20 mars 2014

Jardin Joyeux Noel

jardin

Quoi de plus traditionnel que de parler de jardin en cette première journée printanière. Me revient un 'mon petit Jardin' amicalement prononcé à un petit cuisinier affable, au temps où j'étais jeune et belle, au temps amusant où suite à la demande sans appel d'un loustic chéfaillon comme savaient en produire une grande société américaine, donc suite à l'ordre de ce ouistiti ambitieux et sans âme, je fus promue au charmant titre de préleveuse d'aliments en vue d'examens bactériologiques, alors je prélevais à tout va, tous les petits étalages de crudités où l'infâme escherichia coli prolifère avidement, toutes les nombreuses pâtisseries avec un faible pour la crème pâtissière où sommeille le si poétique et meurtrier staphylocoque doré, à moins que la perfide salmonelle n'ait trouvé logis au sein d'une innocente macédoine...  et puis quelle joie démesurée de sortir de terribles graphiques  qui faisaient verdir 'mon petit Jardin' et toute sa marmitaille qui se voyaient alors infliger par l'aimable chéfaillon ouistiti, médecin chef de la dite société américaine, d'innombrables et sentencieux rappels des règles strictes d'Hygiène Alimentaire, voire un stage à se farcir pour l'ensemble des petits cuisiniers en mal d'hygiène.

Bon, je m'égare, le Printemps m'a fait me souvenir de ce petit Jardin à l'humour plaisant et fataliste, mais je veux évoquer un autre Jardin, Alexandre, celui là, et son besoin avide de fouiller profondément son potager familial ( à l'aide d'une pelleteuse implacable) où fleurissent toutes les turpitudes familiales, de les sarcler vigoureusement pour en détruire les péchés anciens, et d'alléger ainsi le terreau familial de tous les mensonges, de l'enrichir ainsi de compost formé de tous les détritus des actes vils et de pouvoir renaître à nouveau, fier, d'être un Jardin assumant les erreurs familiales, reconnaissant enfin l'appartenance à cette famille d'huluberlus plus ou moins sympathiques et aspirer ainsi à l'authenticité.  Je veux parler du livre Joyeux Noël  Alexandre Jardin en finit peut être avec l'histoire de sa prodigieuse et amorale famille, avec l'histoire de sa vie d'avant.

J'aime bien ce petit Jardin, si narcissique, si extraordinaire, si suffisant, si sûr de lui, enfin s'attachant à le paraître. Une belle journée de printemps, prometteuse et pourtant déjà mensongère ...

Demain, il pleuvra. 

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19 mars 2014

La Fraga - Danielle Sallenave

La Fraga

Toujours sur les traces de Dame Sallenave, dont j'aime la voix professorale et sage sur les ondes qui donne là un livre romanesque avec une envolée féministe assez marquée. Son héroïne Mary Gordon  suivra une destinée, rare en fin XIX siècle pour une américaine, pauvre perceptrice exilée à Venise pourvue d'une acquise candeur puritaine; sa sensualité provoquera en elle une joie honteuse, sensualité très ouverte pour l'époque puisque homme ou femme la provoqueront tout au long du roman, elle y cédera à de rares moments mais préférera la maîtriser au profit de sa véritable passion le dessin, la peinture.  Même l'amour maternel ne l'occupera pas toute entière. Elle aimera son fils qu'elle surnommera 'le petit compagnon' sans pouvoir l'aimer inconditionnellement, elle aimera son fils car il correspond à des critères qu'elle apprécie, elle l'aimera donc en conséquence sans avoir d'amour maternel animal, passionné. De ces amours là, Mary en est incapable. Elle n'a rien d'animal cette femme là, elle ne s'attache pas vraiment aux êtres, elle les aime sans avoir besoin d'eux, ce qui convenons-en est pratique et évite toute souffrance débordante. Elle survivra d'ailleurs à la mort de cet enfant, jeune homme, en continuant à peindre plus que jamais, enfin seule.

Est ce une image de la Passion créatrice  en tous genres que Danielle Sallenave souhaite nous transmettre ? ceux qui sont doués pour un ART quel qu'il soit sont-ils les proies de leur passion exclusive qui exige une indépendance farouchement conservée au détriment de leur vie sentimentale, familiale et sociale ? Pas sûre de l'intention de l'auteure, en tous cas, c'est ce que moi, j'y ai trouvé !

Au final, donc roman agréable à découvrir avec petit plaisir garanti. 

Également commencé un autre roman de Danièle Sallenave ' Les trois minutes du diable' dont j'ai abandonné la lecture, n'y trouvant aucun plaisir, ni aucune raison de m'y accrocher.   

Sur la jaquette du livre, Portrait de Rachel par Théodore Chassériau 1819-1856.

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14 mars 2014

L'obélisque de Louxor

Je suis une longue flèche de granite offerte par Méhémet-Ali vice-roi d'Egypte, j'ai 3000 ans, je pèse plus de 220 tonnes, mes compagnes se trouvent à Rome, Istambul, Londres et New York  J'ai donné du fil à retordre à ceux qui me désiraient, qui suis-je ? L'Obélisque de la Concorde25 Octobre 1836

Place de la Concorde, 30 siècles nous contemplent donc depuis le 25 Octobre 1836, où elle fut érigée grâce aux efforts de 350 artilleurs qui peinèrent sur les 10 cabestans de l'appareil de levage mis au point par Jean-Baptiste Apollinaire Lebas 1797-1873 polytechnicien et ingénieur du Génie maritime. Il sera nommé un mois après l'érection de l'obélisque conservateur du musée de la Marine.

1830 : Environ 5 mois de construction à l'arsenal de Toulon du navire Le Luxor qui transportera l'obélisque.

1831 : 4 mois de voyage entre Toulon et Louxor (attente dûe à crue du Nil) avec remontée du Nil durant 700 km. 120 hommes à bord dont un médecin Justin Pascal Angevin.

1832 : Départ de Louxor fin Août 1832, passage de l'hiver à Rosette, puis arrivé à Alexandrie, attente du printemps pour prendre la mer.

1833 : Arrivé à Toulon puis un mois plus tard départ des 2 bateaux pour Cherbourg. Le Havre, puis départ de Rouen halé par 14, puis 28 chevaux où il mettra 13 jours à atteindre ParisJolly

Atelier du musée de la Marine

 Côté hommes de main, peu de chiffres, des centaines de travailleurs du côté égyptien. 

L'obélisque attendra donc qu'on lui confectionne une nouveau piédestal qui nécessitera finances, extraction, transport et montage, soit 230 tonnes de granite du Finistère, transportés par le Luxor avec l'appareil de levage de A. Lebas.vers 1850

Ce n'est qu'en Octobre 1836 qu'il sera érigé sous les yeux des parisiens et de leur roi Louis-Philippe.Temple de Louxor

Du temple de Louxor, deux grands obélisques furent édifiés par Ramsès II en hommage aux Dieux et retraçant les faits marquants de son règne.

De la place de la Concorde, l'Obélisque est devenu un symbole incontournable de Paris.Place de la Concorde

Exposition qui se tient au Musée de la Marine à Paris jusqu'au 6 Juillet 2014. 

 

 

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12 mars 2014

Château de Montbonnet 43

Montbonnet 3

Avec les manants, c'est simple aucune trace d'eux, avec les Seigneurs, ce n'est pas simple, on croit pourtant y arriver, mais les dates ne se recoupent pas toujours, les sources divergent, les dates différentes se succèdent selon les auteurs.

Le village de  Montbonnet situé en Haute Loire eut son heure de gloire, avec la puissante Baronnie de Montbonnet. Plusieurs familles seigneuriales se partageaient les terres, à force de mariages sans doute, les Mercoeur, les Polignac et les Montlaur. Montbonnet était alors un point stratégique, un col où devaient passer pélerins et marchands, les Montlaur originaires du Languedoc devinrent par des alliances de puissants seigneurs du Devès. Ils percevaient les péages des voies de circulation comme la Régordane, la via Podiensis, la Bolène. Bien sûr ils ne vivaient pas dans tous leurs châteaux mais y installaient des châtelains qui géraient leurs affaires. 

Avant l'an 1000, le château de Montbonnet était une sorte de tour de garde en boischâteau de l'an 1000comme celle ci en plus simple,peut être, vue l'exiguïté de la butteMontbonnet 43 elle appartenait probablement aux Mercoeur qui avaient déjà le château de Mirmande situé à quelques kms de Montbonnet, à moins que ce ne fut aux Polignac ou Solignac ou autres ! Les avis des historiens divergent à ce sujet. Le village se situait autour de la tour sur les flancs de la butte. Vers 1219, les Montlaur étaient en possession de Montbonnet, Cayres et Mariac, le château nommé dans les actes Castrum de Monte Boneti était alors re-construit en pierres, un nouveau village La Bonnette se créa en contrebas de la butte, puis un troisième auprès de la route qui fut construite. Depuis 1851 les 3 villages se sont regroupés au seul nom de Montbonnet.

En 1322 Saint Roch lors d'un pèlerinage au Puy aurait séjourné quelques jours au château de Montbonnet, une petite chapelle porte son nom. De 1359 à 1368, les troupes anglaises (guerre de 100 ans de 1337 à 1453) ravagent le Vélay, les châteaux dont Montbonnét assiégés. Les années suivantes ce furent les mercenaires de toutes nationalités dits les routiers et plus tard les Grandes Compagnies qui prirent le relais accomplissant vols, incendies, viols, tortures. Durant les rares trêves, les châteaux du Devès aux armes de Montlaur s'armèrent de créneaux, mâchicoulis, herses, fossés pour soutenir les attaques. En 1382, Montbonnet est si ravagé que les Etats du Vélay en réduisent les tailles. La branche des Montlaur faute de descendant mâle s'éteint à la mort d'Armand de Montlaur en 1439. Jeanne  sa soeur s'unit à la famille De Maubec qui prit la suite des Montlaur qui se maintiendra jusqu'en 1551 où un Raymond de Mourmoiron prendra la suite pour la laisser par sa fille à la maison d'Ornano. En 1589 Montbonnet un certain Pierre de la Rodde, capitaine-châtelain  ravagea toute la contrée et ce jusqu'en 1594 où il ira sévir un château plus loin. En 1631, le château hébergea contre son gré, comme bon nombre d'autres d'ailleurs, une compagnie royaliste lors d'un soulèvement du Languedoc contre Richelieu. Richelieu fera démanteler, par représailles, plusieurs châteaux du Vélay dont celui de Montbonnet en 1632 qui le sera partiellement. Richelieu sonnera ainsi le glas de l'aristocratie féodale. Laissés à l'abandon, ces châteaux serviront de carrière à diverses constructions (maisons, églises).      

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10 mars 2014

Land Art

Robert Smithson Spiral Jetty 1970

Les artistes prennent l'environnement comme toile de fond et abandonnent les matériaux classiques comme le marbre, le bronze. Sculpteurs, plasticiens, photographes, ils utilisent ce que la nature offre. Il s'agit d'une part de sortir des musées, d'autre part de refuser ces 2 grands pôles classiques où évolue l'art : l'abstraction et le figuratif. En même temps, ils souhaitent établir un dialogue inhabituel entre l'oeuvre et le spectateur, l'inviter à réagir, ne plus rechercher une adhésion admirative, mais le questionner sur sa position dans l'espace, dans la société, dans le temps. Oui, c'est assez ambitieux comme projet ! L'oeuvre n'a plus de portée commerciale immédiate, est réservée au curieux, ne nécessite plus de billet d'entrée et est souvent périssable.

 Le Land Art existe depuis les années 60, né aux USA.

Robert Smithson 1938-1973  son oeuvre de référence est 'la spiral jetty' dans le grand lac salé d'UTAH. Construite  en 1970 à un moment de sécheresse, le niveau du lac remonté l'a submergée jusqu'en 2003 où une nouvelle sécheresse l'a sortie des eaux durant 1 an. Elle est à nouveau immergée et disparaîtra forcément...Il a fallu déverser 7000 tonnes de pierres basaltiques et de terre sableuse sur 457 m de longueur et 4,6 m de largeur pour la réaliser. Confrontation de l'homme à la nature, qui d'une certaine manière la détourne, la façonne, et finalement est dominé par la dite nature qui reprend ses droits, toujours. Cette oeuvre perdurera sous forme de dessins de l'artiste, photographies, reportages qui outre l'oeuvre de mémoire financent aussi de tels projets. View Nicole Dextras

Nicole Dextras  artiste canadienne qui travaille selon les saisons, l'hiver, crée des lettres de glace, en remplissant d'eau des cadres en bois, pour mettre en place des mots, mots galvaudés dans notre monde de communication outrancière où les mots perdent de leur signification.Nicole Dextras Silence

Elle nous invite à voir, regarder autrement, réapprendre le silence. L'été, les fleurs  vouées de toutes façon à périr nous ouvrent une autre perspective sur leur beauté.Nicole Dextras Bloc de glaceNicole Dextras

Un site Internet qui peut intéresser les amateurs :

 http://www.landarts.fr/

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08 mars 2014

Le Gardien - Gloria Friedmann

La Forêt de Rougeau en Seine et MarneG Friedmann

 abrite un Géant de terre, d'acier et de résine, tête au long cou où les bois des cerfs se mêlent aux chênes.G-Friedmann

Oeuvre de Gloria Friedmann, photographe, plasticienne, sculptrice née en Allemagne en 1950. Installée en France depuis 1977, elle utilise des matériaux naturels comme le bois, la terre, les feuilles, la fourrure, les pierres, les os.

Gloria Friedmann

   

Cette sculpture se situe au tout début de l'Allée Royale qui débute au Pavillon Royal construit en 1751 pour Etienne-Michel Bouret 1709-1777 financier qui fit bâtir ce petit Marly pour les chasses de Louis XV qui ne s'y rendit qu'une seule fois, snobant l'Allée Royale, lui préférant la Seine.

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06 mars 2014

D'amour- Danielle Sallenave

amour

Amour qui se décline sous toutes ses formes dans ce livre, filial, maternel, familial, conjugal, adultère, hommage de l'écrivain née en 1940, à tous ceux qu'elle a aimés et qui l'ont aimée.  

Dominent dans cette narration, deux personnages que tout semble opposer, mais qui sans doute auraient pu se plaire, ayant la même idée sur ce que sont les hommes et les femmes, une idée d'un temps révolu dit cette charmante écrivaine, les femmes sont faites pour être belles et vivre au crochet des hommes qui eux sont intelligents et riches .. un peu court Dame, un peu restrictif, ce n'est pas une question d'époque, mais de caractère, enfin je ne vais pas polémiquer avec vous, quoique ce serait fort réjouissant .. revenons à vos 2 personnages :

Odette, donc la belle inculte et fière de l'être, amoureuse de son mari et de leur beauté, tante par alliance de la narratrice, veuve depuis 8 ans et qui se jette sous un train, la veille de ses 75 ans. A mené sa vie avec l'illusion que seule peut procurer la beauté physique, celle qui crée le vide tôt ou tard, en dehors de la réalité de la vie. 

Pierre ancien amant de la narratrice plus âgé qu'elle, mort à l'âge de 80 ans, mort de faim par volonté de ne plus vivre, cultivé, érudit, marié pour la vie  par commodité. A adoré les femmes, a trompé vaillamment la sienne. A mené sa vie avec l'illusion de la vivre pleinement selon son gré, alors qu'il courait désespérément après une image d'homme libre impossible pour lui à trouver car trop formaté.

j'ai entrepris leur histoire à tous deux avec le sentiment que ce qui les dépare les relie encore davantage : elle, une femme qui s'aimait trop; lui, un homme qui ne s'aimait pas. extrait C'était une certaine époque qui les avait faits comme ça, Pierre et elle. extrait

La narratrice fut l'amour de Pierre, bien qu'elle ne corresponde pas à ses critères, et lui, lui n'a pas su quitter sa vie pour elle, alors quand il la libère de lui, elle l'aime déjà un peu moins et s'en va légère vers d'autres aventures sans savoir qu'à force d'amour, elle aurait pu peut-être le pousser au bout de lui même.

Odette meurt d'avoir perdu son mari amoureux de sa beauté même disparue. 'Elle le perdit quand il mourut; et elle fut perdue' extrait  

Pour Pierre qui avait passé son temps à fuir la réalité, ce fut avec la vieillesse un coup de trop :

Alors le monde se réveilla, rugit, et ce fut sans pitié. Toutes ses constructions furent balayées .... Il n'avait pas vu venir le coup; moi, si. Il était sans défense. Il y avait tant de choses qu'il avait réussi à oublier, la guerre, le mariage, les engagements, la mort. Et là, ce n'était plus possible. Comme le mur du théâtre révèle ses froides briques nues lorsque les décors sont enlevés, ainsi se révéla sa vie : nue, immensément nue, et vide.

La narratrice a des remords de ne pas avoir sauvé Pierre de lui même, elle aurait dû l'accompagner ' tu veux choisir l'enfer ? Alors, choisis le mais n'hésite pas, ne reste pas dans l'entre-deux, vas-y ! Hurle avec lui, déchire-toi, lacère cette chair vive, ne te ménage pas, ouvre les yeux ! .....Moi, je n'irai pas plus loin, car au delà d'un certain point, propre à chacun, il faut aller seul.  

Le conditionnel est une possibilité merveilleuse pour ceux qui n'ont pas fait, pas dit, pas agi au moment voulu.   

Une illusion, peut être, mais après tout, la vérité n'existe qu'à l'échelle individuelle, vérité pour vous, illusion pour les autres.

Seul, reste l'amour donné et reçu.

Ecriture conventionnelle et de très bonne tenue sans surprise.

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05 mars 2014

Réparer les vivants - Maylis de Kerangal

Réparer les vivants

C'est du lourd, du travaillé, du laborieux, du copieux, du riche, du foisonnant, du débordant, du généreux, de l'opulent, l'écriture de Maylis de Kerangal. C'est surprenant, désarmant, divertissant et parfois un peu fatiguant. On peut parfois se laisser emporter par cette houle majestueuse, oscillation périlleuse, tangage nauséeux de mots jusqu'à en oublier le sujet. 'Que ces yeux étranges, lents et denses, où coagulent des jaunes épars, chartreuse et miel, topazes fumées.' extrait. Ce n'est pas une basique Maylis de Kerangal, elle explique, définit, décortique, analyse, énumère, qualifie. Pourtant, le sujet est grave ou justement à cause de cela : le don d'organes en cas de mort encéphalique, le don de vie en cas de mort, plusieurs vies réparées contre une mort irréversible. Alors diluer ce cas de conscience terrible sous les mots, l'enjoliver, le fleurir, l'enluminer, le sublimer par des mots en abondance qui réjouissent, distraient, égayent, étourdissent, assomment les donneurs potentiels que nous sommes tous est un moyen comme un autre pour nous inviter à réfléchir.  Pour Simon, le principal héros du livre, il s'agit entre autres de donner son coeur, neuf, pas usé, frais si j'ose dire, le coeur étant un organe noble par excellence, un muscle, mais aussi mystérieux pourvoyeur ou récepteur d'amour. Simon en mort cérébrale, il convient aux parents de donner leur consentement. Leur accord est à l'origine d'un ballet bien orchestré entre médecins, qu'une Agence de biomédecine supervise, les organes du donneur sont devenus greffons à répartir à des receveurs compatibles.

Alors, les mots sont sans doute les bienvenus, pas pour les endeuillés, mais pour nous, les lecteurs, les vivants. La mort est chose difficile à surmonter dés qu'il s'agit d'êtres que l'on aime, le choix d'arrêter une machine qui fait vivre un corps, le choix de le transformer en dépouille est une décision de vie ou de mort, un pouvoir dont on se passerait bien, même si selon le principe du consentement présumé, où seule l'opposition à ce don, exprimée verbalement, par le vivant fait véritablement loi. Qui ne dit mot consent, qui ne s'oppose pas consent. Alors les mots en mitraillette de Maylis de Kerangal, impuissants à réanimer Simon, donnent vie à un récit, haletant, stressant, énervant mais superbement vivant. 

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04 mars 2014

Charles Maurin 1856-1914

Le crime au clair de lune - Charles Maurin

En 2006, je découvris ce peintre altiligérien lors d'une exposition au musée Crozatier, au Puy en Velay. Je l'ai rencontré à nouveau dans une librairie cet été à Toulon sous la forme du catalogue des oeuvres exposées au musée du Puy, catalogue que j'avais renoncé à trouver.

Charles Maurin est né en 1856 au Puy en Vélay en Haute Loire. Fut élève d'Emile Giraud (1825-1892), obtint le prix Crozatier qui lui permet 4 années d'études à Paris, Académie Julian puis école des Beaux Arts. Charles Maurin eut plusieurs amitiés durables, Félix Vallotton, Henri de Toulouse-Lautrec,François-Rupert Carabin 1892 - Charles Maurin

François-Rupert Carabin, le Docteur Régis Reynaud originaire du Puy. Charles Maurin est un contemporain de Jules Vallès, Louise Michel, individualiste il s'engagera cependant pour marquer son refus face à la société rigide de cette seconde moitié de XIX siècle bourgeois, convenu et si peu social. C'est un indépendant et un révolté, un anarchiste de coeur à défaut de l'être dans l'action, il illustrera durant 15 ans un journal anarchiste 'Les Temps nouveaux', il s'intéresse aux progrès scientifiques, son tableau 'La Sérothérapie' en témoigne, voir dans le blog . Dr Reynaud de profil 1877

C'est un excellent dessinateur au trait précis qui saisit le vif, l'âme de ceux qu'il croque, portraitiste talentueux, il peint avec empathie, générosité. 

Portrait de jeune femme rousse  En 1887, Charles Maurin rencontre Felix Valloton à l'atelier Julian. Une amitié chaleureuse unira le discipliné Félix au moins conformiste Charles Maurin. En portrait le modèle Hélène Chatenay qui fut un temps la compagne de Valloton.Les Pommes portrait d'Hélène Chatenay

Une amitié qui se terminera 20 ans plus tard. Valloton se marie à une Berheim qui lui ouvrira un monde mondain que Maurin apprécie peu. Ce sera alors la fin de leur relation. En revanche l'amitié qu'il entretiendra avec un autre ponot Régis Reynaud, médecin, durera jusqu'à sa mort.La Fillette à la poupée vers 1900

La fillette à la poupée musée d'Art moderne de St Etienne. Maurin dessinera beaucoup de fillettes avec leurs mères, rappelant les dessins de Mary Cassatt. Plutôt dans l'air du temps, en ces dessins là le Charles,  ce ne sont pas mes préférés, un peu mièvres, je trouve.. Fillette endormie mise au lit par sa mère

Maternité 1893Maternité 1893

C'est avec les petites filles, un des sujets souvent traités par Maurin. La mortalité reste importante, les avancées de la Médecine permettent l'espoir, mais la mort plane toujours sur la joie de la maternité. Maurin aborde aussi indirectement, le thème de la stérilité, avec le fort beau visage de cette femme le regard perdu dans le videDétail Maternité

c'est une femme sans enfant, stérile comme Charles Maurin l'est suite à une orchite. Le modèle est sa compagne Eugénie Debray  Sur la gauche, ce même visage souriant et tendre avec 2 visages de petites filles mis en lumière, c'est la petite fille d'Eugénie.détail 2 Maternité 

L'Aurore du Travail vers 1891

Maurin est un militant, un contestataire, un homme éclairé, mais ce n'est pas un homme d'action, il reste peintre, L'Aurore du travail symboliserait le chemin de la Liberté pour les mineurs qui s'extraient de leur crassier pour un avenir meilleur. Mais ce genre de tableau est à clés, que Maurin s'est amusé à ne pas laisser, les poings levés, le drapeau, c'est assez clair, d'autres sujets le sont moins : plaisir de Maurin de s'opposer aux critiques d'art qu'il n'aimait pas et qui lui rendaient bien.

Et Eugénie, souvent, d'autres de passage, parfois, mais Eugénie souvent quand même.La Vertu entre les deux vices

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