09 mars 2016

Kristin Marja Baldursdottir - Karitas livre 1 et livre 2

Baldursdottir 1Baldursdottir 2Il y a bien longtemps que je n'ai pas accroché à un livre. En voici, un rédigé par une islandaise née en 1949 et paru en 2 tomes, le premier intitulé L'esquisse d'un rêve, le second L'art de la vie.

Roman qui traite d'une émancipation féminine en Islande, ce qui en 1915 (date du début du récit) reste encore une exception, et pas n'importe laquelle, il s'agit d'une femme  Karitas née en 1900 qui se vouera à l'art du dessin et de la peinture. Née du peuple, elle aura grâce à l'opinatreté d'une mère veuve chargée de 6 enfants une destinée peu commune. Cours Karitas et ne laisse personne t'arrêter. extrait. Mère de 3 enfants, elle en sera plus ou moins dépossédée au cours de l'histoire et ira à Paris en 1949 où elle verra les oeuvres contemporaines qui l'influenceront comme Poliakoff, De Staël, Vieira da Silva, Vasarely, et d'autres encore. Elle ira à Rome et à New York et atteindra une renommée internationale. La force de ce roman réside dans sa narration où chaque épisode important de sa vie se synthétise en une oeuvre d'art écrite rien que pour nos yeux libres d'imaginer cette peinture ou ce dessin. Côté romanesque, nous en avons aussi pour notre compte, un amour d'une vie, son mari, le père de ses enfants, marin qui lui préférera la mer bien souvent, ce qui tombe plutôt bien puisqu'elle même privilégiera toujours son art. Alors leurs rencontres fort peu fréquentes sont aussi un fil conducteur du roman, lui veille financièrement sur cette famille dispersée, elle, les suit de loin à travers ses tableaux où elle raconte la vie de ces femmes qui l'entourent, de ces hommes qui s'éloignent. Une de leurs petites filles continuera sur la voie de l'émancipation et briguera un poste de politicienne. Elle aura le bonheur de fermer les yeux de son mari revenu mourir à ses côtés en 1985, elle lui survivra 15 années en peignant toujours et puis à l'aube de ses 100 ans, elle, issue de la mer (sa mère la mit au monde en bordure de mer alors qu'elle ramassait des algues rouges) y retournera à cette mer lisse comme un miroir avec le soleil en face comme si elle pensait nager vers le large. extrait  

Livre de senteurs aussi ce film, fumet des poissons, arôme sucré des petits gâteaux, odeur de la peinture; livre qui laisse l'esprit vagabonder, s'envoler vers un ailleurs. Livre réjouissant qui célèbre la Femme plutôt que la Mère. 

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10 octobre 2014

Melodrama - Jorge Franco

Melodrama

Trois générations se suivent dans une aventure assez réjouissante dans ses excès, qui rappelle les mélodrames de la fin du XIX siècle, dans un style toutefois plus contemporain et assez original, dans une mise en scène théâtrale où la voix off d'un des héros du livre Vidal donne quelques informations de façon à ce que nous nous restions toujours dans le doute quant à la véracité des souvenirs. ' Une partie vient de mes souvenirs, une autre de ce qu'on m'a raconté et le reste je l'invente' extrait. Voilà aussi la force de ce roman, des petites pensées universelles dans lesquelles le lecteur peut se retrouver. Autre particularité du roman, rien n'est dévoilé vraiment d'emblée, tout se déroule par petites énigmes qui se résolvent au fur et à mesure de la lecture.

Le narrateur, c'est Vidal un colombien né en 1967 beau comme un Dieu qui fréquente les hammams qui sont pour lui le seul moyen de survivre, de vivre de son corps, et d'en mourir aussi d'ailleurs ! Sa mère c'est Perla mariée à un Osvaldo pour se libérer de l'emprise maternelle qui concevra son fils au cours d'une unique nuit torride avec un inconnu; en 1969 Amstrong pose le pied sur la lune, Perla commence à boire et Vidal âgé de 2 ans suscite déjà le désir chez son initiateur oncle Amorcito. C'est également à l'âge de 2 ans que mourra noyée Sandrita, fille du couple Perla-Osvaldo, partie se baigner avec Perla ivre-morte. Perla aimera son fils fusionnellement jusqu'à l'inceste une unique nuit Vidal alors adolescent. Perla détruite par sa mère qui détruira elle aussi. Troisième personnage important du roman, celle qui est à l'origine de tout finalement, la grand mère Libia jeune oie blanche dont la défloration fera d'elle une persécutante aigrie et maniaque pour ses filles, et autour de ces 3 là, une multitude de petits personnages portant chacun une blessure, car chez Jorge Franco (écrivain colombien né en 1964) il n'y a que  des êtres meurtris dans son roman. En parallèle l'évocation de la Colombie de ses catastrophes géographiques et violences sociales en tous genres que Jorge Franco nomme Le Monstre. Monstre que Vidal voudra fuir et qu'il emmènera tapi au fond de lui, car tous nous avons des petits monstres qui nous suivent où que nous allions. Livre dense, assez cru parfois qui se déroule soit en Colombie, soit à Paris avec des analepses (retours en arrière) permanents qui nous amènent tout doucement au dénouement final. 

Livre sorti en 2006, traduit en 2010.

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14 juillet 2014

Trente ans d'amour fou - Dominique Rolin

Dominique RolinDominique Rolin  1913-2012 mêle dans ses romans quelques parcelles autobiographiques à une fiction où se confrontent le Temps, la Mémoire et l'Amour. Confrontation entre le Dessus et le Dessous, soit l'Aujourd'hui et l'Autrefois. Jim est l'amoureux depuis 30 ans, elle, est plus âgée d'une beauté toujours bouleversante. Entre eux de l'amour et de l'écriture. Elle a un double, celui que le miroir lui donne, elle entretient avec cet autre ego un rapport particulier, basé sur une bienveillante sympathie. Celle du miroir vieillit, Celle du miroir détient les temps anciens tantôt unissants, tantôt hostiles, mais qui permettent à l'autre elle de rester en toute plénitude celle qu'elle veut être, donc ce qu'elle est. Elle doit à Jim de ne plus être soumise à ses souvenirs, mais de les dominer. Ainsi elle les transforme à sa guise, ces souvenirs qui correspondent à la réalité qu'elle a recréée, à sa vérité qu'elle a rêvée, mythe ou réalité qu'importe après tout, cela devient de la belle écriture. Le présent ce sont ces 30 ans passés dans la présence d'un être aimé, pas à elle, ni même toujours à ses côtés, mais toujours là à l'aimer( livre écrit en 1988).

Ce sont en fait 55 ans passés à s'aimer, quand même et toujours, jusqu'à la mort de Dominique Rolin en 2013. Le passé rejoint ainsi le présent. 23 ans d'écart entre Jim et la narratrice, et l'amour qui résiste à tout, au temps qui la vieillit si bien, à d'autres amours de l'homme aimé, discrétion sur ses possibles autres amours à elle, et par dessus tout l'écriture qui leur est indispensable à tous les deux et qui les fait vivre autant que l'amour qu'ils veulent bien se donner. Jim est Philippe Sollers. 

Il y a plusieurs lectures possibles du livre de Dominique Rolin, et l'on peut choisir celle qui nous convient le mieux.

C'est pour moi un hymne à la vie, un hymne à l'amour, c'est aussi un hymne à l'écriture, aux mots, à l'inspiration.

La vie est bonne avec ses courbures irrésistibles, ses capricieux détours qui n'en sont pas et ses feintes, merci, merci, Vie ! Je peux tout juste commencer à entrevoir ce que, dès le début, elle a voulu de moi. extrait

Je vis parce que j'écris. J'écris parce que Jim est là vivant. extrait.

'J'ai été la dactylo de mes rêves' 15 Décembre 2005 'Interlocution' Dominique Rolin- Philippe Sollers

Sacrée femme cette Dominique Rolin et restée belle jusquà la fin de sa vie.

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19 septembre 2013

Sabina Berman - Moi

Moi

Née en 1956 à Mexico, a suivi des études de psychologie, écrit des pièces de théâtre, des poèmes, des romans, réalisatrice de longs métrages.

Moi, la fille qui plongeait dans le coeur du monde.

Karen petite mexicaine a la chance de naître une seconde fois en 1978, elle a quelques années déjà .. un passé obscur d'enfant mal aimé, laissé à l'abandon, on dirait que c'est une autiste, Sabina Berman a étudié l'autisme durant ses études, alors, allons-y pour une petite autiste. Donc à la mort de sa soeur, Isabelle recueille sa nièce Karen petite sauvage et décide de la faire rentrer dans les normes. Elle sait plus de choses que les humains, cette Karen, ces drôles d'humains qui ne connaissent les choses que par leur nom, et qui méconnaissent l'existence des choses sans les inutiles mots qui les qualifient. Karen est différente, de cette différence que l'on ne peut normaliser. 'Je serai près des humains, mais loin' extrait. Belle définition des différents en tous genres, je trouve. Tout ce qui concerne Karen et sa difficulté de vivre son anormalité dans un monde normal me plaît, cela se gâte avec les thons !

Outre les êtres différents, Sabina Berman connaît aussi les thons, du moins l'exploitation industrielle des dits thons .... elle évoque donc le massacre des thons (ce qui évoque pour moi celui des baleines, le massacre des éléphants,l' exploitation des fourrures de tous poils etc ), en bref elle évoque la disparition des espèces animales engendrée par les humains, avec pour question majeure : quel est le plus bête des deux ? le roman s'égare un peu dans tous les sens, je trouve, et patauge un peu, comme moi d'ailleurs dans la suite de la lecture de ce roman; j'ai du mal à comprendre où Sabrina Berman cherche à nous emmener. Je suis comme Karen je crois, je ne comprends pas tout, je suis d'une intelligence sélective !!!! 

J'attends cependant avec impatience de pouvoir lire un autre livre de cette auteure pour confirmer ou infirmer cette drôle d'impression que me laisse le livre.

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17 septembre 2013

Truismes - Marie Darrieussecq

Truismes

Cet été, dans ma campagne montagneuse, j'ai donné dans la lecture animaliste, après les thons de Sabina Berman, la truie de Marie Darrieussecq, animal renommé pour sa saleté, mais pas que, et qui métaphoriquement tient une grande place dans le coeur de l'humanité : un homme peu raffiné est vite traité de sale porc, pour une femme on optera pour une sale truie, par contre quand il s'agira de définir le côté salace, sexe confondu, on parlera de vieux cochon, ou de grosse cochonne ... Vous noterez  au passage que les adjectifs donnés à l'animal renforcent surtout le caractère de l'humain que l'on veut ainsi déprécier ou insulter, car un vieux cochon si il n'est qu'animal, n'est qu'un animal vieilli, de même qu'une grosse cochonne n'est qu'une truie grasse, par contre associé à l'humain le vieux cochon est un homme lubrique, quant à la grosse cochonne, c'est une nymphomane, une femme qui aime la baise plus que la bienséance ne le tolère ...et la bienséance est par essence intolérante. Bref c'est l'humain qui apporte à l'animal les défauts humains et pas le contraire ... Alors, c'est donc l'histoire d'une femme, grosse cochonne qui peu à peu se transforme en truie qui comme chacun sait a tous les défauts du monde y compris celui de tuer sa propre mère, une truie matricide donc, mais sentimentale puisqu'amoureuse d'un magnifique loup garrou ... Dommage pour la suite du roman, la truie est stérile, faute d'avortements en série, alors pas de métis loup garou-truie en vue pour la suite des aventures. Notre petite truie, oui notez l'adjectif qui prend là une connotation bien humaine d'affection ... car on s'y attache à cette femme cochonne qui pourrait être vous, qui pourrait être moi, les humains apportent le mal, la pourriture, la mort ... les animaux eux ne sont que pauvres animaux sans autre défense que celles que la nature a bien voulu leur donner, et chez le cochon, si tout est bon, question défense, il est plutôt mal pourvu !!

Bon, c'est rigolo, ce roman à tous les points de vue, et très bien écrit pour une truie, il y a bien sûr côté humain, plein de moralités à tirer ... à vous de choisir la vôtre: côté truie ? on ne sait pas trop  : Rien n'est meilleur que la terre chaude autour de soi quand on s'éveille le matin, l'odeur de son propre corps mélangée à l'odeur de l'humus .... extrait. Oui, vous avez raison, il y a encore de l'humain chez cette truie là !   

 En tout homme il y a un cochon qui sommeille dit-on, c'est ça qui est dérangeant dans ce roman, il peut éveiller le côté bestial de l'humain, (point de vue d'ailleurs strictement humain !!! on n'en sort pas).  Il faudrait interviewer une truie, une vraie, bon j'en parlerai à ... mon cheval, il en connait peut être.

Salut les bêtes.

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