13 janvier 2014

Serge Poliakoff

Orange et cyclamen 1949 détail

 Exposition, au musée d'art moderne, consacrée exclusivement à la peinture abstraite de Serge Poliakoff qui débute dans le genre dans les années 40; Serge Poliakoff est un coloriste talentueux qui aime superposer les couleurs, les travailler jusqu'à faire surgir une texture particulière, à couleurs tissées comme un tissu façon tweed.composition abstraite 1954

Il y a dans ses tableaux d'alors des formes sans forme, parfois cela tourne au niveau d'une couleur qu'il s'amuse à décliner comme ce rose à toutes les sauces,

Composition en rose 1954parfois c'est une juxtaposition criarde des couleurs quand elles sont vives, tiédasse quand elles sont ternes. Poliakoff ne mégote pas sur les couleurs.composition abstraite 1968

Composition rouge jaune blanc bleu aux traits 1952

Et puis il structure plus ses formes, les place en puzzle, les délimite par des traits noirs façon vitrail. Jolie idée de rassembler des petits tableaux aux couleurs différentes avec une bordure rouge qui en assure le lien, on dit que cela évoque cela lui évoquait les peintures assemblées ainsi dans les églises de son enfance où sa mère l'emmenait, on dit aussi qu'il superposait les couleurs comme les peintres d'icônes , c'est assurément très décoratif.

Composition murale 1965-1967

On parle de silence en ce qui concerne la peinture de Poliakoff, on peut le comprendre comme une invitation au silence comme le propose une église, où l'on s'assoit pour admirer longuement un vitrail dans une sorte de recueillement mais paradoxalement elles font aussi parler ses peintures, en mal, en bien, en incompréhension totale ou en acceptation entière sans rechercher d'interprétation particulière que la notion du beau qui comme chacun sait est une notion fort relative.. 

Les peintures de la dernière décennie s'épurent dans les formes et les couleurs.

Forme 1698

Pour ma part, je préfère cependant plus de débordement, pictural, thématique. Je n'aime pas trop les limites, y compris dans les formes. La peinture de Serge Poliakoff satisfait mon sens de l'esthétisme, mais ne provoque pas d'émotions en moi, et ne m'attire pas vraiment. Bizarrement, je reconnais que je pourrais vivre à côté d'un tableau de Poliakoff, dont la neutralité confortable me conviendrait alors. Une sorte d'apaisement se dégage de ces peintures.

Composition 1968

Serge Poliakoff est né à Moscou en 1900 dans une famille bourgeoise  où chevaux (père éleveur ce chevaux et propriétaire d'une écurie de course)), musique, littérature, peinture sont des passions familiales qui lui seront transmises. Poliakoff est un guitariste chevronné. Il fuit la révolution russe et trouve asile à Paris, ce Paris où exilés russes foisonnent. Il s'inscrit dans une académie de dessin, joue dans les cabarets russes. Il a 29 ans et décide de peindre. Il cessera de jouer de la guitare dans les cabarets en 1952 pouvant vivre alors entièrement de sa peinture. Il connaîtra alors un franc succès. Il meurt en 1969. 

 

 

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03 janvier 2014

Zeng Fanzhi

IMG_0521

Né en 1964 en Chine. 4 ans à étudier l'art de la peinture à l'huile, occidentale et orientale. Marqué par Bacon, Pollock, Soutine.

Connaissais pas ce peintre, mais en lisant une revue d'art, mon regard fut attiré par une peinture, façon Pollock version très soft, façon Rosa Bonheur version modernisée (les critiques eux évoquent Le Lièvre de DürerHare détail mais ce n'est pas ce que j'avais retenu de lui, bien qu'effectivement cela se rapproche plus du lièvre de Dürer que ceux de Bonheur, donc une peinture qui me plut et attisa ma curiosité. Alors pour approfondir la chose, me suis rendue au Musée d'Art Moderne pour visiter monsieur Zeng Fanzhi. En ai profité pour découvrir aussi Serge Poliakof, ce qui constitue un autre petit moment intéressant mais plus intellectuel, me demandant plus d'effort !!! j'ai d'ailleurs commencé par Poliakof; et puis suis allée me délasser chez Fanzhi, oui c'est ça me délasser et me divertir.Zeng Fanzhi 2012

La première salle, ce sont les dernières toiles 2013 c'est donc Le Lièvre et des grands polyptyques où traits, brosses, pinceaux, projections se mêlent jusqu'à former un esthétique et gigantesque fouillis de branches qui laissent entrevoir des univers colorés que vous interprétez à votre façon, moi j'aime bien cet apparent désordre au final très ordonné pour celui qui veut y entrer.

Z Fanzhi

 

Untitled 2012

un petit paysage de neige, et un éléphant-licorne assez surprenant, un éléphant blanc

Tai ping you xiang détail

évocateur d'un poème d'un certain Lu You (1125-1210), sur la paix et l'abondance.

détail 2012

La seconde salle, des humains remplacent les animaux, une femme, un nageur dans une nature luxuriante

night 2005 détail

swimming 2006 détail

annoncent les polyptyques, un portrait de Mao où le visage de Mao se brouille de traits sur la place de Tian'anmen rouge sang.Zeng Fanzhi

 La troisième salle est l'époque des Masks de 94 à 2004, Fanzhi évoque peut être la difficulté  de ses compatriotes qui oscillent entre 2 mondes, européen avec les habits, chinois avec un masque reflet de leur culture qui impose un sourire affiché en permanence.

Masks 6 1996

A noter les mains grossières qui représentent le peuple ouvrier, paysan, soldat. il termine la série par un homme en imperméable rouge, les mains

Z Fanzhi (2)

sont rangées dans les poches, le masque ne rit plus mais affiche une gravité certaine. Idealism suit

Zeng Fanzhhi

le portrait se dilue, le masque va suivre ... un autoportrait où le masque a disparu avec des pastèques-souvenirs

ZF 2 1996

 clin d'oeil à sa jeunesse, à noter le foulard rouge que portaient les pionniers et qu'il n'eut pas le droit de porter; regret, fierté, on n'en saura rien !  un autre toujours en rouge, l'oeil regardant le regardeur, l'artiste s'est affranchi de toute contrainte, c'est mon interprétation, et revêtir un uniforme bouddhiste n'est pas anodin, je trouve.Self portrait 09-8-1 2009

La dernière salle marque les débuts de l'artiste où l'influence de Soutine est vive . Fanzhi

Ses scènes inspirées de ses passages à l'hôpital où il faisait ses ablutions quotidiennes ne sont pas celles que je préfère et de loin ni ses couleurs roses où humains et viande morte se mêlent même si je suis sensible au message. 

Zeng Fanzhi Dusk 1993

Meat

Ses personnages ne sont pas loin de ceux de Soutine. Et ce que j'aime chez Soutine ne me convient pas chez Fanzhi, je trouve qu'il y manque la grâce ! et oui.

Amusant ce parcours d'exposition à l'envers, une impasse qui vous fait aller des oeuvres récentes vers celles du commencement que je n'apprécie pas, et revenir alors lentement à celles qui me plaisent ...  

Et puis pour finir, un que j'avais oublié et qui me divertit par sa technique, Mao reproduit 3 fois en version de plus en plus brouillée de près, Mao si controversé mais pourtant ineffaçable.

ZF

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19 décembre 2013

Georges Braque

Le port de L'Estaque 1906

Bien sûr, quand on pénètre dans la première salle, ce qui frappe avant tout, outre les êtres qui t'apprennent religieusement par coeur en restant des plombes devant tes tableaux sans considération pour les autres, donc ce qui frappe avant tout, c'est cette joyeuse et foisonnante couleur qui nous en met plein les mirettes, on est dedans, on se vautre sensuellement dans tes couleurs, on se roule  en imaginaire dedans, pinceaux vivants, à la manière des jolis modèles de Klein. C'est écrit pour ceux qui savent lire, c'est ta période de grand fauve OK , mais, tu restes raisonnable, Georges, tu ne fauvérises presque que des paysages, tu n'es pas un copiste de Matisse, tu t'en inspires, nuance ! tu parles de cette période comme d'un plaisir (toi tu dis peinture, moi je dis plaisir, car pour les peintres peinture c'est plaisir avant tout non ?), plaisir donc physique impérieux et nécessaireGrand Nu 1907-1908 Braque qui convenait à tes 23 ans mais qui ne pouvait durer, trop réducteur sans doute de l'idée que tu as de l'Art, trop réducteur pour ton imagination créatrice. Tu as une autre révélation avec les Demoiselles d'Avignon de Picasso, ce qui t'amène à faire le Grand nu en 1907-1908.

 Et puis tous deux, Picasso et toi Arbres à l'Estaque 1908

 vous vous lancez dans le cubisme, nouveaux aventuriers de l'art, car l'un comme l'autre, vous aimez expérimenter, chercher, trouver ...C'est fou

L'homme à la guitare 1912comme idée, mais c'est nouveau donc décrié, puis au final cela plaira, cela sera même copié par d'autres, puis détourné et dépassé comme tout mouvement en peinture.Le violon 1911 détail

C'est ludique, décoratif et ingénieux, surtout quand tu rajoutes des fins traits noirs et des touches d'opaline, là c'est carrément génial  ces touches qui rendent ta composition moins austère, on nomme ce cubisme analytique où le motif disparait. En 1911, vous introduisez des lettres, puis desLa guitare, papier collé 1912La Mandoline 1914Compotier et cartes 1913

morceaux de journaux, des papiers collés, votre fusion avec Picasso va durer jusqu'à la guerre, vous signez l'un pour l'autre, vous vous amusez à vous confondre, c'est esthéthique, innovant, c'est beau, mais cela ne m'émeut pas. Puis la guerre arrive, et tu es blessé, trépané et forcémentLa Musicienne 1917-1918

meurtri, en 1917 tu passes à ce que l'on nomme cubisme synthétique avec La Musicienne, trop anguleux pour moi, trop mathématique, trop froid;  rapidement tu remets un peu d'humanité dans tes toiles où abstraction et figuration se mêlent, tu rejoues avec les couleurs et les formes, c'est ta série des guéridonsLe guéridon rouge 1939-1952billards, natures mortes1920 Le buffet

Nature morte à la clarinette 1927

          où violons se mêlent aux fruits et autres objets, tu diras que tu tripotes, que tu travailles avec de la matière et non pas avec des idées, on retrouvera ce joyeux fouillis où pourtant chaque objet joue un rôle pour toi, non par leur fonction usuelle mais par le lien qui les unit, dans la série des Ateliersatelier VIII 1955 (2)tu en peindras  8 entre 1949 et 1956, tu laisses à nouveau de la place pour les regardeurs que nous sommes, tu nous permets de pénétrer à nouveau dans ta peinture où tu broies tes couleurs, tu ajoutes du sable, de l'huile, tu joues avec la matière; le plaisir revient pour moi. Tu finis en beauté, Georges, même si cette finitude te met du bleu à l'âme, même si la guerre te fait ressurgir un passé qui te hante, tu peins des vanités en 1939Vanitas 1939

 que tu surcharges de sable, de sciure de bois, ou de limaille de fer et ça, tes peintures de ces moments là, j'adore, tu vibres, tu sors de ta réserve, tu es humain Georges, j'exulte.

La Chaise 1947

J'adore ta chaise qui date de 1947 petit moment de bonheur pour toi, petit bonheur pour moi. Tu te défoules aussi avec les Oiseaux, fort décoratifs, heu ya du Matisse en eux, si cela t'a fait plaisir, Georges pourquoi pas, mais je préfère et de loin  La Sarcleuse

La Sarcleuse 1961-1963

ou le Brabant et tes derniers paysages qui sont pour moi la fin d'un cycle, épais, un peu pâteux, un peu trop, tes derniers paysages j'aime aussi, c'est la fin de ta vie (1963) dont  on connaît peu de choses, tu aimais les belles maisons, les belles voitures, la musique, la poésie, le silence et la peinture. Tu avais l'amitié fidèle, l'amour aussi avec ton épouse qui partageait ta passion pour la musique. Le chant de colza 1956-1957Ta peinture nécessite que l'on y consacre du temps, plus qu'un autre; tu as assuré une certaine continuité de style sans trop en donner les clés. C'est à nous de les trouver, pas les tiennes d'ailleurs mais les nôtres celles qui nous permettent d'entrer dans ta peinture. Et cela exige de ma part un peu d'effort à fournir ! L'exposition du grand palais est riche, un peu trop même, alors revenir un jour dans tes toiles peut être.

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13 décembre 2013

Félix Vallotton

Scène de rue 1895-97

Au final pas si facile que cela à appréhender, ce Félix là. on le nommait Le Nabi étranger... cela lui va bien ce sobriquet d'étranger, car il est toujours un peu à côté de l'image qu'il veut donner ou qu'on veut lui donner : il a ses maîtres mais il les détourne toujours, il est suisse mais réside en France, il est misogyne mais aime pourtant peindre les femmes, il ne veut pas s'encombrer d'enfants mais se marie avec une veuve chargée de famille. Il s'accroche à sa petite bourgeoisie mais la caricature allègrement, il a le coeur côté anarchiste un moment mais se marie bourgeoisement : un côté oui, un côté non, toujours chez Félix Vallotton. Il a un côté intime-Félix, un côté publique-Vallotton.  Vallotton aime les lignes pures, les formes aplaties, les aplats, les couleurs monochromes, Félix aime les courbes sensuelles des femmes, les corps dénudés, les petits symboles glissés malicieusement dans ses toiles. Vallotton déteste les femmes en cheveux et adore les chignons, le nu oui, la femme en cheveux non, Il déteste le laisser aller, manifeste de la discipline, de la rigueur et surtout ne se laisse pas dominer par ses affects, sauf en ce qui concerne son rapport aux femmes, à la sienne en particulier ! Alors là, il se lâche le sieur Félix Vallotton, fait du pompiérisme, mais à sa manière pleine d'humour, ainsi dans l'énlèvement, Europe s'accroche à son Zeus en lui mettant son bras devant les yeux, genre je m'accroche, emmène moi où je veux ! L'enlèvement d'Europe 1908

 manière très caricaturale jusqu'au rirepersée tuant le dragon 1910

qu'il provoque chez nous , Persée se donne du mal à tuer son caïman-dragon sous les yeux agacés d'une Andromède jamais contente, mais bien coiffée et l'on peut y voir aussi une certaine auto-dérision, Valloton se moque de lui, des hommes en général, Adam est un sot imbu de lui même quand Eve est une mégère La Haine Vallotton 1910 détail excellent copiste il aurait pu peindre si il l'avait voulu à la manière d'un Gérôme, sans nul doute mais il préfère peindre à la manière  loufoque  et provocante d'un Vallotton au meilleur de sa forme dans la caricature et dans la critique sociale.  Et puis surtout c'est un dessinateur le Félix, un bonfeu d'artificeparesse

 le dessin sera souvent alimentaire chez Vallotton qui avant son mariage est carrément fauché, il vit avec une petite Hélène Châtenay, il la peint en 1997, sur un fauteuil rouge, couleur primaireFemme nue assise dans un fauteuil rouge 1897

 couleur du sang, de la passion, mais elle dort sur le côté gauche invisible, celui du coeur, image de conflit entre le rouge et le vert couleur complémentaire qui traduit peut être et c'est encore là mon interprétation le futur conflit amoureux qui s'annonce chez Vallotton, il a fait déjà connaissance de sa future épouse Gabrielle, Hélène dort encore heureuse mais déjà abandonnée, Hélène simple ouvrière ne résiste pas à Gabrielle née Bernheim, famille de marchands de tableaux, et Vallotton choisit le confortable mariage.Gabrielle Vallotton

Gabrielle est une veuve sûre d'elle, assise sur sa vénérabilité et si ce mot n'existe pas vraiment, elle l'invente Gabrielle ! L'amitié de 20 ans avec Charles Maurin, peintre vellave graveur également n'y résistera pas. Mais quand Hélène sera accidentée, Félix renouera avec elle et la soutiendra les 3 années avant sa mort. Plus fidèle et sentimental que l'on ne croit donc le Félix. Un marché de dupes, ce mariage ? pas vraiment, Vallotton se consacrera davantage à la peinture et à l'écriture (journal, romans, critiques d'art), Valloton travaillera enfin sans souci d'argent à ce qu'il veut laisser à la postérité : son oeuvre.    

On peut se poser la question, c'est quand qu'il est lui, vraiment ? et bien c'est précisément en cette ambivalence  permanente qu'il est lui , Homme de fin de siècle où la société change radicalement où les femmes commencent à prendre leur indépendance, où l'art commence lui aussi à s'émanciper de tout académisme; 3ème République entre 2 guerres cette époque est bouleversée par l'industrialisation, les mouvements sociaux; un monde en formidable révolution technique et sociale, un monde où Vallotton cherchera toujours sa place, jamais vraiment là où l'attend, plus timoré que son ami Charles Maurin, plus engagé qu'un Bonnard, plus ou moins, trop ou pas assez, ce n'est pas un révolutionnaire Félix,  en rien....  ' le train qu'on m'oblige à mener est au dessus de mes forces et de plus me répugne. C'est là ma peine, vivre sans cesse à l'envers de mes goûts, j'aime la simplicité, on m'impose une espèce d'ostentation bête à pleurer ... à quoi bon se leurrer ? il faudra rentrer demain dans la piste de cirque où je fais depuis tant d'année le chien savant !' Alors Félix Vallotton peindra ce qu'il ne peut pas exprimer autrement, sa lassitude pour sa vie conjugale, son mépris pour certains de ses contemporains, sa haine de la guerreVerdun 1917 mais il célébrera aussi la beauté provocante et parfois suspecte des femmesLa Chambre rouge

La Blanche et la Noire 1913 les aventures extra-conjugales réelles ou fantasmées et bien d'autres choses encore à découvrir une autre fois, l'exposition au grand palais n'étant pas assez exhaustive. C'est un grand bavard dans ses peintures, Félix.

Je reviens sur un tableau qui date de 1892, présenté au salon de 1893, tableau qui sera décrié et moqué par l'ensemble de la Critique de l'époque.  

Charles Maurin (1856-1914) peintre vellave et ami l'invite à sortir des peintures de salon, car 'ce n'est plus un jeu, amusements ou plaisir, ce sont préméditations, calculs'  lettre de 1886... Il l'écoutera et au salon de 1893 Bain un soir d'été surprend

Bain un soir d'été 1892

 il y a des influences des nabis, de Seurat, de Holder, mais Vallotton déjà se passionne pour les nus féminins, s'amuse avec le blanc (plus c'est jeune plus c'est blanc, la plus âgée est gris-vert), un petit clin d'oeil au miroir trompeurdétail reflet inversé

détail 4

Détail la valse 1893

 l'une est une échappée de La Valse qui se vautre dans la fontaine de Jouvence avec joie, l'autre parle à son chien, l'une sort d'un tableau de RenoirBain un soir d'été 1892 Vallotton détail 2

quelques unes sont proches des futures gravures en noir et blanc à la limite de la caricaturedétail7 Ce tableau, je trouve en dit long sur la peinture future de Félix Vallotton : il peindra à tire-larigot des nus, il se moque de la perspective, il dessinera toujours avec excellence mais ne détestera pas les formes aplaties, il utilisera souvent les couleurs primaires qu'il confrontera toujours aux complémentaires, il mettra toujours une touche d'humour ou d'ironie dans ses toiles. Ce tableau est un petit condensé d'une grande partie de sa peinture à venir.       

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26 novembre 2013

Diego Rivera

Diego devant l'Histoire du monde - Mexico 1951

Né en 1886, au Mexique, Diego Rivera fait l'école des Beaux Arts à San Carlos.

Diego a très tôt connu le manque, celui d'abord de son jumeau mort à 1 an et demi, puis celui de la présence maternelle qui déprimée le confiera à une nourrice, une belle indienne sculpturale Antonia. D'elle il gardera un appétit boulimique des femmes qu'il collectionnera et dans sa vie, et dans ses toiles.

Femme assise avec des tresses 1941 Diego Rivera

Cet homme là est fascinant de laideur; fort étonnant est aussi l'attrait sexuel qu'il suscite chez les femmes. Il devait être diablement charmeur cet homme pour plaire à ce point avec le physique qu'il avait !

 Ce géant apprend l'art du dessin avec José Guadalupe Posada (1852-1913) illustrateur de l'art indien renouvelé et caricaturiste du régime de Porfirio Díaz. En 1907 Diego part en Europe 3 ans avant la révolution de 1910, il ira d'abord en Espagne au musée du Prado voir Goya et Velasquez puis en France à Montparnasse ou il admirera la peinture de Cezanne.  Un bref retour au Mexique où il ne se confrontera pas à la révolution, puis retour à la révolution artistique qui naît à Paris avec le mouvement Dada, le cubisme avec Picasso qu'il rencontre en 1914

Diego Rivera 1915 Le marché aux puces

Diego Rivera Paysage zapatiste 1915

 en compagnie de Picabia, Juan Gris, Braque et Modigliani.  Il rencontre aussi, lui dont la grand mère est juive et portugaise, les artistes émigrés Soutine, Kisling, Max Jacob. Il aura un fils de sa première épouse Angélina Beloff qui mourra en 1918. Il aura une fille d'une Marievna dont il ne s'occupera pas, il aura plusieurs liaisons amoureuses dans cette vie de bohème et de misère où sa passion dominatrice pour l'art le domine et prédominera toujours. Avant de retourner au Mexique, il découvrira en Italie en 1921 les fresques de Michel Ange et il aimera ces fresques qui sortent des églises pour s'épanouir dans la rue et les demeures. En 1921 lors de son retour au Mexique Frida Khalo a 14 ans, Alvaro Obregón est au gouvernement et charge José Vasconcélos revenu d'Europe d'organiser la culture au Mexique. Vasconcelos demande à Diego Rivera  de mettre en images la révolution politique, Diego rentre d'un voyage aux Chiapas et au Yucatan, la tête pleine de l'art maya. Il devient ainsi le chef de file du muralisme. Il peindra, entre autres la 'Ballade de la Révolution prolétarienne ' au ministère de l'Education. Il faut comprendre alors que les mexicains vivent pour la plus part dans un monde d'ignorance totale, le muralisme se met au service de la révolution politique pour enseigner aux analphabètes l'histoire qui est en marche, dans une trompeuse apparence de liesse joyeuse et naïve où les artistes, les intellectuels se mêlent au peuple en leur faisant découvrir aussi leur passé indien. Les fresques fleurissent partout. Naturellement en compagnie des autres artistes comme David Alfaro Siqueiros, José Clemente Orozco et Xavier Guerrero Diego Rivéra est attiré par le communisme, Diego sera invité par le gouvernement soviétique, fera un portrait de Staline auquel il restera fidèle dans la pensée. 

 Et c'est à ce moment là qu'il rencontre une femme à sa mesure Frida Khalo, femme qu'il aimera plus que les autres. 

Frida est séduite par cet artiste d'action et de pouvoir et l'épouse en 1929. Diego peindra le ministère durant 4 ans et réalisera 124 fresques. Diego utilisera également plus personnellement ces fresques pour glorifier le

Portrait de Dolores Olmedo 1955corps féminin fécond et généreux. En 29 Diego quitte le parti communiste, en réalité il en est exclu, lui qui ne suit plus cet idéal communiste et tire de l'argent de sa peinture, peu regardant aux dires des communistes de la provenance de cet argent. En 1930 Diego va aux USA  à San Francisco. En 1931 au musée d'art moderne à New York a lieu une exposition de Diego Rivera : 143 toiles avec des fresques peintes sur des panneaux mobiles. Le rêve américain de Diego s'arrêtera, lorsqu'il peindra le visage de Lénine sur les murs du hall du centre Rockefeller (sacré Diego qui ne doute de rien !), on lui demandera de l'effacer, il refusera et les fresques seront alors détruites. D'autres aventures arriveront à Diego qui continuera à peindre, à idéaliser le communisme, à aimer Frida et d'autres femmes aussi, mais pour cette première fois en sa compagnie, je m'arrête là repue pour le moment sur le sujet. J'aimerais vous revoir Monsieur, vous aussi, je suis curieuse de vous toujours.

  Il meurt en 1957, 3 ans après Frida.

Renseignements tirés du livre de J.M.G Le Clézio - Diego et Frida

En ce moment, Diego Rivera est visible à l'Orangerie, en compagnie des toiles de Frida Khalo jusqu'au 13 Janvier 2013. Exposition un peu réduite qui m'a laissée sur ma faim.

Bien sûr, les fresques manquent à l'exposition, un jour peut être à Mexico, qui sait ?

 

Diego Rivera fresque murale détail

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11 septembre 2013

Michel Puyraymond peintre Haute-Loire

Cheminements

Peintre résidant au Puy en Vélay, il expose ses toiles dés l'âge de 14 ans, spécialiste de la fresque, il travaille aussi pour l'UNESCO. Première rencontre avec ce peintre à Craponne sur Arzon dans une galerie d'art ...

Cheminements où se mêlent 3 religions qui se rejoignent pour toucher ensemble le ciel. 

Et pour un peintre vellave, normal d'y trouver St Michel d'Aiguilhe. je sais que votre talent est multiple, à vous revoir donc Monsieur en d'autres lieux.St Michel d'Aiguilhe

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15 avril 2013

Chagall rapidement ...

Vue de la fenêtre

On dit que les bouquets chez Chagall sont une image de lui même, on dit aussi aussi que ce sont des images allégoriques du bonheur, on dit aussi que les fleurs le renvoient à des évènementLe Paysage bleu 1949 détails familiaux heureux, en offrant ses bouquets il rend ainsi hommage aux Arts, à la vie, à la liberté, à la joie de vivre. J'aime  ces petits bouquets-fouillis, ébauchés, jetés, petits messages d'amourIMG_8866

de la part de Chagall qui fut amoureux

détail Monde rouge et noir

de ses femmes, de la vie.  Pour Chagall chaque figure raconte quelque chose de sa vie, et il n'oublie rien Chagall, ni son village de Vitebsk, ni le juif condamné à être errant, ni l'âne, le bouc, le coq, le coq symbole du renouveau (lever du jour), symbole de la repentance, référence à une tradition juive où un coq supporte les péchés des participants et est ensuite égorgé rituellement.Homme-coq au dessus de Vitebsk 1925 détail

C'est Chagall en homme-coq qui se repent de ne pas être resté dans son pays, d'avoir fui toujours. Chagall est un peintre  non militant à messages. Chagall en exil aux États Unis pense participer ainsi à la guerre en témoignant de la persécution des juifs avec ses nombreuses représentations du Christ en croix, symbole du martyr des juifs. En 1944, mort de sa femme Bella qu'il représenta souvent avec son voile de mariée. Chagall est un amoureux fidèle, Bella morte restera présente, même si après une relation avec Virginia Haggard dont il aura un fils Marc, il s'unira pour 30 nouvelles années avec Valentine Brodsky.  Chagall n'arrête pas de parler de lui, des siens, de la religion, dans ses toiles. Rarement à mon humble avis, un peintre n'a autant laissé de lui dans ses toiles jusqu'à l'obsession. Ses couleurs éclatantes, qui se suffisent à elles même nous font oublier ces répétitions un peu lancinantes à la longue. Rien n'est laissé au hasard dans ses toiles chaque couleur est symbolique et a une signification différente selon le thème exploité, le rougeLa Danse 1950-1952 détail peut être dramatique ou au contraire renforcer la puissance d'un lien amoureux ou du divin. Là c'est un hymne à l'Art, le rouge.Le Chandelier et les Roses Blanches 1929 détail

 Le blanc ? oui, parlez moi encore du blanc, encore, longtemps, toujours ... Moi, je vois là le blanc rosé sensuel des roses, le blanc viril des bougies éteintes, fête qui vient de s'achever ... pourquoi toujours lire les mêmes rengaines sur Chagall ? Chagall était un amoureux de la Vie, avec des inquiétudes bien sûr, des peines immenses, mais c'était un Phenix, Chagall. Il a toujours opté délibérément du côté de la vie, de sa vie.

A vous découvrir encore. 

A vous revoir encore, monsieur ..... on n'en n'a pas fini, ni avec les couleurs ... ni avec rien, du reste d'ailleurs.

Esquisse pour la Vie 1964 Chagall

Chagall - Musée du Luxembourg 21 février - 21 juillet 2013

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25 février 2013

Dali

Buste de femme rétrospectif

Difficile à cataloguer Dali tant au point de vue humain qu'au point de vue pictural, homme de tous les excès dans ses écrits, dans ses interviews, dans sa vie; c'est un homme qui dut affronter toute sa vie ses peurs, ses cauchemars, sa timidité extrême; il combattit ces obstacles en théâtralisant ses émotions à la manière des grands tragédiens dans la provocation et l'excentricité.

Dali 1961

Il se fabriqua très tôt une apparence qui le protégea, mais qui l'amena à confondre le personnage médiatique créé avec le craintif-timide qu'il était réellement. Et cela donna les débordements en tous genres qui firent sa réputation de quasi aliéné au détriment de son oeuvre qui reste une des plus géniales de son temps. Son intelligence, son ingéniosité ne faciliteront pas non plus les choses, car il aimait brouiller les pistes quitte à s'y perdre lui aussi. C'est un homme qui lut Freud très jeune, il s'y configura à sa façon très personnelle, ce qui  ne facilite pas non plus une interprétation aisée de ses oeuvres;

étude pour le miel est plus doux que le sang 1926

 il faut bien avouer que regarder un tableau de Dali sans indice n'est pas chose aisée. Dali était avant tout un individualiste convaincu, égocentrique. Il se tiendra en dehors de tout courant communiste, au contraire du groupe des surréalistes avec lequel il se brouillera. Dali, avec l'aide de Gala aura toujours foi en lui, uniquement.   

Il suivit des courants artistiques, Dali, s'inspira des autres, mais dès le début, trouva son style.

Autoportrait au cou raphaélesque 1921

 Post impressioniste : autoportrait au cou raphaélisque' 1921 d'après un autoportrait de Raphael 1506 est une peinture aux touches colorées, cou puissant où Dali joue à se transcender en Raphael.

cubiste inspiré par Nu descendant l'escalier n°2 de Duchamp, réalise Autoportrait cubiste enAutoportrait cubiste 1923

1923,

le « noucentisme »(qui commence entre 1906 et 1911 )  avec

Portrait de ma soeur 1925 détail

portrait de ma soeur en 1925  perçu comme un retour au classicisme méditerranéen

Pierrot jouant de la guitare 1925 Picasso

cubiste à nouveau en 1925 avec Pierrot jouant de la guitare (Peinture cubiste) 

 

 

 

Composition aux trois figures Académie néocubiste 1926

en 1926 néo cubiste inspiré par Picasso avec sa 'composition aux trois figures."Académie néo cubiste

Les Efforts stériles Petites Cendres 27-28 Picasso

en 1927-1928  surréaliste il est inspiré par Miro, Tanguy, 'Les Efforts stériles. Petites cendres' ce tableau commence à ressembler à du Dali  avec ses phobies, Vénus tronquée, têtes coupées, attributs sexuels, animaux morts.  

1929 rencontre Gala, sa première expérience sexuelle féminine, l'amour de sa vie .

  Dali a des thèmes récurrents qui deviendront des obsessions : les oeufs sur le plat viennent de sa vie utérine

Oeufs sur le plat sans le plat 1932

(paradis utérin couleur du feu de l'enfer orange et rouge, mou et gluant), ses yeux qui enfant l'emmènent déjà dans le monde du rêve, visages-rochers, coquillages-objets qui se mêlent aux images de ses livres d'enfant. Dali s'amuse avec les formes, les assemblent, les enchâssent l'une dans l'autre et émerveillent notre regard qui se démultiplie, découvre d'autres formes, d'autres images

Dali Apparition d'un visage et d'un compotier sur une plage 1938

 un tableau dans le

Buste de Voltaire détail Dali 1941

tableau. Il souhaite ainsi créer une autre réalité qui relaie celle où nous vivons estimée illusoire. 

scatologie, doigts phallus, lèvres vagins,

Guillaume Tell 1930 détail

lions qui symbolisent la terreur

G Tell détail fourmis et âne

 fourmis, sauterelles,

Bureaucrate et machine à coudre 1933 détail homard

homards ou langoustes, oeufs, oursins (symbole du dur pour sa carapace) qu'il adorait manger, montres molles( symbole du passage du temps) encrier avec plume, le dur et le mou, tout chez Dali est soit sexualité, soit pourriture, en gros, en gros !!!  Il est sacrément obsédé par le sexe, surtout phantasmé d'ailleurs plus que concrétisé, et par la mort sous toutes ses formes.  

Gala eut le talent de se faire aimer par 3 grands artistes, Paul Eluard, Max Ernst et Dali. Gala au port de tête altier, au corps superbe, au regard intense.

Gala et Dali

Assumpta corpuscularia lapislazulina détail Dali 1952

L'Ascension du Christ

 

Je terminerai avec 2 peintures que j'aime particulièrement, un hommage à Vélasquez

Vélasquez peignant l'infante Marguerite avec les lumières et les ombres de sa propre gloire 1958 Dali

La Madone de Raphael à la vitesse maximum 1954

que Dali admirait et une Madone raphaélique revisitée par l'extravagant peintre.

A vous revoir, encore, Monsieur, en plusieurs fois.

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21 février 2013

Graffiti

Pour une exposition vente au profit de SOS Racisme, l'Art Graffiti s'est exposé au Palais de Tokyo pour notre plus grand plaisir durant 4 jours, couleurs vives et joyeuses, peinture à la bombe (Pressure Art ou Pressionnisme), marqueurs, collages, acryliques sur toile, pastels, peintures à l'huile, aérosols, encres sur lin, feutres, laques, craies à l'huile sur toile de lin, charbons ... Le graffiti est sur les murs, mais acquiert ses quartiers de noblesse grâce aux toiles. L'art né de la rue est dans les musées et participe pleinement à l'Histoire de l'art.

Peace in tle new 2012 EZO

Ezo né en 1963 à New York commence à peindre les métros, intègre une école d'art et de design.

Magnification in color 2012 COCO 144

Roberto Gualtieri dit Coco 144 est né en 56 à Harlem, il est l'un des premiers artistes graffiti à entrer dans le monde de l'art.

LADY PINK Breakdancing mom ans don

Sandra Fabara dit Lady Pink née en 1964. Se consacre en 85 à des fresques sur commande et à des peintures sur toile. Dirige sa société de fresques à New York avec son époux graffeur, Smith.

Drippin Martin Luther King 2012 LAZOO

Lazoo est né à Paris en 1969. Il utilise des pochoirs sur les murs dès 86. Sa peinture est visible aujourd'hui en galerie dans plusieurs pays.

La France est colore NEBAY

Nebay né en 1973  en région parisienne commence  par le tag (au marqueur) puis découvre le graffiti (bombe). Passage à Berlin et New York. Exposé depuis 2003.

La fleur du mal NEL

Nel né en Seine Saint Denis en 1971. Fonde avec Arem le collectif TAP composé de tagueurs issus de Stain et de la Courneuve.

PSYCKOZE Tranformoz

Psyckoze né en 1969 tague dans les rues, les catacombes.

Cité of dream dyptique 2012 SONIC

Sonic  américain  connu pour ses lettres pliantes qui peuvent se transformer en personnages, l'un des pionniers.

Best friends 2012 Ramon Martins détailBreak The Wall 2012 BRUCE

Décrochons la lune SAN ONE détailCOLORZ inefacable détailCOPE 2 Limelight détail

How it would be tomorow TINHOdétail2Some thoughts 2012 KASHINKDIZE Human Race 2012Exotica 2012 KOOL KOOR

Yves Saint Laurent ASHMarron glacé FLIPSilver piece HERBERT BAGLIONESpot 2012 CYCLESpot détail CYCLEHerbert Baglione né a Sáo Polo me plaît partiSans titre BLADEPlay-ball 2012 REVOLT

culièrement, Flip avec son marron glacé, lui aussi né à Sáo Paulo joue comme Baglione avec l'abstraction, le jeu des couleurs et des ombres. Tinho né au Brésil d'un père japonais a commencé comme tous d'ailleurs dans la rue, a suivi une école d'art, est professeur d'art et utilise tout son talent pour montrer ce drôle de monde où nous vivons 

Cette exposition éphémère m'a mise en joie, soleil et couleurs, elle place l'art urbain au même rang que les autres courants. Bien sûr, tous ne sont pas aussi talentueux, beaucoup ne sortiront pas de l'anonymat, beaucoup n'utilisent cet art (pas si nouveau d'ailleurs) que comme moyen de protestation, sans aucun don, mais au final, presque tous s'en sortent, les années passant, d'une façon ou d'une autre, les talentueux arrivent à percer, les autres s'assagissent; une vision assez réconfortante au fond qui dans notre 21ème siècle très tourmenté ne fait pas de mal.       

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07 janvier 2013

Edward Hopper 1882-1967

autoportrait Jo Hopper 1956

Moi, Josephine Nivinson Hopper dite Jo, j'ai tenu à jour les registres d'Edward Hopper depuis 1924, date de notre mariage,  jusqu'au dernier jour d'Eddie en 1967; il s'agissait au début de tenir un inventaire de ses oeuvres, et des ventes.

Croquis d'un régistre , commentaire de Jo

 Une fois ses tableaux peints, Hopper en réalisait une esquisse et les annotait d'informations techniques, moi, je les commentais,  les agrémentais d'anecdotes sur notre vie. Avec le recul, je crois que c'était la façon de Hopper de m'intégrer à sa vie de peintre, et c'était ma façon à moi de communiquer avec lui. Je fus peintre moi aussi, de talent moindre que celui d'Hopper qui me fit de l'ombre, qui ne s'intéressa pas à ma peinture, ce qui rendit parfois nos relations tendues, ce qui me rendit parfois hargneuse, mais au final, je fus une excellente compagne pour Eddie. Il prit plaisir à la tenue de ces registres, et moi cela me permit de vivre à travers lui, par lui, pour lui.  Bien sûr mon tempérament excessif le fit souffrir, bien sûr son tempérament d'introverti me fit souffrir, mais au bout du compte, Eddie a laissé une belle oeuvre à la postérité où moi, Jo, je fus épouse,

 Hopper détailSummertime 1943 Hopper détail

 muse, coach, secrétaire, modèle, anti modèle et divertissante, oui car je l'ai amusé longtemps Eddie, lui le taciturne, l'introverti... Le reste, mes réflexions acerbes, ses silences qui me tuaient, l'incommunicabilité qui en résultait, tout cela a disparu avec nous. Hopper a fait ce qu'il aimait le plus, peindre, moi je l'ai secondé du mieux que j'ai pu, j'ai continué à peindre aussi toujours. Notre mariage tardif ne laissa aucune place à une descendance, les registres furent nos enfants.

Lui, Edward Hopper est né en 1882 dans une famille dont le père commerçant assure une vie agréable, passionné de lecture, il transmettra ce goût de lire à son fils, quant à la mère, elle l'initiera  à l'art et au théâtre. Il dessine depuis toujours, il aime la solitude très tôt, c'est un contemplatif qui observe minutieusement les êtres, la nature ville, campagne, mer. Il est un géant perdu au milieu des autres, il construit son monde à lui. En 1900, à 18 ans, il entre à la New York School of Art où il restera 6 ans. Les cours d'illustration suivis l'année de ses 17 ans lui permettront de gagner sa vie en temps que dessinateur publicitaire de 1910 à 1924; 1924 année où le succès arrive enfin, il a 42 ans, il vient d'épouser Jo, âgée de 41 ans. Ce n'est pas le grand amour entre lui et Jo, mais heureuse association où lui peut se reposer pour tous les détails pratiques sur Jo, où elle trouve un autre sens à sa vie, assurer la promotion de son peintre de mari, tout en espérant pouvoir donner à sa peinture une notiorété qui lui manque; ce sera moins réussi de ce côté, mais qu'importe, Jo peindra, vendra ses toiles pour rien, arrivera à tenir une petite galerie un temps.

Couple Drinking Aquarelle, mine de plomb

Parisian détail

A Paris Hopper découvre ou redécouvre les peintres comme Courbet, Degas qu'il apprécie,  l'ensemble des impressionistes et ceux qui les suivent, mais sans grand intérêt de sa part. Lui, Hopper, c'est un indépendant, un qui suit seul sa route, ne tient compte d'aucun courant. A Paris, il croquera au propre, comme au figuré les parisiennes, les sites parisiens, Le Louvre, les ponts, les quais ... De retour à New York 

Cowboy- Hopper 1906-1914

il illustre pour s'alimenter ... il prend plaisir aux gravures qu'il exécute entre 1915 et 1928, 26 images.

Summer Twilight 1920 Hopper

Train and Bathers 1920 Hopper

En 1914,

Soir bleu 1914

Soir Bleu sera décisif pour Hopper, c'est à la fois un adieu à Paris et un prémice au monde d'Hopper tel qu'il le conçoit, lui clown blanc grimé, eux, faces inexpressives maquillées à outrance pour les femmes, Hopper aime ce côté féminin canaille qui le fait fantasmer, décor minimal, importance des Eléments, ici l'air dans un ciel-mer-air. Cette toile n'aura aucun succès, contrairement aux gravures qui se vendent bien. En 1921, il commence à dessiner des nus, y peint des femmes aux courbes voluptueuses, lui le timide s'extériorise par la peinture. Il aime opposer les rondeurs féminines aux angles des murs, il aime ouvrir les fenêtres ,Hopper, sur l'intimité des êtres  Il peint aussi Joséphine, souvent même si la caricature parfois n'est pas loin, pour la faire bisquer ? qui sait, Hopper a ses faiblesses lui aussi ! Il peint Hopper, le couple dans sa solitude, de toutes façons chez Hopper, tout est par nécessité, solitude,

Ground Swell 1939

Corn Hill Truro 1930 Hopper

il préfère les paysages naturels, la mer, les villas 'Maison près de la voie ferrée, dont Hitchcock s'inspirera pour la maison Bates de Psychose,

Maison près de la voie ferrée

il aime le cinéma, la scène, le théâtre, et ses tableaux sont des mini représentations, les visages  sont vides, à nous de combler ce manque voulu à notre gré, et les critiques ne s'en privent pas : que d'interprétations sur les tableaux de Hopper ! 1941, il peint Girlie Show

Hopper

 c'est Jo en effeuilleuse, c'est Jo rajeunie, grandie, plantureuse, c'est Jo fantasmée, c'est Jo et ce n'est pas elle. Hopper est un homme qui semble se suffire à lui même, son besoin des autres est utilitaire, mais pas que ...car rien n'est simple là non plus, il représente à nouveau Jo dans  11 ans plus tard dans Morning Sun, elle a 69 ans Jo, elle est encore belle, sans fard, naturelle comme elle

Morning sun Hopper 1952 détail

Josephine Hopper

aime l'être, un peu seule, un peu triste, mais bien présente, hommage d'Eddie à sa femme. Il aime le silence, la solitude, Hopper, le vide d'une pièce au soleil qui joue avec les ombres, une pièce vide à remplir de ce que vous voulez.

sun in an empty Room 1963 Hopper

 Hopper vieillit, il a des ennuis de santé, Jo l'aide fidèlement. Hopper prépare sa sortie, en 1966 Two Comedians

two comedians 1966 Hopper

 clôt le théâtre de sa vie inauguré par le tableau de 1914 Soir Bleu. Jo et lui même font leur ultime révérence, Edward Hopper en 1967, Joséphine Hopper en 1968. Elle aura eu le temps de léguer au Whitney museum à New York l'intégralité des oeuvres, documents, régistres, journaux

photo de L Dahl-Wolfe 1932

intimes.  

Une oeuvre qui ne figure pas dans l'exposition du Grand Palais et qui donne, je trouve, une autre vision de la peinture d'Hopper, un autre chemin à suivre ...   comme quoi, tout n'a pas été dit sur Hopper, rien n'a été dit. Le silence, parfois, c'est bien. Reclining Nude 1924-1927 Hopper

    

 

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