09 janvier 2013

Renoir

Renoir

Film de Gilles Bourdos avec Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers, Romane Borhinger (dans une trop courte apparition) sur la fin de vie d'un Renoir souffreteux, mais toujours sensible à la carnation délicate des belles jeunes filles, sur le début de vie fortement amoché par les horreurs de la guerre de son fils Jean qui se distinguera dans l'art cinématographique, grâce à une jeune femme délicieusement jouée par Christa Théret.

C'est un film sensuel à déguster dans un bon fauteuil, par un après midi d'hiver, c'est un film où l'on se plonge dans un univers de femmes belles virevoltant autour d'un Renoir à l'oeil parfois encore vif, où la lumière dorée lumineuse a le reflet des tableaux si colorés de Renoir renoirisant, celui un peu kitsch si décrié par les critiques, un paysage foisonnant de fleurs odorantes, de jeunes femmes pulpeuses à la chair dorée se lovant nues sur des canapés, les voilages des fenêtres ouvertes flottant sous une brise légère ... pas d'histoire précise, du flou, des petits messages glanés ça et là, un Coco Renoir qui pense être mal aimé, un Jean qui veut trouver sa place face à un père envahissant, un modèle qui doit se faire épouser, pour ne pas finir prostituée ou bonne à tout faire ...

Petit instant de vie à la Renoir ,dernier bel été, embelli, idéalisé, empaqueté à la façon d'un cadeau. La souffrance du Renoir rhumatisant n'y change rien, pas plus que la vision des gueules cassées, elles ne sont là finalement que pour rendre crédible cette jolie page, et l'on veut bien y croire, nous, oui, on veut bien y croire.     

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07 janvier 2013

Edward Hopper 1882-1967

autoportrait Jo Hopper 1956

Moi, Josephine Nivinson Hopper dite Jo, j'ai tenu à jour les registres d'Edward Hopper depuis 1924, date de notre mariage,  jusqu'au dernier jour d'Eddie en 1967; il s'agissait au début de tenir un inventaire de ses oeuvres, et des ventes.

Croquis d'un régistre , commentaire de Jo

 Une fois ses tableaux peints, Hopper en réalisait une esquisse et les annotait d'informations techniques, moi, je les commentais,  les agrémentais d'anecdotes sur notre vie. Avec le recul, je crois que c'était la façon de Hopper de m'intégrer à sa vie de peintre, et c'était ma façon à moi de communiquer avec lui. Je fus peintre moi aussi, de talent moindre que celui d'Hopper qui me fit de l'ombre, qui ne s'intéressa pas à ma peinture, ce qui rendit parfois nos relations tendues, ce qui me rendit parfois hargneuse, mais au final, je fus une excellente compagne pour Eddie. Il prit plaisir à la tenue de ces registres, et moi cela me permit de vivre à travers lui, par lui, pour lui.  Bien sûr mon tempérament excessif le fit souffrir, bien sûr son tempérament d'introverti me fit souffrir, mais au bout du compte, Eddie a laissé une belle oeuvre à la postérité où moi, Jo, je fus épouse,

 Hopper détailSummertime 1943 Hopper détail

 muse, coach, secrétaire, modèle, anti modèle et divertissante, oui car je l'ai amusé longtemps Eddie, lui le taciturne, l'introverti... Le reste, mes réflexions acerbes, ses silences qui me tuaient, l'incommunicabilité qui en résultait, tout cela a disparu avec nous. Hopper a fait ce qu'il aimait le plus, peindre, moi je l'ai secondé du mieux que j'ai pu, j'ai continué à peindre aussi toujours. Notre mariage tardif ne laissa aucune place à une descendance, les registres furent nos enfants.

Lui, Edward Hopper est né en 1882 dans une famille dont le père commerçant assure une vie agréable, passionné de lecture, il transmettra ce goût de lire à son fils, quant à la mère, elle l'initiera  à l'art et au théâtre. Il dessine depuis toujours, il aime la solitude très tôt, c'est un contemplatif qui observe minutieusement les êtres, la nature ville, campagne, mer. Il est un géant perdu au milieu des autres, il construit son monde à lui. En 1900, à 18 ans, il entre à la New York School of Art où il restera 6 ans. Les cours d'illustration suivis l'année de ses 17 ans lui permettront de gagner sa vie en temps que dessinateur publicitaire de 1910 à 1924; 1924 année où le succès arrive enfin, il a 42 ans, il vient d'épouser Jo, âgée de 41 ans. Ce n'est pas le grand amour entre lui et Jo, mais heureuse association où lui peut se reposer pour tous les détails pratiques sur Jo, où elle trouve un autre sens à sa vie, assurer la promotion de son peintre de mari, tout en espérant pouvoir donner à sa peinture une notiorété qui lui manque; ce sera moins réussi de ce côté, mais qu'importe, Jo peindra, vendra ses toiles pour rien, arrivera à tenir une petite galerie un temps.

Couple Drinking Aquarelle, mine de plomb

Parisian détail

A Paris Hopper découvre ou redécouvre les peintres comme Courbet, Degas qu'il apprécie,  l'ensemble des impressionistes et ceux qui les suivent, mais sans grand intérêt de sa part. Lui, Hopper, c'est un indépendant, un qui suit seul sa route, ne tient compte d'aucun courant. A Paris, il croquera au propre, comme au figuré les parisiennes, les sites parisiens, Le Louvre, les ponts, les quais ... De retour à New York 

Cowboy- Hopper 1906-1914

il illustre pour s'alimenter ... il prend plaisir aux gravures qu'il exécute entre 1915 et 1928, 26 images.

Summer Twilight 1920 Hopper

Train and Bathers 1920 Hopper

En 1914,

Soir bleu 1914

Soir Bleu sera décisif pour Hopper, c'est à la fois un adieu à Paris et un prémice au monde d'Hopper tel qu'il le conçoit, lui clown blanc grimé, eux, faces inexpressives maquillées à outrance pour les femmes, Hopper aime ce côté féminin canaille qui le fait fantasmer, décor minimal, importance des Eléments, ici l'air dans un ciel-mer-air. Cette toile n'aura aucun succès, contrairement aux gravures qui se vendent bien. En 1921, il commence à dessiner des nus, y peint des femmes aux courbes voluptueuses, lui le timide s'extériorise par la peinture. Il aime opposer les rondeurs féminines aux angles des murs, il aime ouvrir les fenêtres ,Hopper, sur l'intimité des êtres  Il peint aussi Joséphine, souvent même si la caricature parfois n'est pas loin, pour la faire bisquer ? qui sait, Hopper a ses faiblesses lui aussi ! Il peint Hopper, le couple dans sa solitude, de toutes façons chez Hopper, tout est par nécessité, solitude,

Ground Swell 1939

Corn Hill Truro 1930 Hopper

il préfère les paysages naturels, la mer, les villas 'Maison près de la voie ferrée, dont Hitchcock s'inspirera pour la maison Bates de Psychose,

Maison près de la voie ferrée

il aime le cinéma, la scène, le théâtre, et ses tableaux sont des mini représentations, les visages  sont vides, à nous de combler ce manque voulu à notre gré, et les critiques ne s'en privent pas : que d'interprétations sur les tableaux de Hopper ! 1941, il peint Girlie Show

Hopper

 c'est Jo en effeuilleuse, c'est Jo rajeunie, grandie, plantureuse, c'est Jo fantasmée, c'est Jo et ce n'est pas elle. Hopper est un homme qui semble se suffire à lui même, son besoin des autres est utilitaire, mais pas que ...car rien n'est simple là non plus, il représente à nouveau Jo dans  11 ans plus tard dans Morning Sun, elle a 69 ans Jo, elle est encore belle, sans fard, naturelle comme elle

Morning sun Hopper 1952 détail

Josephine Hopper

aime l'être, un peu seule, un peu triste, mais bien présente, hommage d'Eddie à sa femme. Il aime le silence, la solitude, Hopper, le vide d'une pièce au soleil qui joue avec les ombres, une pièce vide à remplir de ce que vous voulez.

sun in an empty Room 1963 Hopper

 Hopper vieillit, il a des ennuis de santé, Jo l'aide fidèlement. Hopper prépare sa sortie, en 1966 Two Comedians

two comedians 1966 Hopper

 clôt le théâtre de sa vie inauguré par le tableau de 1914 Soir Bleu. Jo et lui même font leur ultime révérence, Edward Hopper en 1967, Joséphine Hopper en 1968. Elle aura eu le temps de léguer au Whitney museum à New York l'intégralité des oeuvres, documents, régistres, journaux

photo de L Dahl-Wolfe 1932

intimes.  

Une oeuvre qui ne figure pas dans l'exposition du Grand Palais et qui donne, je trouve, une autre vision de la peinture d'Hopper, un autre chemin à suivre ...   comme quoi, tout n'a pas été dit sur Hopper, rien n'a été dit. Le silence, parfois, c'est bien. Reclining Nude 1924-1927 Hopper

    

 

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05 janvier 2013

Eléphants à Paris

Institut du monde arabe

Nadim Karam détail

Moucharabieh sur un éléphant

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03 janvier 2013

L'homme qui rit

L'homme qui rit

Film de Jean Pierre Améris avec Marc André Grondin dans le rôle de l'homme qui rit, Christa Théret dans le rôle de l'ingénue aveugle, Gérard Depardieu dans le rôle du gentil bougon au coeur noble, Emmanuelle Seigner dans le rôle de la duchesse sensuelle mais pas aussi méchante qu'elle le voudrait, et puis il y a pléthores de pauvres sales, de riches poudrés cruels : la cour des miracles, les misérables, oui, Victor Hugo est bien présent, presque caricaturalement mis en scène, à nos yeux de nantis et hygiéniques humains du 21me siècle .. en fait ce devait être vraiment cela la pauvreté au XIX siècle, ce devait être vraiment cela la noblesse engoncée dans ses privilèges, avec sans doute la poésie et la beauté en moins, car la mise en scène choisit de privilégier, le rêve, l'irréalité des héros, l'absence d'émotions fortes. Chaque personnage est un archétype qui fait de ce film une fable universelle, intemporelle, parfaitement inutile quant à la morale conclusion, comme toutes les fables d'ailleurs, mais assez désenchantée finalement quand on pense qu'au bout du compte, toujours, la barbarie humaine finit par l'emporter. Notre monde actuel le prouve quotidiennement. Chaque scène est une petite scenette de théâtre, qui nous ramène à la grandiloquence souvent théâtrale, ampoulée de Victor Hugo, mais finement écrite bien sûr, superbement écrite. ouf, je m'en tire bien !!!

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30 décembre 2012

A ce soir - Laure Adler

Laure Adler

Laure Adler écrit un livre sur la fin de vie de son fils Rémi mort au cours de sa première année.

17 ans après, elle souhaite l'évoquer dans un livre qui se lit aisément, à la belle écriture sans sensibilité larmoyante. Des mots qui expriment la douleur profonde, celle qui égare, celle où les larmes sont dépassées, celle où l'on s'enferme comme un insecte sous une lampe ou sous un verre, qui cherche inutilement à sortir de cet emprisonnement de douleur, se heurtant, devenu fou, aux parois. 

Laure Adler redonne vie à ce fils, le concrétise sous forme de livre. Elle y soigne sa douleur, sa culpabilité d'avoir vécu après. On n'oublie jamais la mort d'un enfant, on s'habitue à la douleur.

La vie n'est plus la même après un tel déchirement. La mort rôde autour de vous toujours et 'a vite fait de vous murmurer à sa façon, en A ce soir qui résonne comme une menace'. extrait

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29 décembre 2012

Mes héros

Mes Héros

Film  d'Eric Besnard avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Clovis Cornillac. Petit film gentillet, un peu planplan, un peu gnangnan, un peu concon où l'on prend un peu de plaisir avec les comédiens, on se moque de l'histoire, on sait d'avance sans rien connaître du film qu'elle sera sans surprise, agréable à regarder, mais oubliable illico presto .. le décor est style nain de jardin, un peu kitsch donc, un peu vieillot, les personnages bougons avec un coeur gros comme ça, les flics un peu cons mais au final humains; aller voir ce film c'est comme aller voir de vieux cousins qui vous offrent une boisson sirupeuse à souhait, c'est comme retrouver avec plaisir de vieux souvenirs rangés dans une malle poussiéreuse d'un improbable grenier, c'est comme parfois, souvent, rarement, votre vie ou la mienne en somme. Et à part ça ? rien d'autre mais un sirop fraise ou un charmant souvenir, c'est pas si mal ... parfois, souvent, rarement.  

C'est rare un film que l'on n'oublie pas, non ?

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26 décembre 2012

Main dans la main

Main dans la main

Beaucoup de mythique dans le troisième film de Valérie Donzelli, le lieu principal du film : l'opéra Garnier et sa chantilly de petits rats, la madeleine de Commercy où Jérémy Elkaïm  habite et travaille dans une miroiterie, la voix off du film qui rappelle la voix monocorde de Truffaut, les paysages pris en travelling version 70 filmée en super 8, et le corps nu sublime de Valérie Lemercier qui se drape dans un long rideau et défile ainsi dans les rues à la manière de la non moins sublime Charlize Théron qui s'adore en Dior. L'histoire est celle d'un amour, pas franchement coup de foudre, plutôt coup du sort insupportable au début pour Joachim et Valérie soumis malgré eux à une synchronisation de leurs gestes ... Leurs différences multiples finiront pas trouver un accord; J'ai adhéré à ce joli film, qui a des longueurs pour rêver un peu, des réparties pertinentes et amusantes sur le couple, l'amour, la solitude.  Valérie Donzelli est la soeur de Jérémy Elkaim. A noter Béatrice de Staël savoureuse.

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24 décembre 2012

Zaha Hadid

Zaha Hadid - table Liquid Glacial

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22 décembre 2012

Le gros la vache et le mainate

Le gros la vache et le mainate

Alors, là il y en a des mots grossiers à la pelle, des scènes vulgaires qui décapent, qui font rire car le texte corrosif supporte la dite vulgarité, la transcende même. Cette pièce-opérette est un défoulement jubilatoire pour les artistes qui assurent, pour les spectateurs qui libérés de tout assujettissement s'exclaffent et se moquent ainsi de leurs humaines destinées. Car il s'agit aussi de cela dans cette audacieuse farce complètement déjantée, arriver à se moquer de sujets graves, comme la mort, la vieillesse, le droit à la différence, la société devenue un peu grotesque, avec un sens du burlesque que j'ai pour ma part rarement vu.  J'ai adoré, jubilé, je me suis éclatée, et cela fait un bien fou.

Les comédiens sont performants, excellents. Une mention spéciale à  Jean Paul Muel. La pièce est écrite par Pierre Guillois, le metteur en scène est Bernard Ménez. 

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21 décembre 2012

Une semaine de vacances - Christine Angot

une semaine de vacances

Sulfureuse et subtile Christine Angot qui choisit de faire de son histoire un livre que l'on peut qualifier d'érotico-pornographique, et ce n'est pas, les 'c'est bon papa' qui vont apporter au texte à première vue une autre dimension. A la seconde approche, Je crois par contre que ce roman est un espoir pour tous ceux qui subissent l'inceste qui ravage leur jeune vie, Christine Angot démontre par ce livre dont la précision clinique évoque celle de Sade, version très édulcorée de Sade d'ailleurs, donc elle démontre que l'on peut se remettre d'un tel traumatisme, je n'ai pas dit guérir, car on en porte toujours la blessure, mais on peut le sublimer; ce qu'elle arrive à faire avec un parti pris certain pour l'ambiguité qu'elle provoque par le pouvoir érotisant de ce texte chez le lecteur, histoire de le mettre mal à l'aise. Et c'est en cela qu'elle est sulfureuse Christine Angot, pas sur les termes employés, ni sur les images crues ainsi dévoilées. Elle joue sur les 2 tableaux, exciter sexuellement le lecteur, mais en même temps lui rappeler sans cesse qu'il s'agit d'un inceste, et donc chercher à le mettre en situation de père incestueux si d'aventure il est émoustillé, ce qui va forcément l'indisposer à des degrés divers. Belle écriture, sans doute, avec un pouvoir particulier donné aux mots, pas de mots grossiers, uniquement les mots communs que notre société pudibonde a écarté de la conversation ordinaire, leur donnant ainsi une connotation soit érotique jusqu'à la pornographie, soit pseudo médicale. Christine Angot les remet à leur place, ces mots là, et nous laisse libres de les interpréter à notre façon; cela peut déranger.

   

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