31 mai 2015

Bonnard à Orsay

En Barque Bonnard détail 1907

L'animal, comme l'enfant ou Marthe sont des imparables dans l'oeuvre de Pierre Bonnard et leurs expressions communes sont assez drôles à comparer, tout commedétail

les lieux où l'on vit salle à manger, jardin, salle de bain

La Table de toilette 1908

Pierre Bonnard 6

 les chambres fort rarement où il préfigure la solidité de leur couple où chacun sera un peu solitaire par nécessité

L'Homme et la Femme 1900

 

Coin de salle à manger au Cannet

 un goût marqué pour les portes et fenêtres, et par dessus tout des couches de peintures les unes sur les autres. Voilà, au début c'est ça Bonnard avec bien sûr des explosions de couleurs inouïesLe cabinet de toilette 1932

pierre-bonnard-Détail la terrasse ensoleillée l1939-1946 des jaunes incroyables

Trouville La sortie du port 1936-1946 Bonnard

 Sa discrétion, son peu d'entrain pour le mondain, sa sauvage épouse, sa descendance, tout contribua à vouloir faire de lui un peintre sans ambition voué aux bonheurs simples.La famille Terrasse 1900Et pourtant son ambition de peindre dépassa tout, il y consacra plus de temps qu'un autre, refuge, obsession, Bonnard qui au début de sa vie d'artiste voulait surtout s'échapper du conformisme bourgeois, finit par s'enfermer volontairement dans son atelier pour faire exploser la peinture, quant aux bonheurs, il en cultiva plusieurs.Intérieur au Cannet avec femme à la toilette 1938-1943

Et je laisse le soin d'expliquer la peinture de Bonnard aux spécialistes qui sont après tout là pour ça, qui parfois se contredisent les uns par rapport aux autres, moi ce qui me passionne dans la peinture avant tout c'est le peintre, connaître les motivations qui l'ont poussé à peindre comme çi ou comme ça, après j'aime ou pas, cela reste fort secondaire pour moi, la beauté des oeuvres étant extrêmement relative. Bonnard, je l'aime dans ses portraits et dans ses intérieurs, là où les êtres et les objets semblent faussement s'effacer

Marthe Atelier au mimosa 1939-1946

au profit de la peinture qui exulte. Et j'aime bien l'image de lui que montrent ses toiles, un homme ouvert aux autres fort indépendant, un taiseux qui fait parler sa peinture, un homme tendre, indécis parfois, tourmenté souvent et au final à l'aise que dans son activité. Sa peinture reste assez loin de tout courant même si il flirta au début avec quelques mouvementsPierre Bonnard 5et c'est le propre des grands qu'on les reconnaisse facilement pour peu qu'on les fréquente un peu et qu'on s'y attache. Orsay nous livre donc pas mal de toiles, de quoi nous satisfaire, je l'ai vu plusieurs fois Bonnard, et à chaque fois j'ai noté quelque chose de nouveau, une prochaine fois apportera un autre détail, j'en suis sûre. Les peintures de Bonnard en fourmillent, et les trouver constituent un réel plaisir. A vous revoir donc monsieur Bonnard. Avec un plaisir extrême.

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24 mai 2015

Bonnard et les femmes

Les femmes eurent une place importante chez Pierre Bonnard 1867-1947, bien qu'il resta discret sur le sujet, il ne fut ni insensible à leur charme, ni dédaigneux de leur influence : sa mère, sa soeur Andrée, son épouse Marthe 1870-1942, ses amantes, ses amies, ses relations. Et dans ses portraits féminins, je découvre un autre Bonnard qui privilégie les visages, dessine un sourire, exprime le bonheur ou l'indifférence et facétieux, ambigu et talentueux dans ce domaine aussi, Pierre Bonnard nous livre ainsi quelques indications sur sa vieLe corsage à carreaux 1892

Andrée sa soeur fut bien sûr un de ses premiers modèles, sa nièce suivra plus tard, portraits fort sages. Et puis Marthe arriva et Bonnard peignit le corps féminin avec une sensualité fort délicate, une grâce qui n'appartient qu'à lui.Renée Terrasse

 Pourtant il aima avant, sa cousine Berthe Schaedlin du même milieu que lui et sa famille ou elle même refusa le mariage proposé, l'année précédant ce refus elle lui servit aussi de modèle, il la croqua mutine et légère. Berthe c'est ce portrait

Portrait de Berthe Schaedlin 1892 Bonnard

aux marguerites et c'est aussi la femme des Femmes au jardin peint en 1891Femmes au jardin 1891

 Marthe effacera ce souvenir douloureux l'année suivante, Marthe au basset 1912

il ne l'épousera qu'en 1925. Bien sûr ce sera son modèle fétiche, mais d'autres jolis modèles passeront dans sa vie, Marthe fermera les yeux, acceptera même leur présence. Pierre Bonnard aima pendant Marthe d'autres femmes. La première rencontre importante se passe en 1916, elle se nomme Lucienne Dupuy de Frenelleportrait de lucienne dupuy de frenelle 1916

née vers 1890, épouse de leur médecin de famille il la peint plusieurs fois entre 1916 et 1918, la sculpturale jeune femme dans La cheminée 

Bonnard La Cheminée 1916

c'est elle, ils rompront en 1919, il rencontre alors une amie de Marthe, Renée Montchaty compagne du peintre Harry B. Lachman, on évoquera alors une possible relation à trois, en tout cas, Marthe ne s'y opposera pas à cette jeune femme que l'on verra nue dans plusieurs tableaux aux côtés d'une Marthe amicale. En 1925 Bonnard épousera Marthe, l'année du suicide de Renée. Bonnard retravaillera la toile Jeunes femmes au jardin où rayonne Renée après la mort de Marthe.Jeunes Femmes au jardin 1921-1923 repris en 1945-1946

A noter l'image des deux tableaux suivants : La glace du cabinet de toilette

Le miroir de la chambre verte 1909

et le Miroir dans la chambre verte

La Glace du cabinet de toilette

peints en 1908 où figure une blonde, un autre modèle ou deux que surveille Marthe qui a finalement partagé Bonnard plus souvent qu'on ne le pense, Marthe sera l'élément stable dont il aura besoin toute sa vie, en 1920 ce portrait d'une Renée attendrie

Pierre Bonnard

Portrait de Renée Montchaty 1920

et une Renée déjà fantomatique et perdue, Renée encore Piazza del Popolo à Rome l'année suivante où elle accompagne son peintre américainPiazza del popolo Rome

 Bonnard loge chez eux sans Marthe. Au retour de Pierre, Marthe prend des cours d'art avec une artiste peintre Louise Hervieu et sera pas mauvaise dit-on, elle exposera sous le nom de Marthe Solange, elle vendra ainsi 25 de ses tableaux. Marthe est une femme assez étonnante et son caractère un peu sauvage nous fit oublier sa particularité qui n'échappa à Bonnard. Parmi les amies il y aura Misia qu'il peindra plusieurs foisMisia Nathanson Bonnard 1906

 Berthe Signac, Hédy Hahnloser, et des femmes célèbres de l'époque qui lui demanderont de faire leur portrait. 

Gisele Belleud

Maria Lani

Leila Anet 1930 Sources : Bonnard, jardins secrets Olivier Renault    

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09 avril 2015

Egon Schiele 1890-1918

Egon Schiele

Bien sûr, il y a du clown triste chez Egon Schiele, né à une époque de fin de siècle toujours un peu décadente, né dans une famille où un père dépressif puis carrément dément meurt à l'adolescence d'Egon ce qui peut contribuer à exacerber un sens déjà aigu du mal de vivre chez ce tout jeune homme qui fut un admirateur de Klimt, qui s'en inspira mollementAutoportrait demi-nu 1909 Schiele

et qui réussit pourtant en une courte carrière à se donner un style bien à lui.Autoportrait tirant sur sa joue 1910 détail Schiele

Gustav Klimt 1912

Voilà Klimt en photographie, voilà la vision toute Schielienne qu'en a son jeune confrère.Gustav Klimt par Schiele

Voilà il faut le savoir, Egon Schiele n'est pas là pour faire du beau comme Klimt, lui est là pour déformer la réalité et au contraire de Klimt qui idéalise, lui Schiele a choisi presque systématiquement de diaboliser tout, une façon de se démarquer, une tendance à voir tout en noir, un penchant pour le morbide ou le glauque, ou tout simplement une façon d'être dans un monde où l'on se sent un peu étranger. Le dessin est primordial chez Schiele et le rouge est là pour mettre en valeur ce que les autres cachent : les bouches, les seins, le sexe. 

Agonie 1912 Schiele Il y a du souffre chez Schiele : ses dessins érotiques font jaser, de jeunes enfants, de jeunes modèles tous très sexués. Il dénonce aussi l'église et ses pratiques parfois fort contestables. Il se glisse assez facilement dans la peau du provocateur.Jeune fille nue assise 1910 Schiele Il met en scène la masturbation fort combattue en ce début de siècle tout comme  Klimt d'ailleurs, mais là où les formes sont pleines, les visages apaisés chez Klimt, chez Schiele les corps sont suppliciés, les regards interpellants : invites déguisées des modèles ou addiction du peintre aux dits modèles, ou bien les deux peut être. Les défenseurs de Schiele analysent la similitude des jeunes corps représentés de façon androgyne avec ses auto-portraits nus où un narcissisme complaisant ou moqueur aguiche les regardeurs, signifiant ainsi que ses nus féminins seraient les doubles d'un Schiele fort attiré par le sexe. Possible et qu'importe maintenant. Se démarqueront de ses modèles d'abord sa soeur bien aimée Gerti, puis Wally Neuzil 17 ans jeune modèle qui vivra avec lui 3 ans, une belle fille qui lui fera aimer l'amour, il la représente fort esthétiquement Femme blonde couchée 1914 Schiele et puis celle qu'il épousera une jeEdith Harms 1915 Schieleune vierge avec laquelle il voulait faire un mariage avantageux socialement Edith qui lui fera peindre des tableaux à la Carl Larsson. Il retrouve son style un peu caustique avec ce couple assis où Edith s'accroche comme elle peut à son mari un peu grimaçant.

Couple assis 1915 détail Schiele

 

 A noter que le dernier tableau de Schiele, intitulé La Famille devait se nommer Couple accroupi et ne comportait pas d'enfant, la femme n'est pas Edith et l'enfant fut rajouté lorsque Schiele apprit la grossesse de son épouse.

La Famille détail 1918 Schiele

A noter aussi les formes pleines de la femme, Schiele a abandonné son style émacié et sans doute plus serein porte un  autre regard sur les femmes, la tristesse est toujours au rendez vous mais apaisée ou résignée. Une grippe espagnole emportera d'abord Edith enceinte et quelques jours plus tard Egon Schiele, il avait 28 ans. Pas vraiment de chance ce Schiele au fond, mais restent ses peintures qui sont de celles qu'on ne confond pas, qu'on n'oublie pas.

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27 mars 2015

La frise Beethoven de Gustav Klimt à la Pinacothèque

KlimtBien sûr, il serait outrancier et stupidement restrictif de ne voir en Gustav Klimt 1862-1918 qu'un chantre d'une peinture clinquante avec toute cette pléthore d'or et de petits motifs vivement colorés reproduits à l'infini comme ce fameux Baiser Le Baiser détail Klimtoù l'homme saisit la tête d'une femme agenouillée qui ne doit pas sa chute qu'à la force de ses pieds qui s'agrippent arc-boutés pour se maintenir dans une position fort inconfortable sous l'emprise d'un mâle un brin trop sûr de lui ou pas assez, oui chez Klimt l'homme fait cloche contre le corps de sa compagne jusqu'à parfois la cacher ou la nier. Il y a un je ne sais quoi qui me déplaît un peu chez Klimt. Il aime assurément le corps féminin et joue à le mettre en scène de deux façons soit il le déshabille et le réduit à la femme fatale dont il faut se méfier soit il l'habille et dans ce cas, il fait référence à la mère ou à l'épouse. Dans un cas la femme est nue, sexe souvent bien en évidence, femme-objet par excellence, elle représente à l'époque de Klimt la classe sociale la plus défavorisée, celle qui vit de ses charmes à l'époque où seule la femme de bonne naissance est glorifiée en tant que reproductrice, dot et maîtresse de maison qui n'a intéressé d'ailleurs Klimt qu'à travers des portraits toujours très marqués par son ornementation qui a constitué si je puis dire sa marque de fabrique : mosaïques d'or, couleurs très vives, petites fleurs ou  petits motifs style tapisserie qui envahissent la toile et font oublier le corps. Certes la sexualité féminine à cette époque est soit inexistante, soit considérée comme dépravation ou pire comme maladie, pourtant Klimt ne se prive pas de la représenter dans des attitudes plus jouissantes que jamais, ce qui choqua bien sûr la société bien pensante. Voilà sans doute une des ambiguïtés de Klimt quant à son regard sur la Femme, le plaisir féminin est toujours suspect. Dans la Frise Beethoven  dont une partie est exposée en ce moment à la Pinacothèque Les femmes de Klimt sont généralement belles et hiératiques, les yeux baissés ou le regard ailleurs, ce sont les femmes vertueuses. La vertu est belle.Luxure, lubricité et démesure 1902 Klimt

 La luxure ose, elle, vous regarder dans les yeux bien sûr, la démesure est grotesquement laide, quant aux forces hostiles elles sont décharnées, agressives sexuellement aux visages un peu cadavériques et menacent l'homme

Les Forces hostiles Klimt 1902

Les femmes de la poursuite du bonheur sont soit extatiques à la manière d'une Thèrese du Bernin, soit sans expression avec une bouche qui est soit à demi-close comme un chaste baiser, soit pincée qui va jusqu'à l'absence totale de bouche ! version idéalisée de l'épouse vierge (belle et muette en idéal) et transcendée plus tard par sa maternité obligatoire. Et elles, sont habillées forcément.

La poursuite du bonheur 1902 KlimtKlimt resta célibataire et proche de ses frères et soeurs, il eut une relation amicalo-amoureuse avec la soeur de sa belle soeur Emilie Flöge qui dura jusqu'à sa mort, et un grand nombre de maîtresses de bonne famille ou pas, avec une flopée de jeunes femmes modèles autour de lui : 3 enfants naturels, l'un de Maria Ucicky, les 2 autres de Maria Zimmermann (une source en indique 3). Bon il paraîtrait qu'à sa succession, 14 enfants se prétendaient illégitimes. Réconcilions tout le monde, aucun ne fut cependant reconnu. Klimt si partisan de la sécession en matière d'art apparaît comme un homme du passé partageant les interrogations et les inquiétudes des hommes de son temps entre la fin d'un monde et le début d'un autre où les hommes ne savent pas trop se situer, et encore moins situer les femmes, alors soit ils la diabolisent, soit ils la cantonnent au rôle de mère. Et pourtant, Klimt si précieux et sophistiqué dans son art à la limite de l'art sacré qui frise avec un symbolisme coquinPortrait d'Adèle Bloch- Bauer 1907 détail Klimt presque féminin finalement même dans son érotisme poussé et son goût extrême pour le décoratif, drôle de fin de siècle qui libéra curieusement dans le monde artistique les moeurs, les amours lesbiennes surtout, fort à la mode; Klimt leur donna une grande place au grand dam de la bonne société, dans quel but exactement, voilà une autre ambiguïté je trouve. Bon ne cédons pas à la tentation réductrice de ne limiter Klimt qu'à ce peintre du rutilant obsédé par le sexe féminin, il était un excellent dessinateur et coloriste, un excellent peintre en somme Tête d'homme allongé Klimt 1886-1888

mais ... Bien, l'on sent je vous l'accorde un petit parti-pris de ma part, il y a un petit quelque chose qui me dérange chez Klimt. Bon  allez juger vous même si le coeur vous en dit, Klimt est rare chez nous quand même, allez voir l'exposition de la Pinacothèque intitulée 'Au temps de Klimt, la Sécession de Vienne' où vous trouverez également la célèbre Judith sur laquelle je reviendrai dans un autre message, et vous y trouverez peut être une pépite, moi ce fut Egon Schiele avec deux tableaux seulement exposés. Et j'y reviendrai sur ce Schiele beaucoup plus complexe que Klimt, quoique à la reflexion, ce n'est pas si sûr. A vous revoir donc monsieur Klimt.  

Pommier Klimt 1912

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20 février 2015

Théophile Alexandre Steinlen 1859-1923

Affiche Steinlen 2

Diversifié ce Théophile Alexandre Steinlen né en Suisse en 1859, il abandonne des études de théologie pour créer des motifs pour tissus à Mulhouse puis à Paris chez Demange, montmartrois il fréquentera Toulouse-Lautrec, Allais, Bruant, Vallotton. Ses affiches fort décoratives feront sa célébrité, mais il illustrera aussi des livres, et se distinguera par ses caricatures dans des revues politiques comme Le Chambard SocialisteAu mur des Fédérés Steinlen dit Petit Pierre

où il défendra les insurgés (Hommage aux 147 fédérés de la Commune fusillés en 1871), les miséreux, les milieux ouvriers et populaires. Mais ce tendre adorera les chats qu'il peindra à tire-larigotApothéose des chats 1885 Steinlen

précurseur des Aristochats avant Disney, il sera aussi sculpteur animalier, il se consacrera également aux nus

nu endormi

scènes de rues et croquis de guerre.

scène de rue 1904 Steinlen Au Petit Palais un tableau bon enfant et joyeux dans des teintes mates et fumeuses un 14 Juillet populaire bien évidemment ! 14 Juillet - 1881

    

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17 février 2015

Fernand Pelez 1848-1913

Dans la famille Pelez, originaire de Cordoue, il y a d'abord le père Raymond Pelez (Jean Louis Raymond Pelez Fernandez de Cordoba) 1815-1874 dessinateur et illustrateur, puisPelez 1 il y a l'oncle Fernand Pelez de Cordova 1820-1899 peintre naturaliste et pour finir il y a le premier fils Raymond Pelez dit Chalumeau 1838-1894 , peintre et illustrateur, alors pour Fernand le second fils né en 1848, il n'y a pas d'autre voie que de suivre. Il fera les Beaux Arts, sera élève de Cabanel puis débutera comme peintre d'histoire. Il se rapproche du mouvement dit naturalisme (qui s'intéresse au monde laborieux paysan et ouvrier) sans connaître une notoriété comme certains de ses confrères. C'est un peintre des humbles qu'il côtoie dans son quartier à Montmartre où il avait son atelier. C'est un peintre à la Zola englouti par la grande vague soulevée par les impressionnistes, oublié comme tant d'autres mais le monde de la peinture est assez vaste pour tous les contenir. Deux toiles vues au Petit Palais, Les saltimbanques qui sera exposé au salon de 1888, La vachalcade

Pelez 2

qui représente un défilé carnavalesque à Montmartre organisé en 1896 et 1897, défilé qui se moquait du traditionnel défilé du boeuf gras qui consistait entre autres à faire promener un boeuf décoré par la confrérie des bouchers, fête carnavalesque dont l'origine est ancienne qui connut un grand succès au XIX. Cette vachalcade ou cavalcade d'une vache enragée( en rapport avec la misère des artistes) s'accompagna d'une tombola et d'un concert au Moulin rouge au profit des artistes déshérités de Montmartre. 

Pelez 3

 Une autre toile vue dernièrement à Senlis au musée d'art et d'archéologie qui célèbre une jeune asphyxiée par des émanations toxiques d'un poêle déficient.

Une dernière installée récemment à la place de la Vachalcade en balade  Sans Asile  qui met en scène des miséreux qui viennent d'être explulsés, réalisée en 1883. 

Pélez 1883

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05 février 2015

Marcel Gromaire 1892-1974

Celui là, chère Anthologie de la peinture (une de mes références vénérées) je l'avais oublié, certes une peintureLa Guerre 1925 Gromaire

'La Guerre' ne m'était pas inconnue, mais ne me donnait pas envie non plus d'aller plus loin, tant elle est rébarbative, par son sujet bien sûr, par le choix trop réaliste d'un style brut de pomme si j'ose dire, par ses couleurs un peu trop ternes. Bon, en même temps, ce sujet précis n'est pas fait pour faire envie ! alors c'est réussi Marcel, il n'y a rien à dire de plus. La guerre, il l'a faite Marcel Gromaire, blessé en 1916, il sera ensuite interprète auprès des américains à Saint Nazaire. Il peindra ces farouches soldats, automates pour tuer ou être tués, en 1925.  Et puis toujours au musée Carnavalet, un autre tableau de Marcel Gromaire ignoré de moi ou oublié je ne sais,Place Blanche Gromaire 1925

Place Blanche de la même année que La Guerre, aux couleurs plus éclatantes, au dessin un peu moins rude, mais tout aussi dérangeant par sa froideur figée; sa peinture reflète sa vision de la vie, où il dénonce : la guerre qui envoie les hommes à la mort, la misère ouvrière, les vices des bourgeois qui s'encanaillent la nuit, dans des bars aux bras d'une jolie femme indifférente et résignée à recevoir un hommage qui lui pèse mais qui la nourrit. Le corps de cette jeune femme irradie de clarté offert à la lumière et à tous, seul le visage fermé est assombri et désabusé. Marcel Gromaine se détendra d'ailleurs en peignant des nus féminins érotiques, aux formes fermes et rondes. Ses paysannes au bain, ressemblent plus à des naïades aguicheuses qu'à des paysannes, dans un décor digne du Douanier Rousseau.Les paysannes au bain

Personnalité multiple Marcel Gromaire. Il dénonce primitivement et rudement, il aime joliment presque mièvrement et oui, il aime les jolies femmes vénales ou pas; moins critique, plus bienveillant, plus décoratif, presque plus joyeux. Ses nus constitueront plus de la moitié de son oeuvre graphique. Un volcan sous un glacier, Marcel Gromaire. 

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30 janvier 2015

Robert Delaunay

Photo R Delaunay

Mari de Sonia Delaunay mais pas que .. elle c'est la pragmatique dans le couple, elle Disque (le premier disque) 1913utilise son art pour faire vivre le couple, elle assure les produits dérivés, reproduction de ses volutes multicolores sur tissus d'ameublements, manteaux, robes, lui Robert c'est le créatif obnubilé par la perception des couleurs par l'oeil humain qu'Eugène Chevreulcercle chromatique de Chevreul

(chimiste et directeur des laboratoires de teinture à la manufacture des Gobelins) étudia; ce dernier inventa la roue des couleurs qui représentent les trois couleurs primaires que sont le rouge, le jaune et le bleu, et les couleurs secondaires obtenues en mélangeant deux couleurs primaires. L'utilisation des couleurs fut transformée et ce sont les impressionnistes qui l'expérimentèrent. Robert Delaunay en fit son cheval de bataille, avec des carrés, des cercles colorés en faisant vibrer la couleur comme des notes de musique sur une partition, je vous l'accorde cette jolie phrase ne Soleil, Tour, Aéroplaneveut pas dire grand chose, mais je laisse la parole à notre peintre musicien ' je jouais avec les couleurs comme on pourrait s'exprimer en musique par la fugue. Son ami Guillaume Appollinaire invente à ce propos le terme orphisme, Delaunay préférera le terme de simultanisme : La juxtaposition de certaines couleurs crée une sensation que l'oeil interprète comme un mouvement. Et Delaunay donne du mouvement à ses toiles en les faisant parfois tournoyer; c'est intéressant et fort décoratif.Champ de Mars La tour rouge 1911 reprise vers 1923

Travail sur les villes  la tour Eiffel, la ville de Paris, l'église Saint Séverin.La ville de Paris 1912

Cela flirte avec le cubisme, mais c'est plus vivant et coloré et ça bouge plus, ça swingue ! Robert Delaunay qui est né en 1885 est une sorte de fils à papa en opposition à son père, ce qui est incontournable, alors il sera anticonformLa Ville 1911iste tout en gardant un dégoût certain pour tout ce qui concerne les contingences matérielles de la vie, Robert Delaunay est un esthète plus intéressé par le côté épique de la vie que par son côté matériel. Autoportrait 1906 Robert Delaunay

il est certain que Sonia le protégera toujours de la réalité de la vie. Il est passionné par les performances technologiques que permet entre autres la fée électricité; du côté pictural, il touchera à tout ce qui l'entoure, impressionnisme, fauvisme, divisionnisme, cubisme, il s'intéressera particulièrement à la lumière, au mouvement, à la couleur : ' La lumière dans la Nature crée le mouvement des couleurs.' Bon, l'exposition que lui consacre Beaubourg est une ébauche restrictive, pour plus de détails voir le message consacré à Sonia Delaunay. Robert Delaunay fut réformé en 1916 et passa 7 ans en Espagne.St Séverin 1 1909

Il me faudra attendre une exposition plus complète pour bien saisir le peintre. Bien sûr après guerre il continua à peindre un peu, beaucoup moins cependant que ses jeunes années et s'attela à la décoration du palais de l'air à l'exposition universelle de 1937, mais ce ne sont plus ses années fastes, un peu d'usure sans doute  due à des problèmes de santé qui causèrent sa mort prématurée en 1941.  Allez un petit peu encore pour terminer ce message pas vraiment réussi, j'en conviens, un peu de froideur de ma part, la rencontre entre Robert et moi ne s'est pas vraiment faite. Un rendez vous à re-provoquer ... Quand vous voudrez monsieur !Les trois fenêtres la Tour et la Roue 1912

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07 janvier 2015

Marcel Duchamp

Yvonne et Madeleine déchiquetées 1911 M

Pas facile d'être un Duchamp entre un Villon qui fait une belle carrière et un Duchamp-Villon qui s'illustre dans la sculpture, alors celui qui reste simplement Duchamp mais Marcel se marquera autrement et voilà comment sont nés les ready-made, voilà comment par provocation amusée mais déterminée Marcel Duchamp a marqué son siècle et est devenu le père de l'art contemporain. C'est bien la seule paternité qu'il aurait peut être aimé revendiquer, qui sait, avec Marcel si burlesque dans le choix du nom de ses peintures, si enclin au mystère qu'il déclenche ainsi Marcel Duchamp

la Mariée mise à nu par ses célibataires même ou grand verre, c'est rigolo, quand on pense à ses deux mariées à lui, la première mariée éphémère de sa vie épousée par erreurMariée 1912

 et la seconde épousée en 1954, joueuse d'échecs elle aussi,  bien sûr on galèje dessus aimablement en évoquant une mère plus proche de ses 3 filles que de ses 3 garçons, une soeur un peu trop aimée Suzanne A propos de jeune soeur 1911 M dont les 2 mariages auraient pu être à l'origine de cette réflexion sur la mariée, d'autres y voient aussi de l'érotisme, très anatomique quand même cet érotisme où la mariée est un jeu de tuyauteries fort compliqué et l'amour une histoire de chimie; ce Grand Verre a pris 10 années de sa vie à Marcel de 1912 à 1923.  mais sa dernière oeuvre découverte après sa mort Étant donnés : 1 la chute d'eau, 2 le gaz d'éclairage l'a occupé durant 20 ans de 1946 à 1966, cette oeuvre est encore plus énigmatique et provoque là aussi divers interprétations, le corps représenté est celui d'après moulage d''une amante follement aimée Maria Martins 1894-1973 repartie dans son Brésil natal, intéressante cette femme là d'ailleurs sculptrice qu'il connût à New York, elle tient dans la main un bec Auer allumé, certains y voient le mythe de Psyché, symbole de son amour impossible avec Maria mariée, d'autres y voient un être hybride à la manière de Rrose Sélavy, réalité ou Etant donnés 1° la chute d'eau 2° le gaz d'éclairageapparence trompeuse ? Lui seul aurait pu l'expliquer si tel avait été son désir, mais Marcel Duchamp reste une énigme, un talent indéniable de peintre stoppé volontairement, un talent plus discutable de plasticien paresseux et farceur avec ses zônes d'ombre. Marcel Duchamp est devenu un lent jouisseur de la vie, du temps qui passe, il aura pleinement vécu sa vie sans trop de contrainte, libre, je crois, avec ce don de s'inspirer des autres avec une originalité particulière. Né en 1887, il fréquente l'école Julian durant 1 an, ses premières toiles qui comptent  d'influence cézanienne sont La Partie d'échecs (jeu cher aux Duchamp) reprise en version cubisteLa Partie d'échecs 1910Joueurs d'échecs 1911

et le portrait de son père en 1910Portrait du père de l'artiste M

 en 1911 il réalise des nus d'inspiration fauvienne, Il s'essaie au symbolismePortrait du Dr Dumouchel 1910 Met trouve un mode d'expression assez plaisant dans le cubisme en mouvement, son Nu descendant l'escalierNu descendant dans l'escalier n°2 1912

en 1912 toile qui sera décriée par ses propres frères, ce qui le blessera un peu ou son jeune homme triste dans un train 1911-1912 sont intéressantes, tout autant que le sont les titres, comme Le roi et la reine entourés de nus vites en 1912Le Roi et la Reine entourés de nus vites 1912les corps chez Duchamp roulent mécaniquement sur eux même dans une lente chute qui n'appartient je crois qu'à lui. Et ce sont à mon avis ses plus belles créations. Il est à ce moment là très productif, il chemine vite et puis à partir de 1912-1913, il regarde d'un autre oeil l'art, en conteste les valeurs défendues jusque là, il revendique une liberté, celle de penser autrement et de relativiser les valeurs imposées. En 1913, il peint une broyeuse de chocolatLa Broyeuse de chocolat 1914 où dit-il le Célibataire broie son chocolat lui même, facétieux Marcel Duchamp qui ne songera plus alors qu'à provoquer par ses ready-meade, ce qui est pour l'époque scandaleux, impensable, voilà c'est presque terminé pour Marcel Duchamp sa carrière de peintre. Il commencera à réfléchir à sa mariée mise à nu qui ne reproduit rien de neuf d'ailleurs, par rapport à ce qu'il a déjà peint. Il donne vie en 1921 à sa Rrose Sélavy qu'on peut lire Eros, c'est la vie' Rrose Selavycar Duchamp aime les jeux de mots, calembours, ce double féminin qui ajoute du mystère ou qui témoigne de son humour dadaïste. Il vivra aux États Unis, reviendra, repartira, ira en Belgique, jouera aux échecs avec passion, ses amis seront Picabia, Man Ray, Peggy Guggenheim, en 27 sans le sou il épousera puis divorcera 6 mois plus tard. Il participera à plusieurs élaborations d'expositions. En 1954 il se remarie et sa toile Les joueurs d'échecs est achetée par le Musée d'Art moderne. En 1955 il adopte la nationalité américaine. Il meurt en 1968 à Paris auprès de sa seconde épouse.  

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18 novembre 2014

Les vanités

Vanité 1

Vain, du latin vanus qui signifie vide. Vaine la fragilité des biens terrestres avec une mort inéluctable. Quelles sont les solutions pour ne pas tomber dans une vaine dépression ? soit adopter une philosophie épicurienne ou stoïque telle les intellectuels grecs avec le Carpe Diem d'Horace : incitation à profiter des plaisirs simples de la vie avec modération, au jour le jour.(Le célèbre Vanité des vanités, tout est vanité daterait, lui, du III siècle avant Jésus Christ et est tiré d'un livre L'écclesiaste qui fait partie de la Bible hébraïque et qui très grosso modo donne le même message). Soit se retourner vers le christianisme qui offre une espérance en une vie éternelle. Les premières vanités sont des natures mortes qui datent du II et III siècles avant JC et qui ont disparu, ne subsistent que des fresques murales retrouvées à Pompei, Herculanum ou autres fouilles. Les mosaïques dites au sol non balayé (asaroton)sol non balayé

sol non balayé détail

sont les premières natures mortes en décomposition, prémices des futures vanités qui illustreront la finitude humaine. Durant 1000 ans, l'objet n'est qu'accessoire dans une scène toujours religieuse et la nature ne réapparaît qu'avec la Renaissance italienne, notamment avec Giotto. La mort omni-présente par les épidémies, les guerres est prise en main si j'ose dire par l'église qui propose aux pêcheurs de sauver leur âme, la mort est alors représentée par un squelette,

Danse macabre détail

les Danses Macabres à l'honneur montrent l'égalité sociale de la mort, on en arrive même à représenter la décomposition du squelette avec les Transis.

Le squelette

Les jésuites brandissent des têtes de mort, pour maintenir les âmes dans la peur de la mort, version moderne du Memento Mori (Souviens toi que tu vas mourir) qu'un esclave susurrait parait-il à l'oreille des généraux romains triomphants, ce qui avait moins d'effets que le christianisme nettement plus virulent dans ses actes. A partir du XVI  le crâne prend le pas sur le squelette. Le Golgotha (cité dans les évangiles, à l'emplacement demeuré inconnu) dont le nom signifie crâne était une colline située à l'extérieur de Jérusalem, colline où les romains crucifiaient leurs condamnés, où fut crucifié aussi Jésus. La tradition religieuse veut que l'on aurait aussi retrouvé en ce lieu le crâne d'Adam, ce qui explique que l'on retrouve des crânes d'Adam dans les toiles de crucifixion au pied de la croix.Hans Memling 1491 La crucifixion

Le crâne devient un must au XVII dans toutes les vanités qui fleurissent alors en Hollande et qui s'étendront ensuite en Europe. A ce crâne s'ajoutent des objets, des fruits, des fleurs à la symbolique forte comme le sablier, la bougie, la bulle de savon, les pierres qui se lézardent, objets symboles du temps qui passe, symboles de la fragilité de la vie, d'autres comme la pivoine symbolise la prospérité, la tulipe fleur hollandaise qui connaît un vif engouement au 17è est signe de richesse vaine, les livres sont vanité du savoir, la pipe, le vin représentent les plaisirs futiles, le miroir (qui peut se casser facilement comme le fil de la vie) où l'artiste contemple son reflet vieilli, etc

vanités aux portraits 1651

Et symbole suprême de la putréfaction, la mouche apparaît dans les vanités comme un mémento mori, elle peut aussi être servir de faire-valoir du talent de l'artiste, autre vanité plus subtile !

La vierge à l'enfant Carlo Crivelli 1480

Elle peut aussi symboliser la Passion du Christ comme dans le tableau de Crivelli.

Crivelli 1480 détail

Les vanités disparaissent du XVIII siècle pour ré-apparaître à la fin du XIX  jusqu'à nos jours. Mais elles ont perdu leur sens premier strictement religieux et moral. L'angoisse de vieillir a supplanté celle de mourir, une nouvelle angoisse collective face aux catastrophes naturelles, au terrorisme, aux crises financières et politiques nous ramène d'une autre façon à notre humble condition humaine et peut être nous protégeons-nous de nos peurs en nous riant de la mort en la portant comme colifichet (boucle d'oeille, tête de mort sur t-shirt etc ..) en essayant de l'apprivoiser cette mort à travers l'art contemporain qui re-visite d'une manière provocante, humoristique, les vanités du XVII siècle. Un message entier pourrait y être consacré d'ailleurs.    

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