussi !

Bon, je chipote, un peu, par plaisir, je pinaille !! Ce n'est pas le plaisir pur des mots que l'on cherche dans ces livres, c'est un petit ensemble qui fait passer un petit moment agréable. 

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09 juin 2012

Traîne pas trop sous la pluie - Richard Bohringer

BorhingerRichard Bohringer

J'aime bien, ce mec, une gueule, une voix, une humanité certaine, une rare humilité et des fêlures en veux tu en voilà. Assez talentueux en prime.

L'aéronef aveugle sillonne le ciel à la recherche de ses enfants perdus. Les shootés de l'interféron. Les shootés de l'hépatite C. extrait.

Borhinger est hospitalisé suite à une hépatite C.

Se mêlent aux marguerites tournoyantes (les infirmières) les rumeurs de l'Afrique, boubous multicolores dansent dans ma fièvre, extrait, et lui l'Indien Pas doué pour la vie sage. Un morceau d'humain sanguinolent ... extrait. Et puis pour survivre encore, se sauver en Colombie où Les lourds pélicans s'envolent devant la pirogue. L'heure mauve où la nature elle-même te regarde comme un gringo. extraits. Bohringer retrouve, dans son délire fiévreux des êtres qu'il ne connaîtra pas, son père, sa mère, et ses amis ceux qui sont morts. 

Il y a une musicalité dans l'écriture, façon tambour qui frappe des mots un peu cognés, c'est dire que cela tambourine, un humour un peu tendre, une nostalgie déchirante mais curieusement réconfortante : Ce qui n'a pas été ne sera pas. C'est aussi simple, les regrets ne servent à rien, sinon à écrire. Écrivons comme la locomotive tire ses wagons. Avec le sentiment de s'ouvrir au vent. D'ouvrir le vent. extrait. Exaltation qui en vaut bien une autre, désir éperdu de vivre et pas pressé d'aller Dans l'aéronef là-haut, j'ai mes amis, mes tendres compagnons d'amour. extrait. Aéronef qui viendra pourtant un jour nous chercher. En attendant vivre pour ceux qui vous aiment. C'est une première bonne idée.

Je ne sais pas écrire des histoires à la troisième personne, j'écris ce qui vient, ce qui est venu et j'appelle ce qui viendra. extrait. 

Appeller ce qui viendra. C'est une seconde bonne idée.

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10 mars 2012

Bref séjour chez les vivants - Marie Darrieussecq

marie DarrieussecqMarie Darrieussecq née en 1969. Psychanalyste, écrivain.  

 Si on aime les mots,  y en a, à profusion, à confusion jusqu'à presque répulsion.

Si on aime l'introspection labyrinthe, y en a aussi, entrecroisée, entremêlée, entre 4 esprits de femmes : 

Jeanne, l'aînée des 3 filles qui vit près de Buenos Aires, pas loin du Tigre avec Diego.

Anne, la seconde fille, linguiste, vit à Paris 'sensitive comme une madrépore'. extrait. Anne est celle qui croit que 'seulement elle souffre, a souffert, souffrira' . extrait. Celle qui ressemble le plus à sa mère. Un peu plus déjantée que les autres. 

Nore, Eléonore, la petite dernière des filles,' habitée, utilisée, disposée de telle ou telle façon par le rêve, recomposée par les rêves dont on n'était que le moyen'. extrait. Nore, étudiante en littérature (la mort de Sardanapale est-elle la mort du romantisme), vit avec sa mère qui vit avec Momo, un kabyle à la face de pizza. Nore a les yeux verts de son père John qui vit à Gibraltar.

La mère, the mother, la madre. Y pense tous les jours la mère à' ce matin, les roses fraîches, et le premier vent d'automne, clair, léger, odorant'. extrait.

Et lui, l'enfant-fantôme. 'Et lui jouant entre nous dans son petit maillot rouge, débitant ses histoires en babillant, il sentait la mer tout un côté de sa tête était un grand mollusque, ses propres chairs transformées par la mer en coquillage de lui même.' extrait.

 Si on aime le délirant, l'outre mesure, l'excessif, le débordant, y en a , y en a .. et moi j'aime.

Évidemment, c'est comme tout, quand ça dérange un peu, faut s'y faire, faut s'y adapter, faut s'y couler et se laisser dériver avec l'auteure, qui est une psychanalyste, qui a dû en entendre des mots décousus, des puzzles de mots à reconstituer.

Mais c'est ludique, un peu comme un jeu de piste avec des mots-maux, et d'ailleurs y a même dans l'histoire un momo. Et puis il y a une musique étrange née de ces mots en faux désordre, une symphonie poétique qui berce les douleurs que l'on porte en soi et que l'on apprend, ainsi, à apprivoiser pour continuer à vivre.   

 Mots pour ide

Sardanapale : dernier souverain d'Assyrie selon les grecs, personnage légendaire, tableau de Delacroix. Babylone assiégée, Sardanapale se suicide entouré de son harem et de ses chevaux.  

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