Melodrama

Trois générations se suivent dans une aventure assez réjouissante dans ses excès, qui rappelle les mélodrames de la fin du XIX siècle, dans un style toutefois plus contemporain et assez original, dans une mise en scène théâtrale où la voix off d'un des héros du livre Vidal donne quelques informations de façon à ce que nous nous restions toujours dans le doute quant à la véracité des souvenirs. ' Une partie vient de mes souvenirs, une autre de ce qu'on m'a raconté et le reste je l'invente' extrait. Voilà aussi la force de ce roman, des petites pensées universelles dans lesquelles le lecteur peut se retrouver. Autre particularité du roman, rien n'est dévoilé vraiment d'emblée, tout se déroule par petites énigmes qui se résolvent au fur et à mesure de la lecture.

Le narrateur, c'est Vidal un colombien né en 1967 beau comme un Dieu qui fréquente les hammams qui sont pour lui le seul moyen de survivre, de vivre de son corps, et d'en mourir aussi d'ailleurs ! Sa mère c'est Perla mariée à un Osvaldo pour se libérer de l'emprise maternelle qui concevra son fils au cours d'une unique nuit torride avec un inconnu; en 1969 Amstrong pose le pied sur la lune, Perla commence à boire et Vidal âgé de 2 ans suscite déjà le désir chez son initiateur oncle Amorcito. C'est également à l'âge de 2 ans que mourra noyée Sandrita, fille du couple Perla-Osvaldo, partie se baigner avec Perla ivre-morte. Perla aimera son fils fusionnellement jusqu'à l'inceste une unique nuit Vidal alors adolescent. Perla détruite par sa mère qui détruira elle aussi. Troisième personnage important du roman, celle qui est à l'origine de tout finalement, la grand mère Libia jeune oie blanche dont la défloration fera d'elle une persécutante aigrie et maniaque pour ses filles, et autour de ces 3 là, une multitude de petits personnages portant chacun une blessure, car chez Jorge Franco (écrivain colombien né en 1964) il n'y a que  des êtres meurtris dans son roman. En parallèle l'évocation de la Colombie de ses catastrophes géographiques et violences sociales en tous genres que Jorge Franco nomme Le Monstre. Monstre que Vidal voudra fuir et qu'il emmènera tapi au fond de lui, car tous nous avons des petits monstres qui nous suivent où que nous allions. Livre dense, assez cru parfois qui se déroule soit en Colombie, soit à Paris avec des analepses (retours en arrière) permanents qui nous amènent tout doucement au dénouement final. 

Livre sorti en 2006, traduit en 2010.